LIVRE DEUXIÈME. — L. XXV
en moyen de vivre sans cela. Est-ce que vous me prenez pour un menteur et un trompeur, et que vous . croyez qu'il dépense votre argent, ou plutôtle mien mal à propos ? Voudriez-vous bien ue toutes ses peines » d’une telle morinaie ?
Mais vos intimes amis, dites-vous, s'étonnent qu'un . homme soit si longtemps à Rome pour vos affaires, et
pour une affaire comme celle-là. Plût à Dieu que ces
amis intimes voulussentaller prendre la place de M. Bo-
niface : ils verraient comme l’on fait à Rome, et comme
les plus petites affaires ne s'y font qu'avec beaucoup de
- longueur et de patience. Sachez, ma chère Mère, que si
M. Boniface avail pressé notre affaire avant que d'avoir
les dernières attestations qu'on lui a envoyées, il l'aurait
perdue sans ressource, parce que sans cela, elle aurait. été rebutée pour une seconde fois ; ensuite de quoi, il n'y
aurait plus rien à en espérer.
Sachez aussi, avec vos intimes amis, que c’est une des affaires les pius difficiles qui se puissent traiter à Rome ; car. 1. on la regarde à Rome comine un nouvel Institut, et par conséquent comme chose des plus importantes et des plus difficiles entre celles qui se traitent en ce lieu-là ; 2. on voit que c'est un Institut et une Communauté composée:d honnêtes filles qui doivent être appliquées à la direction et conduite de filles et femmes de mauvaise vie; ce
” qui fait une difficulté que personne n a encore pu sur-
monter jusqu à présent à Rome, parce qu'on croil que ces honnêtes filles ne peuvent converser avec ces autres qu'a-
vec un péril évident de se perdre elles mêmes. Et pour * vous faire voir que personne n'a encore pu vaincre celte difficulté, il faut que vous sachiez que les Religieuses du
Refuge de Nancy, qui sont aussi à Avignon, à Dijon et à Rouen, n'ont pu encore obtenir des Bulles de Notre Saint- À Père le Pape, quelque effort qu'elles y aient fait : et cependant leur affaire n’est pas si difficile que la vôtre, -tant pärce que leur Communauté est composée de filles
pénitentes qui ne sont pas en péril avec des pénitentes comme les honnêtes filles, que parce qu’elles ont été re-« çues et approuvées à Avignon par le Légat du Pape. Et” néanmoins, elles n’ont pu encore avoir leur approbation de Rome, quoiqu’elles y aient un homme qui travaille à cela pour elles, depuis un plus long temps que M. Boniface, et c'est un homme fort considérable et qui a beau-« coup de crédit à Rome, avec lequel M. Boniface a con-« féré, qui m'écrit que cet homme est demeuré d'accord avec lui, qu'il attendra l'issue de votre affaire pour-voir le chemin qu’elle prendra, et ce qui en arrivera, afin dem prendre ses mesures là-dessus, pour voir ce qu'il aura à " faire par après pour celles des Religieuses de Nancy. Sur quoi j'ai écrit à M. Boniface que je suis fort aise que cet homme ait pris cette résolution ; car, si son affaire avait passé devant la vôtre, ou elle aurait été reçue ou non : si elle avait été rejetée, il n’y aurait plus eu rien à espérer pour la vôtre ; si elle avait été recue et qu’ensuite on eût proposé la vôtre, on vous aurait obligées de vous unir à celles-là et de prendre leurs Règles. Jugez donc par lès qu'une telle affaire comme la vôtre n’est pas si facile“ comme pensent vos amis intimes.
Mais il y a encore une troisième chose qui la rend très difficile, c’est qu'elle a déjà été rejetée une fois.
Dites, s'il vous plait, toutes ces choses à vos intimes amis, et ils changeront de sentiments, ou ils ne seront pas les intimes amis de votre maison.
Dites-leur encore, et le croyez vous-même, ma très chère Mère, car il est vrai, qu'il n’est pas permis de faire des jugements au préjudice de la charité que nous devons à notre prochain, en une chose de conséquence comme celle-ei, sans aucun fondement, à moins d'offenser Dieu mortellement. Je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, et je vous le dis encore, que M. Boniface ne fait autre chose du tout
Rome que pour votre affaire ; ce qui est tellement vrai que je n’ai pas voulu même le prier de nous obtenir au-