A M. NECKER
Paris, le 18 juillet 1780.
Monsieur,
Vous avez fait à mon égard un acte de justice, et vous l’avez fait avec grâce : ce qui m’a plus louché que la chose même. Je vous en remercie. Je puis vous devoir des remercîments plus importants sur l’indemnité que le roi a bien voulu me faire offrir pour les pertes énormes que m’a causées la campagne d’Estaing. Si quelques éclaircissements peuvent hâter l’effet de la justice du roi', parlez, monsieur; mes affaires exigent que je supplie S. M. de m’accorder promptement un à-compte que j’ai refusé il y a un an, parce que je n’en avais pas besoin. Le retard inouï de mes vaisseaux, et peutêtre leur perte entière, rend ma sollicitation plus pressante. Je suis, de tous les sujets du roi, le moins à charge de l’État; je n’ai demandé ni fortune, ni honneurs, ni emploi, ni traitement, et je n’ai jamais désiré d’autre récompense de mes travaux que de n’être jugé sur rien sans être entendu: jusqu’à présent j’ai obtenu des ministres du roi ce premier des biens pour celui qui marche à travers une foule d’ennemis, et je me trouve heureux que leur justice m’ait toujours mis à portée de me défendre quand on m’a calomnié. Mais ce n’est point une grâce que je demande aujourd’hui, quoique je sois disposé à recevoir à ce titre la justice rigoureuse que le roi a reconnu qui m’était due. Quel que soit l’état des finances du royaume, Làcompte que je sollicite ne peut en diminuer l’aisance ni en accroître la gêne; car de ce que mes vaisseaux ont fait à mes dépens, on en eût payé à leur place qui eussent coûté au roi plus que je ne lui demande.
Je vous porterai l’état de la mise hors de cette flotte aujourd’hui presque anéantie, et je prendrai
LETTRES
tous les tempéraments qui conviendront à S. M. si je le puis sans périr. Je vous remercie de nouveau des cent mille francs Nassau ■■ que vous m’avez remis avant l’époque; et je suis, en attendant le rendez-vous, avec une reconnaissance aussi franche que respectueuse,
Monsieur, etc.
LETTRE XXYI.