‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 752 sur 803 · LES BOTTES DE SEPT LIEUES, SCENE XIII · texte numérisé non relu

LES BOTTES DE SEPT LIEUES, SCENE XIII

l'histoire ne fait pas mention, cest que le valet de celui qui les porte fait z’autant de chemin que lui sans être botté, quand ils voyagent z’ensemblc, s’entend aussi ai -je fait sept ou huit cents fois le tour du monde depuis quatre ans que, pour m’attacher z’à ce maître, je quittai Nogentsur-Seine, mon pays natal.

GILLES

Comment, vous êtes de Nogent-sur-Seine, vous?

ARLEQUIN

Oui, moi; eh! qu’y a-t-il donc d’extraordinaire z’à cela! Est-ce qu’il ne faut pas être de quelque part?

GILLES

Oui, sans doute; mais, parbleu, je ne l’aurais jamais deviné z’à la couleur du teint de votre visage.

ARLEQUIN

J’étais t’aussi blanc que vous t’en quittant Nogent, z’et cette couleur me* vient d’un coup de soleil; mais pour faire passer cela j’attends la rosée de mai.

Ehl mais, dites donc, beau brunet, vous avez connu apparemment Gilles Bambinois?

ARLEQUIN

Belle demande, puisque je suis son neveu.

GILLES

Son neveu, et de cette manière vous êtes le fils de la mère Bridoie?

ARLEQUIN

Tout juste, et c’est ce qui fait qu’on m’appelle Bridoison.

GILLES, lui sautant au cou.

Ah ! ventrebille, je suis bien aise de vous voir, cousin !...

ARLEQUIN

Comment, cousin !

GILLES

Oui, pardine, nous sommes cousins quand vous ne le voudriez pas, puisque le Gilles Bambinois t’est mon père.

ARLEQUIN, pleurant.

Ah! cher cousin, dites qu’il Tétait, car le pauvre homme z’est enterré il y a huit jours z’et j’ai laissé t’avant z’hier votre mère presque t’à l’agonie.

GILLES, pleurant.

Mon père mort et ma mère t’à l’agonie, hi, hi, hi, hi, ha! ha! cela metraperce le cœur jusqu’au fin fond des boyaux, mon cher cousin.

ARLEQUIN

Il est vrai, cousin, que cela t’est fort t’affligeant, mais le pis que j’y trouve, c’est votre absence du pays dont z’est fortcapable de profiter le cousin... là... comment l’appelez-vous?

GILLES

Qui, le cousin Riffart?

ARLEQUIN

Oui, le cousin Riffart et sa grande haquenée de femme, qui ne vaut pas...

GILLES

Mais il n’est pas marié, cousin, vous voulez t’apparemment dire sa sœur, la grand’Michelle?

ARLEQUIN

Oui, la grande Michelle, ce sont bien les deux plus méchantes nourritures que le diable z’ait jamais faites, t’et vous ne seriez pas le premier z’à qui ils aient z’escroqué des successions; moi qui vous parle, je sais ce qu’en vaut l’aune, z’et sans eux, hélas! je ne serais pas réduit à servir comme je fais.

GILLES

Mon cousin, quelle emplâtre mettre z’à cela?

ARLEQUIN, réfléchissant.

Ma foi, la meilleure emplâtre serait votre présence, et, à votre place, je partirais sur-le-champ; face d’homme fait vertu, et peut-être z’arriveriezvous t’encore z’assez à temps pour avoir le plaisir de voir rendre l’âme z’à votre pauvre mère.

GILLES

Il est vrai que ce serait z’une grande consolation pour moi, mais je suis obligé d’attendre le retour de monsieur Gassandre, mon maître, qui m’a laissé le gardien de mam’zelle z’Isabelle sa fille, z’et de la maison, z’où pour cause je la tiens renfermée par son ordre.

ARLEQUIN

Et son voyage sera-t-il long?

GILLES

Non, il doit revenir z’après-demain z’au plus tard.

ARLEQUIN

Quoique le terme soit court, votre pauvre mère pourrait fort bien prendre congé de la compagnie si elle ne Ta déjà fait...; mais z’il me vient z’une idée z’excellente : si z’en faveur du cousinage mon maître vous voulait prêter ses bottes, vous pourriez ce soir, lorsqu’Isabelle serait couchée, donner t’un coup de pied jusqu’au pays, et comme il ne faut que trois enjambées t’et quelque chose pour faire vingt-deux lieues, vous auriez le temps de voir ce qui se passe par vous-même et d’être revenu z’avant le réveil de votre maîtresse.

GILLES

Cela z’est mordié bien trouvé, cousin, mais croyez-vous que votre maître veuille me rendre ce service?

ARLEQUIN

Je ne réponds t’encore de rien, quoiqu’il ne me refuse guère, mais nous en aurons bientôt le cœur net, car le voici.

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