‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 652 sur 803 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

A M. PAULZE.

Paris, le 17 janvier 1779.

Une foule de lettres, monsieur, que j’ai reçues de différents ports de l’Océan, m’engagent à faire encore une démarche auprès de vous : à répondre à votre dernière, qui n’exigeait point d’autre importunité de ma part. Mais les armateurs français, qui me font la justice et l’honneur de me regarder comme un de leurs plus zélés défenseurs auprès des ministres, s’adressent tous à moi pour savoir s ils doivent abandonner absolument le commerce de l’Amérique, ou si l’on peut espérer que la ferme générale, seul acheteur des tabacs pour le royaume, cessera d’opposer à ce que vous nommez dans votre lettre la ruse mercantile ce qu’ils appellent, eux, la ruse fiscale , et qui ne devrait exister départ ni d’autre en ce moment.

De toutes ces ruses, la plus étrange et la plus funeste sans doute est celle par laquelle les fermiers généraux achèteraient sourdement les tabacs que les Anglais nous enlèvent sur mer. J’eus l’honneur de vous mander qu’on me l’avait écrit de Londres. Vous m’avez répondu que c’était un faux avis, que ce marché n’existait pas; qu’il était même impossible, puisque les Anglais n’avaient pas chez eux de quoi suffire à leur consommation.

A la rigueur cela se peut; mais, au témoignage d’un Anglais, rejeté par M. Paulze, je pouvais en ajouter un que M. Paulze n’eût pas récusé : c’est une lettre de la main de M. Paulze lui-même, écrite à l’un des préposés de la ferme pour les achats du tabac ; et cette lettre, je l’ai vue à Bordeaux, et j’y ai lu en substance : Ne payez pas les tabacs plus de quatre-vingts livres, parce que j’en attends quatre mille boucauts d’Angleterre , venant de New-Yoi k uvec le premier convoi , et que les Anglais m’en font offrir (ou espérer ) dix mille boucauts d'ici à un an, à meilleur prix que les Français ne les peuvent donner . D’un pareil fait à la possibilité du contrat, vous savez, monsieur, si la conséquence est bonne ou vicieuse.

Quoi qu’il en soit, et que ce contrat de la ferme avec l’ennemi de TÉtatexiste ou n'existe pas, qu’on le nie d’un côté en l’annonçant de l’autre, la conséquence est la même pour le commerce ; et l’incertitude eu pareil cas n’est qu’un malheur de plus. Si le contrat existe, et que les Français ne puissent pas soutenir la concurrence anglaise, ils

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doivent rester chez eux, ne plus aller chercher à grands frai» en Amérique du tabac qu’on ne peut vendre en France au seul acheteur, qui s’en pourvoit ailleurs : alors le système politique, absolument fondé sur l’agrandissement et la prospérité du commerce, est détruit. Si le marché n’existe pas, l’espoir et le but de son annonce étant d’alarmer le commerçant pour le forcer, dans sa détresse, à baisser ses prix, à perdre gros sur une denrée qui lui coûte aussi cher, il en résultera le même découragement, le même abandon du commerce, et la destruction aussi certaine du système politique.

Or est-il raisonnable qu’une compagnie puissante, et qui de temps immémorial a le bonheur de décimer en paix au sein de l’État, sur tous les trésors qu’on y amène, écrase et sacrifie à l'intérêt d’un moment les utiles citoyens qui vont chercher au loin ces trésors avec des périls sans nombre? Est-il juste que ce fermier, qui, sans aucun danger, remet au roi d’une main portion de ce qu’il exige de l’autre, avec des bénéfices immenses, accroisse encore ses gains aux dépens du négociant, qui seul est chargé de rendre à ses périls la vigueur à ce corps d’où le fisc a toujours pompé la substance de ses richesses ? Laissons donc de côté, monsieur, les ruses mercantile ou fiscale, pour traiter simplement la plus importante question qu’on puisse agiter devant les ministres.

Vous avez bien voulu, dans votre lettre, entrer en discussion, et me dire que si les fermiers du roi ont le patriotisme de faire des sacrifices à l’État sur le tabac, le commerce à son tour peut bien se contenter d’un bénéfice de vingt-cinq pour cent sur ses spéculations d’Amérique

Que parlez-vous, monsieur, de bénéfice et de vingt-cinq pour cent? Eh! que vous êtes loin de la question ! L’objet de la justice que je demande à la ferme au nom du commerce n’est pas d’obtenir plus de gain sur les tabacs qu’il importe, mais de ne pas supporter des pertes énormes sur les capitaux qu’il exporte.

Avant que d’agiter la question des sacrifices mutuels, j’ai voulu m’instruire à fond de tout ce qui pouvait me mettre en état de la traiter avec fruit. Ce qui regardait le commerce ne m’embarrassait déjà plus. J’ai eu depuis quatre ans de trop grands motifs de l’étudier, pour me tromper aujourd’hui sur son état en plaidant sa cause. Mais n’ayant pas eu le même intérêt à défricher les sentiers épineux de la ferme générale, il m’a fallu beaucoup travailler, monsieur., depuis votre lettre, pour parvenir à connaître à fond les vraies dépenses des fermiers du roi pour le tabac, les frais d’achat, de transport, de fabrication, de régie, de manutention, de surveillance, etc., que cette denrée exige.

J’ai dû savoir quelle était, avant la guerre, la différence du prix d’achat entre les tabacs étran-

gers et ceux du cru du royaume hors la ferme; ce qui résultait pour les uns et les autres d’un impôt de trente sous par livre assis (aux termes de l’édit de 1749) sur les tabacs étrangers seulement, puis étendu bientôt par convenance tacite sur la totalité de la vente au public, sous prétexte qu’il n’y avait plus de tabacs intérieurs, quoiqu’on eût eu grand soin d’en augmenter la culture.

J’ai dû m’instruire à quoi s’élevaient Ja consommation totale de cette denrée en France, le prix du bail au roi, celui de la vente au public ; le produit net des tabacs du Brésil ; celui des taxes sur les tabacs et sons d’Espagne, et de la différence de leur poids ; celui du double emploi sur les ficelages (aux termes de l’arrêt du conseil de 1730); celui du fort-denier abandonné aux débitants ; ce qu’il sortait de tout cela en pertes ou bénéfices pour la ferme avant l’augmentation du prix du tabac continental, causée par la guerre ; enfin la comparaison des anciens bénéfices avec le gain actuel, en faisant entrer dans celui-ci la diminution des contrebandes, occasionnée par la rareté de la denrée ; les bénéfices des nouveaux marchés des côtes de feuille qu’on brûlait, et qu’on ne brûle plus ; la livraison du tabac aux distributeurs faite en poudre, au lieu de la faire en carottes ; les différences données par l’analyse chimique de ces tabacs altérés, avec les excellents tabacs d*u Maryland et de Virginie, que nous vous proposons ; les plaintes qui s’en élèvent de toutes parts dans le royaume, etc., etc., etc.

En vain dirait-on que, la ferme ayant un marché fait avec le roi, nul ne peut y porter atteinte aussi longtemps qu’il subsiste. Ce n’est point à ce marché que je réponds ; c’est à votre lettre, monsieur, où vous voulez bien me dire que tout le poids du sacrifice de l’encouragement ne doit pas tomber sur le fermier acheteur, et que si le patriotisme veut qu’il paye plus cher, il n’exige pas que le négociant vendeur fasse des bénéfices trop considérables.

D’après votre lettre et mes travaux, monsieur, tenant comme vous pour principe certain que celui des deux qui gagne le plus entre le négociant et le fermier doi t en effet offrir un sacrifice honorable à son pays, je me crois en état d’éclaircir la question au gré des connaisseurs.

Nous n’épuiserons point les lieux communs de ces reproches éternels qui, toujours trop généralisés, ne portent sur aucun objet fixe, et sont facilement éludés par les défenseurs de chaque ordre. Réduisant la question à des faits très-exacts, nous prendrons, si vous voulez, pour exemple des gains excessifs du commerce l’expédition du Fier-Rodrigue, dont la cargaison a été vendue à quatre cents pour cent de bénéfice en Virginie; ou celle de la Pallas, qui a été vendue en North-Carolinede huit à neuf pour un, mais dont les tabacs en retour ont été achetés à un prix beaucoup plus fort que

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ceux du Fier-Rodrigue : et pour le plus haut terme des pertes du fermier nous choisirons le bail courant de David , et le temps actuel de la guerre : c’est traiter la ferme assez favorablement. Mais, au tableau que vous m’avez fait des prétendus gains du commerce, j’aperçois d’avance que vous êtes moins instruit de nos affaires que nous ne voyons clair dans les vôtres, et que vous connaissez bien moins nos pertes que nous ne pouvons prouver vos bénéfices.

Je n’approuve pas plus que vous les petites ruses par lesquelles certains vendeurs américains vous ont frustré des tabacs que vous leur avez payés d’avance.

Mais comme aucun Français, que je sache, n’a obtenu de vous cette faveur, aucun aussi ne doit partager le reproche de ces tours de gibecière, ni d’avoir abusé de vos avances: or c’est des Français seulement que je parle, et pour les Français que.je plaiderai.

Je vous demande encore pardon, monsieur, si je ne pense pas comme vous que ce soit le haut prix des denrées d’Europe qui ait fait monter excessivement celles d’Amérique. Selon moi, l’abondance ou la rareté met seule en tout pays de la différence dans le prix des denrées : or l’excessive rareté des envois d’Europe en Virginie n'y a pas rendu le tabac moins commun, au contraire. Ce n’est donc point le prix des marchandises européennes qui a fait monter le tabac à plus de cent livres le quintal : avouons, monsieur, que c’est le discrédit où est tombé le papier-monnaie, seul représentatif des denrées au continent, et l’intermédiaire de tous les marchés de ce pays-là.

Si ce papier-monnaie éprouve un tel discrédit d’opinion, s’il est tellement déprécié par sa vicieuse abondance, que l’on redoute d’en acquérir ou d’en conserver, alors il en faut beaucoup pour représenter peu de denrées ; elles paraissent vendues plus cher, non qu’elles soient montées de prix, mais parce que le signe de la vente ou la matière du payement a baissé de valeur.

Voilà, monsieur, ce qui est arrivé dans le continent, où l’on doit regarder aujourd’hui le papier comme un signe idéal, variable et trompeur; et s’en tenir uniquement, pour compter avec soimême, à ce que produisent en Europe les denrées d’Amérique apportées en retour d’une cargaison d’Europe, en y comprenant les frais d’armement, mises hors, assurances, voyages, relâches, désarmements, frais de vente, etc. C’est le seul moyen de connaître le résultat net d’une telle opération : tout autre compte est chimérique, un rêve de gens abusés, à qui le réveil est toujours funeste.

Or, à cette manière exacte et sévère de régler les comptes de retour, il s’en faut beaucoup, monsieur, que les négociants français aient du bénéfice, aux prix même où ils vous abandonnent leurs tabacs en France ; et cela est si certain, que les pro-

priétaires du tabac arrivé par la Dallas , quoiqu’ils aient vendu en Amérique à près de dix pour un, vous ont offert de vous remettre toute leur cargaison de retour pour rien, si vous vouliez les rembourser des frais de celle qu’ils ont portée d’Europe. Il n’y a peut-être pas un négociant français qui n’en fit autant. Si vous ne l’avez pas accepté, c’est que vous savez aussi bien qu’eux qu’ils sont loin de bénéficier sur les retours. On peut espérer des temps moins orageux, mais c’est de celui-ci qu’il s’agit. Dans ces premiers moments d’une alliance aussi disputée, où la guerre et le commerce doivent réunir leurs plus grands efforts, et semer laborieusement pour recueillir en des temps plus heureux, il faut le dire hautement, et mon devoir est de le répéter : tous les capitaux sont tellement compromis dans les spéculations du continent, et le dégoût devient si général en tous nos ports, que personne ne doit plus, ne peut plus, n’ira plus chercher à sa perte du tabac en Amérique, s’il faut encore le tenir en France à la disposition arbitraire et ruineuse du fermier, seul acheteur, seul vendeur, et seul maître, en cette partie.

Alors, par une contradiction exclusivement propre à ce royaume, on pourra voir la sage administration soutenir au loin une guerre dispendieuse, encourager ses armateurs à chercher les ports d’Amérique, employer tous les moyeus possibles pour augmenter l’émulation et la prospérité de son commerce ; et dans le même temps, le monopole et la gêne s’établir, arrêter, garrotter les négociants français au retour, et s’armer intérieurement contre la faveur et la liberté que le gouvernement leur avait promises.

C’est ainsique du tabac arrivé d’Amérique à Bordeaux, n’osant en sortir par mer pour aller à Gênes et Livourne, à cause de l’extrême danger des corsaires, ne peut obtenir aujourd’hui de la ferme une permission de traverser le royaume par le canal de Languedoc pour se rendre à Marseille et passer en Italie, sous prétexte du très-petit danger des versements intérieurs, qu’il lui est si aisé d’empêcher ; mais en effet pour forcer le propriétaire d’abandonner son tabac à perte aux fermiers du roi, par l’impossibilité reconnue de l’exportation.

C’est ainsi que dans tous les ports de France on a soin de prescrire aux possesseurs de tabac qu’ils aient à prévenir la ferme des offres que les étrangers leur en feront, sous prétexte qu’elle a le droit de préférence à ces mêmes prix ; mais en effet pour dégoûter l’étranger de faire aucune offre à nos négociants, certain qu’ils établiraient un prix pour la ferme, et nullement pour eux.

C’est ainsi qu’en tous ces mêmes ports les permissions de sortie se font tellement attendre et sont chargées de tant d’obstacles, que toujours les instants favorables se perdent ; et qu’il faut en venir à céder le tabac au fermier au prix qu’il eu

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veut donner, faute d’avoir pu l’exporter à temps avec avantage.

C’est ainsi qu’au Havre les fermiers ont ordonné le dépôt dans leurs magasins de tabacs arrivant d’Amérique, et que, voyant enfin qu’on ne voulait pas les céder à leur offre, ils ont signifié à l’armateur de les sortir sous quinze jours, sous prétexte qu’ils avaient besoin de leurs magasins ; mais en effet pour forcer le possesseur à les livrer à leur prix, par les difficultés, la gène et le coût d’un pareil déplacement.

Surtout on ne peut lire tranquillement les objections de la ferme contre le transport du tabac demandé par MM. Baignoux et compagnie, de Bordeaux pour Marseille, par le canal; et j’en suis d’autant plus affecté, que ces objections ont arraché contre le commerce un refus net àM. le directeur général des finances, qui avait consulté les fermiers du roi.

Je les ai sous les yeux, monsieur, vos objections. Comment une ordonnance faite il y a cent ans, et couverte cent fois ; comment un dispositif établi sur un commerce tranquille en temps de paix, en 1681, peuvent-ils être cités en 1776, et servir de réponse à des facilités demandées quand la mer est couver te de corsaires e n pl ei n e gu e rre , et 1 orsq u e les vaisseaux neutres n’offrent eux-mêmes aucune sûreté pour les transports ; quand enfin les tabacs encombrés dans les magasins de Nantes et de Bordeaux n’en peuvent sortir par aucune voie extérieure? N’est-il pas clair que le fermier n’obstrue ainsi tous les débouchés internes que pour forcer le négociant de lui livrer le tabac à bas prix, par l’impossibilité de le porter ailleurs ?

Et la ferme générale ose avancer, dans son mémoire à M. Necker, que le transport de Bordeaux à Marseille par le canal de Languedoc nest d'aucun avantage au commerce , quand toutes les autres voies sont fermées ! Est-il rien de plus insidieux, de plus dérisoire, que d’invoquer le prétendu système de la balance générale de l’avantage de chacun des ports de la France, à l’instant où la guerre et ses effets accumulent vicieusement les tabacs dans les ports de l’Océan, sans qu’ils en puissent sortir, et où ceux de la Méditerranée, qui, parleur position, en sont absolument privés, n’en peuvent envoyer aucun en Italie? N’est-ce pas ajouter l’ironie à la ruine, que d’accabler d’empêchements réels le port surchargé de tabacs, sous le prétexte vain de favoriser celui qui n’en a point, et ne peut s’en procurer en ce moment? Et n’estce pas surtout se jouer de la confiance que le directeur général des finances montre à la ferme en la consultant, que d’abuser d’une déclaration du roi du siècle passé, faite sur un commerce paisible et en vigueur; de la rapporter à ces temps difficiles, aux commencements d’un commerce ruineux, d’une guerre écrasante; et d’étouffer ainsi dans sa naissance l’émulation des négociants fran-

çais, que le gouvernement a tant d’intérêt et de désir d’augmenter?

Qui ne connaîtrait pas les précautions multipliées du code-fermier contre la fraude, et l’armée de commis que la ferme soudoie, pourrait croire en effet qu’il est difficile à cette compagnie d’empêcher des versements dans les passages intérieurs d’un porta l’autre. Mais, je l’avoue avec douleur, à la lecture du mémoire envoyé à M. Necker par la ferme générale, sur la demande des sieurs Baignoux de Bordeaux, pour le transport des tabacs par le canal ; à ces insinuations d’un contrat avec l’ennemi, semées sourdement dans un lieu, désavouées dans un autre ; à ce plan constamment suivi de détruire le tabac en France et d’en aller acheter en Amérique, quand notre sol en pourrait fournir abondamment, puis de préférer le tabac d’Europe à l’instant oùl’intérêtde l’État commence à exiger faveur pour celui d’Amérique ; à toutes les ruses que je vois employer dans nos ports pour décourager le commerce et nuire à la vente, au transport de ces tabacs, seul retour qu’on puisse apporter du continent; à l’examen de cette foule d’avantages secrets si savamment combinés par la ferme, et qu’elle a su tirer des édits ou déclarations de 1681, de 1721, de 1730, de 1749, etc., dans la seule partie du tabac ; en les rapprochant surtout de ses procédés actuels avec les négociants, il est démontré pour moi qu’un bail de six ans est le plus dévorant ennemi d’un règne de cent ans dans ce royaume, et qu’à moins d’un nouvel ordre ou dans la ferme, ou dansles spéculationsd’outre-mer, la France, après avoir fait une guerre ruineuse, ne recueillera nul fruit de son système actuel, perdra l’Amérique, que son commerce pouvait seul conquérir, et verra l’Angleterre, son éternelle ennemie, se relever bientôt de ses pertes, et reprendre sur nous tous ses avantages, par cela seul que l’intérêt de la ferme générale en France est toujours contraire à celui de l’État.

Il est temps de me résumer.

J’ai donc l’honneur, monsieur ou messieurs (car je désire que ma lettre soit lue au comité de la ferme générale), j’ai donc l’honneur de vous réitérer ma demande au nom de tous les armateurs, ou de nous traiter honorablement sur le prix des tabacs, et fraternellement sur les facilités du transport, que l’intérêt de l’État et le nôtre exigent, ou de soumettre au jugement des sages qui gouvernent l’État nos différentes assertions appuyées de preuves; moi sur les gains et procédés de la ferme, et vous sur les gains et prétentions du commerce.

Ceci n’étant point une querelle de particuliers seulement individuelle, mais une question devenue nationale, et d’une importance extrême, à cause des suites, j’ai cru devoir travailler sans relâche à composer un mémoire instructif en forme de requête, que je me propose de présenter

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au roi sur cette matière intéressante, au nom du commerce, et dont cette lettre sera l’introduction.

Et j ai 1 honneur de vous en prévenir, afin que, si nulle voie de conciliation ne peut ramener la terme générale à tendre une main équitable au commerce de France, écrasé par cette guerre, et prêt a succomber entre les Anglais et les fermiers, vous soyez instruit qu’un négociant français, qu’un citoyen s est chargé du triste emploi de montrer au gouvernement, à la nation, à sa patrie enfin, d’où vient et à qui l’on doit imputer tout le mal qui va résulter de cet étrange ordre de choses. Et puisse encore, après mes preuves données, ma prédiction n’avoir aucun effet! C’est le vœu le plus ardent de celui qui a l’honneur d’être, avec une grande considération,

Monsieur, votre, etc.

P: S* Depuis ma lettre écrite, j’apprends qu’un navire a moi, le Ferragus, a été pris et conduit à ' Glascow; qu’une frégate aussi à moi, de vingtdeux canons, le Duc du Châtelet , a sauté malheureusement à sa sortie de Nantes; enfin j’apprends que le Lyon , venant de Virginie, et sur lequel je crois avoir à fret trois cents boucauts de tabacs a été pris et conduit à New-York. Je laisse à part les reflexions comparatives des gains du fermier et du commerçant que tout ceci suggère. Mais tant de pertes connues, et dont chaque armateur citerait à peu près les pareilles, pouvant donner à ma lettre un ton d’humeur personnelle qui lui ôterait de sa force, je me crois obligé de vous assurer monsieur, qu’en aucune affaire qui me fût propre je n’aurais mis la fermeté dont cette lettre est remplie. Mais je parle au nom du commerce, qui souffre, et à qui ses pertes accumulées rendent le système et les procédés de la ferme encore plus insupportables. C’est pour lui, non pour moi, que j’écris, que je veille, que je voyage, que j’étudie, que je travaille enfin depuis quatre ans, bien assuré que la France ayant en elle tous les autres genres de supériorité, celle du commerce maritime, que la fortune lui offrait aujourd’hui de si bonne grâce, allait achever de lui donner sur tous les intérêts du monde une prépondérance universelle, si nul obstacle intérieur n’avait enchaîné l’essor de ses armateurs.

Le prix des tabacs en Hollande est coté, du 1er janvier, de cent vingt à cent Lrente livres. Il y a bien loin de là à quatre-vingts livres, et quinze ivres pour cent de tare. C’est le prix mitoyen que le commerce demande, cent livres.

prisonniers anglais un nommé Nehemicih Hollond qui a été pris sur le Saint-Peter ou Saint-Pierre et d accorder sa liberté à Beaumarchais, qui désire de tout son coeur acquitter l’engagement pris par M. Mulhers, officier de la brigade irlandaise, envers un capitaine corsaire anglais qui non-seulement l a remis en liberté sur un navire neutre, apres avoir pris dans son passage du continent en Europe, mais lui a généreusement offert sa bourse, en lui demandant pour toute reconnaissance de tâcher d’obtenir l’élargissement de son ami Nehemiah Hollond , prisonnier en France Dans l’horrible métier de la guerre, il semble qu on ne peut trop encourager tout ce qui tient à la générosité, et s’écarte un peu de la férocité anglaise.

Le trait du capitaine anglais et la récompense qu y attachera le ministre français seront tous deux consignés dans le Courrier de l'Europe.

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