‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 650 sur 803 · A M. DE MIROMÉNIL, GARDE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

A M. DE MIROMÉNIL, GARDE DES SCEAUX

De la loge de votre suisse, ce 15 novembre 1775.

Monseigneur,

Je me suis échappé de mon lit, maigre la fièvre et le médecin, pour venir vous dire : Me voilà. Peu de temps après que je fus tombé de l’état de citoyen, vous êtes monté à celui de garde des sceaux. Mais la même justice qui vous a tiré de l’infortune doit être employée aujourd’hui, dans vos mains,

à me rendre au droit que j’avais de revenir contre un arrêt si ridicule, qu’on ne sait quel nom lui donner.

J’ignore, monseigneur, vu les affaires, les procès et la fièvre, si je partirai pour Londres, pour Aix, ou pour l’autre monde : tout ce que je sais, c’est que j’ai bien peu de temps à rester à Paris. Le roi, touché du tort moral que fait à mon existence le retard de ces terribles lettres de relief après lesquelles je cours depuis si longtemps, a bien voulu que vous sussiez enfin que si j’ai perdu le temps de me pourvoir dans les six mois prescrits par la loi, c’est que j’étais hors de France par les ordres exprès de Sa Majesté.

Mon affaire n’étant point d’audience, et ne devant vous occuper que l’instant de raisonner avec M. Dablois, mon rapporteur, sur les moyens d’arranger la justice du fond avec ce que les formes ont d’épineux, je vous supplie, monseigneur, de vouloir bien me donner un ordre précis pour me rendre chez vous. Je sortirai une autre fois de mon lit, et je viendrai avec une reconnaissance anticipée vous assurer du très-profond respect avec lequel je suis,

Votre, etc.

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