APPROBATIONS DES DOCTEURS
Nous, prêtre de l'Oratoire de Jésus-Christ notre Sauveur, Docteur et professeur ordinaire en la sacrée Faculté de théologie de l'Université de Caen, attestons avoir vu et lu le présent Traité qui porte pour titre : La manière de bien servir à la sainte Messe, auquel je n'ai rien trouvé contraire à la foi catholique, apostolique et romaine. Fait
à Caen, ce seizième Janvier 1655.
FoLLEVILLE.
Je soussigné, Frère Gilles Hubert, Docteur en théologie et Ministre provincial des Pères Cordeliers de la grande province de France, certifie avoir lu ce petit livre contenant la Manière de bien servir à la sainte Messe, auquel je n'ai rien trouvé qui soit contraire à la foi orthodoxe ni aux bonnes mœurs. Fait au Couvent des Cordeliers de
Caen, ce 18 de Janvier 1655.
F. G. HugErT,
Docteur en Théologie.
Iln’y a rien au présent petit 7raité de bien servir la sainte Messe, qui ne soit conforme à la doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine.
A Caen, ce dix-huitième jour de Septembre, mil six cent
soixante.
R. VEREL,
G. HuBERT.
1. Nous avons trouvé les deux premières approbations à la fin du Catéchisme de la Mission publié à Rouen chez Louis Cabut en 41675 : et la troisième dans l'édition de Caen, Poisson, 1680.
Entre une infinité de désordres qui sont aujourd'hui dans le monde, et un nombre innombrable de péchés ‘ qui se commettent mème parmi les chrétiens, ilyena un auquel on ne prend pas garde et duquel on ne se fait point de scrupule, qui néanmoins est de la nature des plus grands, parce qu'il est directement contre l'honneur qui est dû à Dieu dans la chose la plus sainte et la plus sacrée du Christianisme, c'est-à-dire dans le saint Sacrifice de la Messe.
Je ne parle pas ici des crimes détestables qui se font par ceux qui célèbrent indignement ce très auguste Sacrifice: ni des irrévérences et impiétés qui se commettent par plusieurs chrétiens, lesquels semblent y assister plutôt pour se moquer de Dieu que pour l’honorer. Mais je parle de ceux qui servent à la Messe, et qui ne le font pas avec les dispositions que requiert un mystère si grand et si admirable ; qui font cette action avec moins de soin et de diligence qui si c'était une chose commune et indifférente ; qui approchent des saints Autels sans révérence ; qui traitent les choses qui y servent sans respect; qui n’observent aucune des cérémonies établies dans l'Église pour faire ce service avec l'ordre et la majesté convenables ; qui ne savent point les choses qu'il faut répondre, ou, s'ils les savent, qui ne les disent qu'entre leurs dents, ne prenant pas la peine de les prononcer ; ou, s'ils les prononcent, c'est avec une précipitation étrange, n’attendant pas que le prêtre ait achevé ce qu'il dit pour lui répondre, et bien souvent d’un ton et d'un accent ridicule
et impertinent ; qui, en leur contenance, ne font rien voir qui ressente l’esprit de piété et de religion; qui tournent la tête de tout côté comme des girouettes ; qui ont des yeux pleins d'égarement et de curiosité ; et qui enfin se comportent avec tant de négligence, d'immodestie et d'irrévérence dans cette action, qu'un Turc ou un infidèle qui verrait ainsi traiter le plus divin de nos Mystères, aurait sujet de croire que ce ne serait qu’un jeu d'enfant et une chose très frivole et très légère.
Certainement ce n’est point ici un petit mal, mais beaucoup plus grand qu'on ne pense, tant pour ceux qui servent ainsi à la Messe, que pour ceux qui les emploient etqui ne prennent pas la peine de les instruire et de remédier à un tel désordre. C’est avilir le plus adorable de nos mystères. C'est anéantir les fruits du Sacrifice incomparable du souverain Prêtre. C’est profaner le plus grand de nos sacrements, qui est le saint Sacrement de l'autel. C'est détruire l'effet du sacrement de l'Ordre, institué non seulement pour donner la grâce d'offrir dignement le saint Sacrifice de la Messe, mais aussi afin d'y servir saintement.
Cest fouler aux pieds le précieux Sang que le Fils de Dieu a répandu pour établir dans son Église ce sacrement. C’est outrager le Corps adorable de Jésus-Christ résidant sur nos autels:
C'est étouffer l’esprit de la raies chrétienne, qui est un esprit de haute estime et de profonde vénération pour toutes les choses qui regardent le service de Dieu. C'est faire passer cette même religion, avec tous ses mystères, pour une chose de néant. l
C'est mépriser les règles et les ordres prescrits par l'Église, ou plutôt par le Saint-Esprit qui la gouverne en toutes choses, touchant la manière de servir la sainte Messe.
Cest déshonorer Dieu dans les choses mêmes: dons |
‘lesquelles il veut recevoir de nous l'honneur qui lui est
dû. C'est l'offenser par les moyens qu'il a établis pour expier nos offenses.
C'esttarir les sources de la divine Miséricorde. C'est emprisonner les fontaines de la grâce; et, par conséquent, c'est fermer toutes les portes du salut et renverser tous les moyens que Dieu nous à donnés pour parvenir au ciel, voire s’en servir pour nous précipiter plus avant dans l'enfer.
C’est être bien éloigné des sentiments des Anges quisont à millions autour de nos autels, mais qui y sont tremblants de respect, selon ces paroles de l'Église : Tremunt potestates. C'est avoir moins de vénération pour les choses saintes, que les démons qui ne les regardent qu'avec tremblement: Jæmones credunt et contremiscunt*. C’est donner sujet aux hérétiques de les blasphémer, aux libertins de s’en moquer, et au peuple simple et grossier, qui ne se conduit que par l'exemple, de n’en faire aucun état.
Enfin, c'est provoquer l'ire de Dieu contre nous et attirer la malédiction de sa vengeance sur nos têtes. Car il est écrit que : Maudit est celui qui fait l'œuvre du Seigneur néglhigemment?. Or, après l'oblation du Sacrifice de l'autel, il n'y a point d'œuvre plus grande dans le christianisme, que de servir à ce même Sacrifice, ainsi qu'il sera montré dans le chapitre premier de ce livre. Et partant, les fautes qui se font contre une chose si digne et si haute, et contre la sainteté de l’un des premiers offices de la maison de Dieu, qui regardent directement son honneur, ne peuvent être que très condamnables et très punissables, d’autant qu'elles vont au mépris de sa divine Majesté.
C'est pourquoi il est de grande conséquence d'y apporter quelque remède. C’est pour cet effet que j'ai mis au
1 Jacob. II, 19.
2 « Maledictus qui facit opus Domini fraudulenter. » Jerem., XLVIIL, 10,
jour ce petit livre, qui fait voir combien c’est une chose grande et importante que de servir la sainte Messe, et ce qu'il faut faire, tant à l’extérieur qu'à l’intérieur pour la bien servir.
Je souhaiterais qu'il fût entre les mains de tous les ecclésiastiques, spécialement de ceux qui sont dans les Séminaires, de Lous les catéchistes, de tous les maitres d'école, et mème de tous les pères et mères ; et qu'ils voulussert prendre la peine de le lire et de le faire lire et étudier à tous les cleres et à tous les enfants qui ont à faire cet office, afin d'imprimer dans leurs cœurs, par ce moyen, une grande estime de celte action, et de leur enseigner les cérémonies extérieures et les dispositions intérieures qui sont requises pour la faire doucement et saintement.
Je l'ai dressé en forme de caléchisme, afin de le rendre plus simple et plus familier, et que l'on puisse enseigner aux enfants ce qu'il contient plus facilement et comme les autres matières du catéchisme.
J'ai appris la meilleure partie de ce qui est dans le premier chapitre, de l’un des plus saints hommes et des plus éclairés de la lumière céleste, qui aient été depuis longtemps dans l'Église de Dieu : je veux dire du Très Révérend Père de Condren, second Général dela Congrégation de l'Oratoire de Jésus..Æt j'ai tiré ce qui est dans le second et le troisième chapitres, des Rubriques du Missel romain, qui prescriveni l’ordre qui doit être gardé en servant la sainte Messe ; comme aussi des ordonnances qui ont été faites à cette fin par le grand saint Charles Borromée, et de plusieurs graves et célèbres auteurs qui ont écrit sur ce sujet.
Plaise au souverain Prêtre Jésus-Christ, et à sa très digne Mère, de donner sa sainte bénédiction à ce petit ouvrage, afin qu'il produise quelque fruit pour la gloire de Dieu, l'édificalion de l'Église et le salut des âmes,