‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean EudesChapitre 225 sur 394 · II. — LES LETTRES AUX PRÊTRES DE LA CONGRÉGATION DE JÉSUS ET MARIE · texte numérisé non relu

II. — LES LETTRES AUX PRÊTRES DE LA CONGRÉGATION DE JÉSUS ET MARIE

Sauf une lettre à M. Manchon sur la mort de Marie des Vallées', une autre à M. Mannoury où il est question des affaires de Notre-Dame de Charité?, et une obédience de M. Avenel pour l’année 1664, qui sont tirées du Recueil de Caen, toutes les lettres aux mprètres de la Congrégation de Jésus et Marie sont empruntées aux biographes du Bienheureux. Il y en ma cependant une quatrième qu'on trouve à la fois dans les Annales et dans le Recueil de Caen : c'est la mrcirculaire de 1672 relative à la fête du Cœur de Jé- NOUS ‘.

La plupart de ces lettres sont incomplètes, et même «nous ne possédons d’un assez grand nombre d’entre elles que des fragments très courts. Quelques-unes étaient adressées à une maison ou même à la Con- Merégation tout entière ; les autres, en plus grand nombre, furent écrites à des particuliers. Il nous IMreste 20 lettres à M. de Bonnefonds, 11 à M. Mannoury, 10 à M. Dupont, 8 à M. Blouet de Camilly, 7 à M. Manchon, # à M. Le Mesle, et d’autres à di- Myers confrères dont les noms nous sont parfois in- | connus.

| À les prendre dans leur ensemble, ces lettres évoquent sous nos yeux toute l’histoire de la Congré- Mgation durant la vie de son Fondateur.

| Elles nous racontent les travaux et les succès mprodigieux du Bienheureux et de ses enfants dans les Missions et dans les Séminaires.

| Elles nous font assister aux violentes tempêtes

\| 1. Lettre XXIT, — 2, Lettre XXIV. — 3. Lettre LXIII. 4. Lettre LXXII.

PA

qui assaillirent l’Institut naissant, et aux triomphe dont elles furent constamment suivies : à la fermeture de la chapelle de Caen par Me Molé!, et à sa réou verture par son propre frère, l'abbé de Sainten Croix? ; aux inquiétudes qui suivirent la nomina= tion de Ms Servien à l'évêché de Bayeux’, et à la confirmation par ce prélat du Séminaire de Caen; dont il fit un institut diocésain *; à l'opposition que rencontra l'établissement du Séminaire de Rouen et aux heureux fruits qu'y produisirent, dès le début” les exercices des Ordinands‘ ; aux calomnies dirigées. contre le P. Eudes à l’occasion des manifestations étranges faites dans les rues de Caen, en 1660, pa les membres de l’Ermitage’; aux odieuses acçusa= tions publiées contre lui par l'abbé d’Aulnay, dans un libelle répandu à profusion par toute la France ‘5 à la divulgation de la fameuse supplique de M. Bo= niface qu'on lui attribua faussement, et qui lui fib encourir la disgrâce de Louis XIV? ; à l'échec de ses« efforts pour obtenir en Cour de Rome l’approbation de l’Institut ” ; et finalement à sa rentrée en grace auprès du Roi. Evénements considérables pour le Bienheureux et sa Société dont l'existence même sem trouvait ainsi perpétuellement menacée! - si

C’est un beau spectacle de voir le courage, la paix la résignation du Bienheureux au milieu de cette longue série d'épreuves. Et quand, après l'orage, la sérénité revient, quel plaisir on éprouve à entendré l’explosion de reconnaissance et de joie qui s'échappe de son cœur! REA

A ce pointde vue, la lettre qu’il adressa aux prêtres du Séminaire de Coutances, à la réouverture de la

4. Lettres XII, XIII. — 2. Lettre XX. — 3. Lettre XXI. ; 4. Lettre XXVI. — 5. Lettres XXXII, XXXIII. — 6. Lettres XLIVA

XLVII, LXI. — 7. Lettre L. — 8. Lettres LXXXVI, LXXXVIII. 9. Lettre LXXX — 10. Lettres LXXX, LXXXII.

“chapelle de Caen, est vraiment remarquable. Elle

débute par un chant de triomphe où l’on entend re-

mientir après chaque phrase, comme après autant de

strophes, le joyeux alleluia de la Résurrection répété . jusqu’à trois et six fois.

Voici ce début d’une allure toute lyrique :

« Notre chapelle est ouverte, et nous y célébrons | la messe.

« Alleluia! Alleluia ! Alleluia !

« Elle n’est ouverte que de mardi dernier, mais

notre affaire est faite et signée du samedi, jour de la iète de l’Apparition de Notre-Seigneur ressuscité à

sa très sainte Mère.

« Alleluia ! Alleluia! Alleluia !

« C’est un coup de la puissance incomparable et de la bonté ineffable de notre bonne Mère, qui a voulu

différer l'achèvement de cette affaire au jour de la Mplus grande joie qu’elle ait eue en la terre, et qui

fait lorsque nous ny pensions presque plus, et après y avoir employé en vain tous nos efforts et “Ceux de nos amis.

« Alleluia! Alleluia! Alleluia !

« Cette Mère de Miséricorde a voulu se servir de

la bonne Mère Supérieure de la Miséricorde de Paris pour nous faire cette faveur, afin de nous faire voir que c'est un effet de sa très grande miséricorde, et

que nous sommes les Missionnaires de la Miséricorde divine, envoyés par le Père des miséricordes pour È ?

distribuer les trésors de sa miséricorde aux misérables,

“cest-à-dire aux pécheurs, et pour traiter avec eux avec un esprit de miséricorde, de compassion et de | douceur.

… « Alleluia:! Alleluia! Alleluia ! Alleluia ! Alleluia ! Alleluia ! : »

A côté des oppositions du dehors, les lettres du P, Eudes nous montrent, au dedans de la Congré-« gation, bien des peines et bien des difficultés. En 1656, la mort de Marie des Vallées, qui affecta vive-« mentle Bienheureux etses enfants: ; en 1661, la morts de M. Blouet de Camilly, qui leur fut presque aussi. pénible? ; peu de temps après, la disparition des meil-« leurs sujets de la Congrégation, de M. Le Mesle (1661);« de M. Jourdan (1661), de M. Manchon (1663), enlevés à de. courts intervalles par une mort prématurée ; à Rouen, des embarras financiers dont on ne sait comment sortir* ; à Lisieux, une communauté mécontente du Supérieur choisi pour la diriger‘ ; à Cou tances, durant trois ans, un Supérieur plein de vertu et de zèle, mais jeune et inquiet, qui se plaint à lan fois de sa charge et des sujets qu’on lui envoie, et que le Bienheureux se voit obligé de reprendre avec fermeté. Décidément, il est bien vrai que la Congrégation de Jésus et Marie a été fondée sur la croix

C'est d’ailleurs le cas de toutes les œuvres de Dieu Le P. Eudes le savait, et dans sa correspondance, il nous apparait toujours ferme et confiant, s'em« ployant de son mieux à soutenir ses confrères et am les encourager. Ses lettres nous le montrent leur prêé« chant constamment l'humilité, le renoncement, la soumission complète à la divine Volonté qu'il ap pelle la « Mère de la Congrégation »’, l'amour de lan croix qui est à ses yeux un trésor ‘du plus hauts prix, et, en toute occurrence, une confiance en Dieum que rien ne déconcerte. 11 profite de toutes les occa=« sions pour revenir sur ces belles vertus, tant il avait à cœur de les implanter fortement dans l’âme de ses enfants. ;

1. Lettre XXII. — 2. Lettre LVII. — 3. Lettres LVIII, LIX. 4. Lettres XXXV, XXXVI, XXXVII. LXIIL. — 5. Lettre XXXI. 6. Lettres XXIX, LIT, LILI, LV. — 7. Lettre XI.

M I1a bien soin aussi de leur rappeler les œuvres spéciales pour lesquelles la Société a été instituée : “les missions dont il célèbre les bienfaits avec enthousiasme ; et plus encore, l’œuvre de la formation des clercs, qui est l'œuvre des œuvres et la fin principale dela Congrégation, celle à laquelle tout Lo être subordonné, même les travaux des missions

« Vous devez vous souvenir, écrivait-il un jour à ses enfants, que la Congrégation a été établie de Dieu en son Kglise, et qu'il vous a fait la grâce de vous y appeler pour ces trois fins :

« La première, pour vous donner les moyens d’ar- Mriver à la perfection et à la sainteté conforme à l’état ecclésiastique.

mn « La deuxième, pour travailler au salut des âmes Mpar les missions et les autres fonctions du sacerdoce, Mqui® est l'œuvre des Apôtres, l’œuvre de Notre-Seigneur, qui est si grand et si divin qu'il semble qu'il “ne peut y en avoir de plus grand ni de plus divin, | divinorum divinissimum.

un « Néanmoins, il y en a un qui le surpasse, c'est Celui de travailler au salut et à la sanctification des | ecclésiastiques, qui est sauver les sauveurs, diriger les directeurs, enseigner les docteurs, paitre les pas- | teurs, éclairer ceux qui sont la lumière du monde, |

Sanctifier ceux qui sont la sanctification de l’iglise, faire dans la hiérarchie de l'Eglise ce que les Chérubins et les Séraphins font dans la céleste patrie. un « Voilà la troisième fin pour laquelle Dieu a voulu

“établir notre petite Congrégation dans l'Église, et | pour laquelle il nous y a appelés par une miséricorde “incompréhensible. Il veut mettre entre nos mains

ce qu'il a de plus précieux, la plus illustre portion

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