‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 595 sur 803 · ADDITION PRÉCIPITÉE · texte numérisé non relu

ADDITION PRÉCIPITÉE

Ce mémoire était imprimé, j’allais le remettre à mes juges, lorsqu’un libelle atroce vient d’êtrelancé contre moi dans le monde. Sous prétexte des lettres qu’ils ont citées à l’audience, toute ma jeunesse y est livrée aux outrages les plus calomnieux. Là, une lettre supposée se trouve rapportée en note comme m’ayant été écrite. Ils sont aveuglés à tel point par la fureur qui les domine, qu’ils ne s’aperçoivent pas même du contre-sens absurde qu’une telle lettre, la supposant écrite à moi, ne me fût jamais parvenue, et pût se rencontrer, après trente-trois ans, entre les mains d’un autre. Ce n’est plus discuter qu’il faut, mais demander la punition de si dangereux attentats.

A l’instant même j’ai présenté requête au parlement, portant plainte, non-seulement contre les auteurs, imprimeurs et distributeurs de cet infâme écrit, mais contre ceux qui leur ont vendu des lettres cotées et parafées appartenantes à un inventaire clos, achevé depuis plus de trente ans, dont ils se sont permis de faire un aussi criminel abus.

Et, pour montrer quelle confiance est due à leurs atroces calomnies, j’ai remis à M, l’avocat général les trois arrêts de la cour qui, après dix années de vexations outrées, ont déclaré les Aubertin, comme héritiers de ma femme leur sœur, mes débiteurs de sommes plus fortes que toute leur existence actuelle ne leur permettait d’acquitter. Le dernier de ces trois arrêts, au rapport de M. Titon, est un chef-d’œuvre de discussion, de balance d’intérêts, de compensation, de clarté, de justice.

J’ai joint à ces arrêts des lettres de ces héritiers, que le hasard m’a fait retrouver, à défaut d’une foule d’autres perdues, par lesquelles ils m’implorèrent quand ils se virent condamnés. Et ce ne sont point là des lettres supposées, controuvées ni volées, dont le vrai sens puisse être détourné. Le repentir et la prière s’y montrent dans toute leur énergie. J’ai joint aux arrêts, à ces leffres, les actes

J’ai tant fait qu’à la fin mes gens sont dans la plaine ;

MEMOIRES

notariés qui attestent ma bienfaisance et le pardon que je leur accordai.

Une de mes belles-sœurs, pour calmer ma colère contre son frère, m’écrivit en 1787 : «Je vous con- « nais l’âme trop bonne pour me persuader que « vous vouliez réduire à la misère un être qui a

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