Je le crois; mais c’est de honte qu’il faut mourir
dans le temps même qu’il allait devenir votre frère 1 ? Quelques égarements passés pouvaient-ils vous faire croire aussi légèrement, et sur des apparences ? Mais dans quelles circonstances encore se présentait-il ce prétendu crime? Oui, monsieur, je le répète et je le dirai à la face de l’univers, je n’ai aucune part à la démarche de l’opposante ; et depuis ma réconciliation avec vos dames, je n’ai point changé 2, et je défie qui que ce soit au monde de me prouver que depuis cette époque j’aie rien dit ni écrit de contraire à l’intention où j’étais et où je suis encore, malgré tout ce qui m’est arrivé, de terminer mon mariage avec mademoiselle votre sœur 3.
La privation de mon emploi n’y fait rien. Le roi et le ministre, mieux informés, me rendront la justice qui m’est due4. Personne au monde n’a rien à me reprocher. Si j’ai eu des torts vis-à-vis mademoiselle Caron, je les ai réparés par mon retour5 : hors de là je n’ai à rougir d’aucune action de ma vie. Or j’espère de la clémence de mon souverain qu’il daignera me faire rendre mon emploi quand il saura mon innocence 6. Puis-je espérer de vous, monsieur, à qui elle constera parfaitement quand vous le voudrez, que vous ne vous opposerez point à ma justification? Elle doit vous intéresser autant que moi-même 7.
Je vous remets ci-joint copie des deux lettres que je vous écrivis à Aranjuez. Je commence même à douter que vous les ayiez reçues8. Oui, je crois connaître votre cœur : il ne m’aurait pas sacrifié si cruellement s’il avait pu seulement se douter de mon innocence. Je sens encore de la satisfaction à vous justifier dans mon cœur9. Et dans la fatalité de mon sort je ne murmure point contre la main qui l’a conduit. Non, je ne renoncerai jamais au bonheur d’appartenir à votre chère famille10. Hélas! depuis la dernière promesse mutuelle entre mademoiselle Caron et moi, j’ai bien souffert! Je compte assez sur la générosité de vos âmes pour croire que vous voudrez bien m’aider à me relever11. Mes supérieurs et mes protecteurs, instruits de mon innocence, me tendront aussi une main secourable : je l’espère avec d’autant plus d’empressement que je n’ai point mérité leur colère12.