SOS
ont arrêté vos fusils. Car, de quelque patriotisme qu’un citoyen soit animé pour l’intérêt de notre France, sachez, législateurs, que la grande, l’unique et l’irréfragable maxime est dans ces bureauxlà: Nul ne fournira rien, hors nous et nos amis.
Si je ne prouve point toutes ces vérités au gré du lecteur étonné, je consens de bon cœur à perdre les fusils; et j’en fais présent à la France, quoi, qu’un tel don me conduise à la ruine.
Je déclare que je ri ai jamais feint que deux vaisseaux à moi eussent été arrêtés par ordre du gouvernement hollandais; que je ri ai jamais réclamé en conséquence une indemnité de cinq cent mille francs ; que je ri ai jamais obtenu une telle indemnité : de sorte qu’ici la mauvaise foi passe toutes les bornes permises.
Je déclare au contraire que, loin d’avoir d’argent à la nation, ce sont les hauts seigneurs du département de la guerre qui, depuis le 5 avril dernier, ont à moi deux cent cinquante mille livres très-réelles, desquelles sans pudeur, malgré vingt paroles données, ils ne m’ont pas permis d’user pour vous faire arriver de Hollande tous ces fusils retenus à Tervère.
Car lorsque le ministre de Graves , à qui je ne reproche rien, me fit remettre pour cinq cent mille francs d’assignats, mais nullement pour une indemnité, lesquels, réduits en bons florins de banque, ne me rendirent pas trois cent mille livres; moi, je lui déposai, en sûreté de cette somme, pour sept cent cinquante mille francs de vos propres contrats, que je vous ai payés en beaux louis d’or, sur lesquels nulle part il n’y avait rien à perdre, et que vous avez garantis de la nation à la nation.
Or, mes deux cent cinquante mille francs réels, et au delà de ce qu’il fallait pour couvrir leurs cinq cent mille francs d’une valeur aussi précaire, ils les ont encore dans leurs mains. Qu’on m’apprenne donc pourquoi les scellés sont chez moi. La garantie de nos propriétés n’est-elle plus qu’un jeu barbare pour les piller plus sûrement? Fusils livrés ou non, soit par ma faute ou par la leur, suis-je donc votre débiteur pour saisir ainsi tous mes biens? ou plutôt n’est-ce donc pas vous qui êtes le mien dans cette affaire?
Et quand on vous fait faire l’énorme faute de renoncer à de fort bons fusils, qui sont pour vous la chose la plus nécessaire; si l’on croit vous faire punir le citoyen qui vous les destina, quand les, Anglais défendent qu’on vous porte aucunes munitions de guerre, on vous trompe, citoyens ^ c’est vous-mêmes que vous punissez. Car, en sacrifiant toutes les pertes que me causent neuf mois de retard, des courses, des dépenses occasionnées par leur brigandage, ne vaudrait-il pas mieux pour moi, si je cesse un instant d’être un bon citoyen pour me tenir dans mon état de négociant, d’avoir soixante mille fusils que toute l’Europe, et même certaine partie de l’archipel américain, qu’on vient
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encore de vous aliéner, me payeraient en bon or, que de me surcharger d’assignats, lesquels ne pourraient que tomber sous peu dans le plus affreux discrédit, si l’on continuait à dilapider autour de vous près de deux cents millions par mois, comme vous l’avez avoué vous-mêmes? Mais ce ne sont point ces dépenses mêmes qui les discréditeront le plus; ce sont les fautes impardonnables, si ce n’est pis, des gens qui nous gouvernent : mon grand mémoire vous l’expliquera bien K
Au reste, citoyens, quand ils vous font rejeter ces fusils, dans l’espoir insensé de m’obliger à les leur livrer à vil prix pour vous les revendre bien cher, ce n’est point à dessein d’en priver ma patrie, à qui je les ai destinés, que je viens de montrer l’avantage commercial qu’il y aurait à préférer les payements en or des étrangers à ceux que vous ne faites qu’avec des assignats: car je vous déclare hautement que je n’en disposerai pour aucune puissance qu’après que mon pays m’aura bien entendu sur les indignes obstacles qui les ont empêchés de passer dans ses ports, depuis le temps que je les ai payés.
Quoi qu’il puisse arriver, ils vous appartiendront: car, si je ne prouve point que c’est par le fait même de mes accusateurs que vous ne les avez pas reçus, je consens à les perdre, et à votre profit; j’en signerai l’engagement. Et si je prouve bien que l’on vous a trompés dans les rapports qu’on vous a faits, vous êtes trop équitables pour ne pas me faire justice : ainsi, dans tous les cas, les fusils sont à vous. Je poursuis mon raisonnement.
Quoi qu’il en soit, ayant entre vos mains, à moi, deux cent cinquante mille francs réels au delà du seul argent que j’aie reçu de vous, n’êtes-vous pas bien à couvert? Tous les sophismes des méchants ne peuvent prévaloir contre ces vérités.
Ils ont eu la sottise de vous faire dire par Lecointre qu’ils m’avaient accordé cinq cent mille francs d’indemnité, quand, loin que j’aie un liard à eux, ils ont à moi plus de dix mille louis! Ce mensonge grossier n’est-il donc pas trop ridicule? Et à moins qu’on ait espéré de me faire tuer avant tout éclaircissement, les trouvez-vous assez stupides?
Et c’est, ô citoyens, sur de pareilles allégations que vous me décrétez, que votre scellé est chez moi, que ma famille est dans les larmes, pendant que moi j’étais dehors, et tout entier à vos affaires, sur l’article de vos fusils, et j’en aurai de bons garants! Et vous l’avez prononcé, ce décret affligeant, sans avoir même soupçonné qu’il était prudent de m’entendre! Suis-je donc à vos yeux la lie des citoyens? Me croyez-vous un de ces pauvres gens
1. Voyez le long discours du citoyen Cambon, dans le Moniteur du 27 décembre, qui porte ù 468 millions la seule dépense de trois années dans les trois mois qui précédaient.
que la terreur fît émigrer, pour vous emparer aussi de mes biens? Non : cette injustice envers moi révolte tous les gens sensés. Si c’est tout mon bien qu il leur faut, pourquoi jouer à mon égard la fable du Loup et de l’Agneau? Rappelons-nous ce mot de Frédéric à un homme qui lui proposait pour deux cents louis un manifeste sur la Silésie qu’il prenait: Quand on commande à cent mille hommes, lui dit Frédéric, on ne donnerait pas un farding d un prétexte. Ce mot sanctionne toutes les usurpations. Us sont les plus forts avec moi : qu’ils prennent ma fortune, et me laissent mourir en paix.
Mais je pense pourtant qu’il en est de pareils décrets comme de ces arrêts du conseil des parties qu’on obtenait sans preuves et sur requête, et sauf l’opposition de celui que l’arrêt grevait. Sans cela, il faudrait s’enfuir en criant avec désespoir: 0 pauvre France ! ô pauvre France !
Dans cette occasion-ci, l’on ne sait véritablement ce qu’on doit le plus admirer, de l’ignorance crasse où les vils machinistes qui font mouvoir Lecointre sont de la vérité des faits, ou de la rare audace avec laquelle ils lui font débiter leurs mensonges.
0 vous, Lecointre, qui par zèle avez si ardemment demandé en Hollande quelques notions certaines sur tous les achats qui s’y font! que ne m’avez-vous dit un mot? C’est moi qui vous les eusse données, ces notions si utiles dont vous êtes curieux. Je vous aurais appris confidemment ce que je vais vous confier en face de toute la France : attendez mon mémoire; il ne languira pas.
Mais, avant de vous bien montrer quels sont les traîtres à la patrie, de ceux qui m’accusent ou de moi, sur l’affaire de ces fusils, je dois mourir ou me laver d’une autre grave accusation de correspondance coupable avec Louis XVI, dont le Moniteur ne dit mot, mais dont les gazettes hollandaises m’ont instruit avant mon départ K Je vous déclare, ô citoyens, que le fait de ces lettres est absolument faux; qu’il n’a été imaginé que pour jeter sur moi, pendant qu’on dénonçait les armes, une telle défaveur, qu’on pût croire sans examen qu’un aussi grand conspirateur qu’on suppose que je le suis, s’il trahissait la France sur un point, était bien capable sans doute de la desservir dans un autre. Voilà tout le secret de cette nouvelle horreur.
Je demande que mes prétendues lettres soient déposées sur le bureau, parafées de la main de l'honnête homme qui les présente. Car il faut, citoyens, qu'un des deux y périsse. Ce mensonge est
1 . Voyez dans la Gazette de la Cour, à la Haye, du 1er décembre, la dénonciation des fusils, par Dubois-Crancé, aux jacobins ; puis, dans cette annonce de même date : « On a été aussi occupé, hier « matin, à mettre le scellé partout dans la maison de Beaumarchais,
« qui figure aussi parmi les grands conjurés, et a écrit plusieurs « lettres à Louis XVI. #
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une lâcheté dont je ne connais point d’exemple. Certes ce n’est faire ni un bien ni un mal que d'écrire à un roi héréditaire ou constitutionnel, môme en temps de révolution; l’objet seul de la lettre, ou la façon de le traiter, pourrait former la matière d’un délit, s’il se trouvait contraire aux intérêts du peuple.
Mais cette discussion même est ici superflue, car je n’ai point écrit à Louis XVI.
Quoi qu’il en soit, législateurs, je vous supplie de distinguer l’accusation portée contre moi devant vous pour mes prétendues lettres écrites à Louis XVI (si cette accusation existe), de l’affaire des f usils de Hollande, dans laquelle j’entends bien me rendre accusateur: car il est temps que toutes ces scélératesses finissent.
Elles sont telles, et le décret qu’elles ont amené sur ma tête semble si improbable aux bons esprits anglais, que l’opinion qu’ils en ont prise est que tout cela n’est qu’un jeu entre les jacobins et moi pour avoir un prétexte de demeurer en Angleterre , et d'y troubler la paix dont cet heureux peuple jouit : tant il leur paraît impossible que l’homme qui s’est bien montré depuis qu’on songe à constituer la France; qui, à travers tant de dangers, est le seul homme aisé qui ait eu le courage de rester à Paris et d’y faire du bien, quand tous les autres s’enfuyaient, éprouve sérieusement des vexations aussi multipliées! Ils ont raison, tous ces penseurs anglais : mais c’est qu’ils ne réfléchissent pas que ce n’est point notre nation qui commet toutes ces horreurs; que le peuple lui-même ne connaît pas un mot de ce qu’on lui fait faire; que, dans les temps qu’on nomme révolutionnaires, cinq ou six méchants réunis font plus de mal à toute une nation que dix mille honnêtes gens ne peuvent lui faire de bien ; et que, dans les faits qui me touchent, j’ai toujours demeuré vainqueur dès que j’ai pu me faire entendre. Essayons-le encore une fois.
Je vous demande comme une grâce, ô citoyens législateurs, la justice de me permettre de choisir parmi vous mon sévère examinateur : cela n’est point indifférent à mon succès dans cette cause. Accordez- moi le citoyen Lecointre, mon propre dénonciateur. Nul n’a plus d’intérêt que lui à me reconnaître coupable, si effectivement je le suis; mais il est, dit-on, honnête homme, et c’est un grand plaisir pour moi de ramener ce citoyen à convenir qu’ou l’a trompé. Vous le condamuerez ensuite à mieux y voir une autre fois, pour peine de s’être laissé si cruellement abuser.
Et quant à moi, à qui, sans le savoir, il fait tant d’injure aujourd’hui, je le condamne, pour toute vengeance, à devenir mon avocat, sitôt que lui et d’autres citoyens m’auront entendu dans mes dires.
Bien est-il vrai que je ne puis les garantir de voir M. Gorsas écrire que je les ai tous achetés.
Lorsque je les fis condamner en 1789, lui, Ber gasse , Kornman et toute leur honteuse clique, comme d’infâmes calomniateurs dans l’affaire de la dame Kornman (car ce fier substantif était bien dans l’arrêt), il s’écria, dans sa feuille si bien écrite, que j’avais acheté le parlement de Paris. Il en est si certain, qu’il ne saurait s’en taire ; il le dit encore aujourd’hui. Mais il y avait là des hommes qu’on n’achète point : un Lepelletier de Saint- Fargeau , qui présidait la chambre, magistrat pur, et dont vous faites tous le plus grand cas; un Bambray , avocat général, homme aussi vertueux qu’éloquent, et beaucoup d’autres que je citerais, si je pouvais me rappeler leur nom.
Ce Gorsas dit encore aujourd’hui que j'ai acheté , le mois d’août dernier , le terrible comité de surveillance de la mairie , pour en obtenir, nous dit-il, une attestation honorable , et pour qu’on me tirât sans doute de l’Abbaye, où l’on ne m’avait mis que pour être égorgé avec les autres prisonniers.
Je ne vous en dénoncerai pas moins cette infamie, à vous, Manuel , qui vîntes, au nom de la commune, dont vous étiez le procureur syndic, me tirer de prison dans les horreurs du 2 septembre, six heures avant que toutes les voies fussent fermées pour en sortir. C’est à cet acte généreux que je dois d’être encore au monde. Une erreur de votre part, sur mes contributions civiques, avait élevé un débat public entre nous, qui me laissait attendre, au plus, une justice rigoureuse ; mais vous avez mis de la grâce à la justice qui m’était faite, en venant me tirer vous-même de ce séjour d’horreur, où je devais bientôt périr, en m’y disant avec noblesse que c’était pour me faire oublier le débat que nous avions eu. Ce trait de vous m’a pénétré; je me plais à le publier : vous pouviez avoir à vous plaindre, vous fûtes juste et généreux; et ce Gorsas, qu’heureusement pour moi je n’ai jamais envisagé, me déchire, et nous dit que je vous ai achetés, vous, la commune de Paris et son comité, que l’on nommait de surveillance, et qui bien franchement n’était alors que de désordre !
J’ai donc acheté aussi, dans cette affaire des fusils, les trois comités si sévères, diplomatique, militaire et des douze réunis, lorsqu’en juillet dernier, consultés par les deux ministres Lajard et Chcimbonas, sur la conduite qu’ils devaient tenir avec moi, ces trois comités répondirent, après un trèsmûr examen : « On ne saurait traiter trop honora « blement M. de Beaumarchais, qui donne en cette « affaire les plus grandes preuves de civisme et de « pur désintéressement. » Et je vous dirai, citoyens, je ferai plus, j’en donnerai la preuve, qu’excepté les ministres de Graves et Bumouriez, que j’en excepte aussi (car il a fait ce qu’il a pu pour nous procurer ces fusils), aucuns autres depuis qui soient restés en place, sinon Lajard et Chambonas, n’ont fait dans cette affaire leur devoir de Français, et j’ose dire de citoyens. Les preuves
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ne nous manqueront pas ; mais M. Gorsas le feuiiliste vous tranchera cette question. De Graves , dirat-il, Dumouriez, Lajard et Chambonas, il est clair que Beaumarchais les a tous achetés comptant.
J’ai sans doute acheté depuis deux comités plus sévères que les premiers, militaire et des armes réunis, lorsqu’en septembre dernier, outré de ce qui m’arrivait chez le pouvoir exécutif, je présentai une pétition 'pressante à l’Assemblée nationale, lui demandant en grâce de faire examiner très-sévèrement ma conduite dans l'affaire de ces fusils; offrant et ma tète et mes biens, si ma conduite était seulement équivoque. J’en ai donc acheté tous les membres, quand, renvoyé par l’assemblée à ces comités réunis, pour être jugé sévèrement, après m’avoir bien entendu, pièces sur le bureau, pendant près de quatre heures, ils déclarèrent , et le signèrent tous, que non-seulement j’étais très-pur dans cette interminable affaire, pour laquelle j’avais fait des efforts d’un patriotisme incroyable, mais que je méritais la reconnaissance de la nation. Cette attestation-là m’a dû coûter un peu d’argent.
Me voilà bientôt à la fin ; il ne me reste plus qu’à acheter mon dénonciateur Lecointre et la Convention nationale , et c’est à quoi je me prépare. Malgré qu’ils aient saisi mes biens, je puis encore former cette puissante corruption : deux comités sévères de l’Assemblée nationale, composés de cinq autres, achetés en différents temps; puis la commune, la mairie, leur comité de surveillance, achetés; puis quatre ou cinq ministres en avril, en juillet dernier, achetés ; puis le parlement de Paris, en 1789, acheté , lequel ne m’aimait pas du tout: ce qui le rendait cher et pesant pour ma bourse ; n’importe, acheté , acheté ; puis enfin presque tous les corps delà magistrature française, qui ont jugé sévèrement tous les incidents de ma vie, et ont tous condamné mes lâches adversaires comme vils calomniateurs (car ce substantif est partout), achetés! Si tout cela ne m’a pas ruiné, quel magnifique acheteur je suis ! Le lord Clive n’y ferait œuvre.
Mais ma monnaie, à moi, pour acheter autant de juges, et celle avec laquelle je prétends acheter aussi Lecointre et toute la Convention , sera de bien prouver, les pièces sur table, comme je l’ai déjà fait vingt fois dans vingt tribunaux différents, que je suis un homme juste, bon père, bon mari, bon ami, bon parent, très-bon Français, excellent citoyen, et loyal négociant, fort désintéressé. Lecointre, et vous, législateurs, telle est ma monnaie corruptrice; pour parvenir à vous l’offrir à tous, voici ce que je vous propose.
Tous les gens suspectés de non-civisme ou de traîtrise, ou même qui craignent de l’être, frappés d une juste terreur sur la manière dont beaucoup d innocents ont été sacrifiés : car la loi veut qu’on réputé innocent l’homme qu’un jugement légal, après avoir entendu lui ou les défenseurs qu’il choisit, n’aura pas déclaré coupable ; tous ces ci-
toyens suspectés se sont sauvés hors de la France, et je ne puis les blâmer : car qui veut braver le péril d’être tué sans être jugé ?
Quant à moi, citoyens, à qui une vie si troublée est devenue enfin à charge ; moi qui, en vertu de la liberté que j’ai acquise par la révolution, me suis vu près vingt fois d’être incendié, lanterné, massacré ; qui ai subi en quatre années quatorze accusations plus absurdes qu’atroces, plus atroces qu’absurdes ; qui me suis vu traîner dans vos prisons deux fois, pour y être égorgé sans aucun jugement; qui ai reçu dans ma maison la visite de ! quarante mille hommes du peuple souverain, et qui I n’ai commis d’autre crime que d’avoir un joli jardin ; moi, décrété d’accusation par vous pour deux faits différents regardés comme trahitoires ; dans la maison duquel tous vos scellés sont apposés pour la troisième fois de l’année, sans qu’on ait pu dire pourquoi, et qu’on va chercher à faire arrêter en Hollande pour m’égorger peut-être sur la route de France, pendant que je me trouve en sûreté à Londres : je vous propose, ô citoyens, de me rendre à l’instant librement à Paris, et prisonnier sur ma parole tant que je plaiderai mes causes; ou bien d’y recevoir la ville pour prison, ou ma maison , si cela convient mieux.
Cette précaution prise, et ma vie assurée, je pars à l’instant pour Paris. J’ai même quelque espoir d’y être encore utile à ma patrie.
Caron de Beaumarchais.
Mes preuves suivront de près.