LIVRE DEUXIÈME. — L, XXIV
% coup plus chères devant Dieu que je ne puis vous dire. * Sije ne regardais la très adorable Volonté de Dieu, il «m'ennuierait beaucoup à Paris ; mais c'est elle qui m'y retient pour des affaires nécessaires, entre lesquelles les “vôtres sont des principales : quand je n’en aurais point “d'autres, celles-là seules me retiendraient. Priez Notre- : Seigneur et sa très sainte Mère pour moi, mes très chères Sœurs, qu'il me fasse la grâce de me faire faire, en tout Met partout, et à quelque prix que ce soit, ce qui leur est ! le plus agréable, car je vous assure que c’est ma très unique prétention. Je les supplie de vous faire toutes, D: la Mère et les Filles, selon leur Cœur. C’est en ce très IMsacré Cœur que je suis et serai éternellement, mes très
chères Sœurs,
Tout vôtre, JEAN Eupes, Prêtre Missionnaire.
LETTRE XXIV
A la Mère Patin. Sur les affaires de Rome.
[Commencement de 166 2.|
MA TRÈS CHÈRE MÈRE
La divine Volonté soit notre conduite en toutes choses. J'ai recu une lettre cette semaine de M. Boniface, qui Mm écrit que vos affaires-vont de mieux en mieux, grâce Là Dieu, et qu'il est temps de redoubler ses vœux vers le
ae
“ciel, car voici les grands coups, ce dit-il, qui se vont
«|. Recueil de Uaen, Lettre 22. La Lettre n'est pas datée. Elle dut ètre écrite de Paris à la fin de 1661 ou au commencement de 1662,
dire, ce qu'il faut donner pour porter de l'argent à Rome," augmentera bientôt de cinq pour cent, et qu ainsi, au
lieu qu'il ne coûtait que dix francs pour cent francs, il en“ coûtera quinze, à cause du grand nombre d'argent qu'il faudra tirer de Paris, lorsque l'Ambassadeur et Mer le” Cardinal de Retz, qui partiront bientôt d'ici pour aller àv Rome, y séront ; et qu’il en aura bientôt besoin, n'ayant” plus qu'environ cent écus ; et que sa dépense va à dr
écus par mois, sa chambre à trois écus, sans compter les
blanchissage, le bois et la chandelle ; qu'arrivant à Rome,
il lui a fallu plus de cent écus en habits et en linge, car
il partit d'ici avec des habits tout rompus, de peur d'être dépouillé en chemin ; que les hardes sont très chères à Rome, et ne durent point, ce qui l’a ‘obligé de prendre des habits de serge pour passer l'hiver, mais qu'il lu faudra encore une soutañe et un manteau d'été de vingt écus ; qu'il est impossible, à tracasser comme il fait, de s’entretenir d'habits à moins de soixante ou quatre-vingl« écus par an ; qu'il lui coûtera beaucoup à faire faire plu sieurs écritures, et beaucoup davantage en présents qu'il est obligé de faire à diverses personnes, sans quoi on n@* fait rien en ce pays-là ; et qu’enfin, je serai étonné quandk il me fera voir ses comptes. è
Voilà ce qu'il m'écrit, et c’est un homme très sineè et véritable, et qui ne met point d'argent que là où il est nécessaire. On est bien heureux de l'avoir trouvé, et des ce qu'il donne son temps et sa peine qui est grande, car il travaille beaucoup pour votre affaire, etn y épargne aucurm soin ni aucune diligence, et il ne fait rien que cela. C'esl pourquoi je vous prie, ma très chère Mère, de donnem ordre à trouver de l'argent pour le lui envoyer.
Je vous ai écrit comme je lui envoyai, au mois de sep tembre, cinq cents livres, et qu'il me coûta cinquante livres, pour les faire porter. Comme j'avais cet argent, € qu'il m’écrivait en avoir besoin, je ne voulus point vous importuner alors. Si j'en avais encore, je le lui enverraïs