‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 4)Chapitre 64 sur 309 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

dication n’est pas une œuvre humaine, mais divine. La vocation est nécessaire pour toutes sortes de conditions et d'emplois, mais spécialement pour celui-ci qui est de si grande importance. Où il n'y a point de vocation de Dieu. pour l'ordinaire il n’y a point de grâce, sans laquelle il est impossible de rien faire qui lui soit agréable.

Or la vocation à l'office de prédicateur se connaît par la probité de la vie, par une forte inspiration accompagnée de grands désirs d'aider à sauver les âmes, par la pureté de l'intention, par une science sinon sublime, au moins qui soit suffisante ; et quand on a les autres qualités et talents nécessaires à cet emploi; mais surtout, quand on ne s'ingère point de soi-même à ce divin ministère, et qu'on ne prêche point par son propre choix et par sa propre volonté, mais par obéissance à ses supérieurs ou directeurs, et ayant mission de ceux auxquels il appartient de la donner.

2. Ils doivent éviter les figures trop étudiées de l’éloquence, qui corrompent la pureté de la parole de Dieu ; et ne pas s'attacher aux subtilités inutiles et aux questions relevées de l'école. Mais renoncer à tous les agréments d'une rhétorique séculière, et s'abstenir de ces déelamations affectées, qui sentent plus le théâtre que la chaire évangélique, en laquelle on doit faire des prédications ferventes et animées de l'esprit de Dieu.

3. Ils doivent se prendre garde de faire de longs préambules pour s’excuser envers les auditeurs sur leur incapacité ou indignité, sur la grandeur de l’entreprise qu'ils font, sur la difficulté de la matière qu'ils traitent, sur ce qu'ils n’ont pas eu assez de temps pour se préparer, et autres semblables impertinences qui appartiennent plutôt

— à un écolier qu’à un prédicateur de l'Évangile.

- 4. De ne dire aucunes paroles sur les matières graves et importantes, qu'on ne les ait bien pesées et bien examinées auparavant, et qui ne soient telles qu’elles puissent passer en toute la rigueur de l’école. Si par accident il

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échappait quelque mot ou quelque proposition qui se püt interpréter en mauvaise part, il faut l'expliquer sur- 4 le-champ avant que de passer outre, de telle sorte que personne ne puisse demeurer scandalisé ou en doute de la doctrine que l’on prèche.

5. De n'user point, dans les répréhensions et dans les” louanges, de grandes et excessives exagéralions.

6. De ne dire jamais rien qui soit capable de provo- | quer les auditeurs à rire. Notre-Seigneur n'y, a jamais excité personne, mais il a souvent fait pleurer !-

7. De ne prononcer que rarement et par respect les sa crés noms de Jésus-Christ, ou de Jésus et de Marie ; ein quand on les prononce, se découvrir toujours avec un. spécial témoignage de vénération.

8. De ne prêcher pas en déclamant, ou récitant, ou chantant, mais en parlant, comme il a déjà été dit. On ne saurait trop avertir de ces défauts, tant il est important de s’en prendre garde. |

Les moyens dont on se peut servir pour éviter la décla- | mation et pour s’accoutumer à parler, sont : 1. De faire le catéchisme quelque temps, parce qu'on sy habitue à parler familièrement. — 2. D'entendre plusieurs fois un prédicateur qui ne déclame point, mais qui parle. — 3. De s’'étudier à cela en répétant sa prédication dans son particulier avant que de monter en chaire. —4. De bien posséder tout ce que l’on doit dire, spécialement dans« l'exorde. — 5. De parler au commencement fort grave-

l« Dans la prédication, je n'aime point les plaisanteries et les. sobriquets : ce n’est pas le lieu. » Saint François de Sales, Lettre à l'archevéque de Bourges. « S'il exigeait qu'on fut simple en préchant, } le P. de Bérulle Éntendait qu'on füt digne. Lui toujours si grave, lui sur les lèvres duquel on voyait à peines ‘égarer un sourire, il ne comprenait point que la plaisanterie osät se risquer en un lieu le triomphe de l'orateur est d’arracher des larmes à son auditoire. » Houssaye, Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu, p. #14 On verra plus loin que le P. Eudes n'admettait pas que l'on se permit de provoquer le rire même un faisant le catéchisme : ily voyait une irrévérence intolérable dans la maison de Dieu.

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