‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 582 sur 803 · COPIE DE LA NOUVELLE PLAINTE · texte numérisé non relu

COPIE DE LA NOUVELLE PLAINTE

L’an mil sept cent quatre-vingt-huit, le mercredi dixhuit juin de relevée, en l’hôtel et par-devant nous Gilles- Pierre Chenu, commissaire au Châtelet de Paris et censeur royal, est comparu Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, écuyer, demeurant Vieille rue du Temple, paroisse Saint-Paul, lequel nous a rendu plainte, et dit qu’il vient de lui tomber entre les mains un libelle imprimé, signé Bergasse, intitulé Mémoire pour le sieur Bergasse , dans la cause du sieur Kornman, contre le sieur de Beaumarchais et contre le prince de Nassau, sans nom d’imprimeur ni d’officier public qui puisse en autoriser l’impression ; que ce libelle est une répétition des injures et des calomnies insérées dans les premiers libelles du même auteur, et en contenant beaucoup de nouvelles plus atroces, non-seulement contre le plaignant, mais encore contre des ministres, des magistrats et d’autres personnes très-recommandables. L’auteur paraissant ne rien respecter, et se permettant tout ce que la fureur et la méchanceté peuvent inspirer à un homme sans frein, jusqu’à chercher à donner au plaignant de la défaveur aux yeux des magistrats du parlement, ses juges, en lui imputant des faits odieux qu’il désavoue formellement, et notamment en cherchant à faire croire que le plaignant répand les écrits contre les parlements, d’après des traités faits à ce sujet entre les

ministres du roi et lui, tandis qu’au contraire, et dans tous les temps, il n’a cessé de rendre aux magistrats toute la justice qui leur est due, ce dont i! va justifier ; en osant imprimer que le plaignant a séduit et corrompu les juges du Châtelet en faveur de sa cause, tandis qu’il n’a pas même l’honneur de connaître de vue M. le lieutenant criminel, et qu’il n’en a sollicité aucun ; en attribuant au plaignant un journal clandestin, intitulé Ma Correspondance , par le moyen duquel il impute au plaignant de faire circuler, en France et en Allemagne, des calomnies contre tout le monde, tandis qu’il est prouvé j que ce mauvais journal est imprimé par un nommé Mu 1 1er, imprimeur allemand, dans la ville de Kelil : ce qui nV pas plus de rapport au plaignant, ni à la superbe imprimerie de la citadelle de Kehl, que si cette infamie se faisait à Genève ou à Liège.

Le plaignant se contenterait de mépriser le nouveau libelle et son auteur, s’il n’avait intérêt de se justifier des i imputations calomnieuses qu’il contient, et de faire punir l’homme qui a pu se permettre autant de mensonges et d’horreurs, lesquels sont déjà prouvés au procès, puisqu’il a décret contre leur auteur : pourquoi il nous rend la présente plainte des faits ci-dessus contre ledit auteur, ses fauteurs, complices et adhérents, notamment contre l’imprimeur chandestin dudit libelle, dont, à l’appui de ladite plainte, il nous a représenté un exemplaire contenant cent trente-neuf pages d’impression, sans l’avant-propos en contenant quatre, pour être de nous signé et parafé ne varietur, ainsi qu’il l’a été à l’instant; de laquelle plainte il nous a requis acte à lui octroyé, et a signé en notre minute, sous autres réserves et protestations de droit et nécessaires, avec nous conseiller commissaire susdit.

Signé Chenu, avec paraphe.

Sig?ié Caron de Beaumarchais ’.

REQUÊTE

A M. le lieutenant-criminel.

Supplie humblement Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, écuyer, qu’il vous plaise, monsieur, permettre au suppliant de faire informer des faits contenus en la plainte qu’il a rendue nouvellement par-devant le commissaire Chenu, le dix-huit du présent mois, circonstances et dépendances, pour l’information faite et rapportée être par vous ordonné ce qu’il appartiendra, requérant la jonction de M. le procureur du roi, sous toutes réserves, vous ferez justice.

Signé Guébert.

Et plus bas est écrit :

Soit montré au procureur du roi. Fait ce 23 juin 1788.

Signé Bachois.

Et plus bas est écrit :

Vu la plainte et la requête,

Je n’empêche pour le roi, après en avoir délibéré dans le parquet, être permis au suppliant de faire informer des faits contenus en ladite plainte, pour, l'information faite et à moi communiquée, être par moi requis, après en avoir de nouveau délibéré au parquet, et par M. le

1. A propos de ma plainte, j’ai fait des recherches pour savoir si ■ celle de M. le prince de Nassau avait été rendue chez M. Chenon, commissaire, que le libelliste qualifie de fameux, en imprimant qu’il a reçu cette plainte, Ce n’est qu’un mensonge de plus, inventé seule • ment pour accoler une injure au nom du commissaire Cneuon, trèsétranger à cette affaire.

MÉMOIRES

[lieutenant criminel ordonné ce qu’il appartiendra. Fait *ce 25 juin 1788.

Signé Deflandre de Brunville.

Et en marge est écrit : Permis d’informer par-devant le commissaire Chenu. Fait ce 25 juin 1788.

Signé Baciiois

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