‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 792 sur 803 · LES DÉLICES DE PLAISANCE · texte numérisé non relu

LES DÉLICES DE PLAISANCE

Séjour charmant où la nature Brille des plus vives couleurs,

Où par les soins d’une docte culture On voit des fruits dans la saison des fleurs; Vous m'enchantez, je ne puis plus me taire.

Mon feu s’allume au céleste flambeau Dont les rayons en éclairant la terre Me font jouir d’un spectacle si beau.

Quel bois se présente à ma vue,

Si grand, si richement planté !

Son front superbe, dans la nue,

Arrête les feux de l’été.

Que j’aime à voir, dans ce vallon fertile,

Ce camaïeu de prés et de guérets,

Et le cristal de cette onde tranquille,

Dont la lenteur annonce les regrets.

1. Ces vers, dont il existe plusieurs ébauches et enfin une copie définitive aux manuscrits de la Comédie française, doivent dater du temps où Pâris-Duverney vivait encore et habitait son magnifique château de Plaisance, près de Nogent-sur-Marne. C’est de Hollande, lors du premier voyage qu’il y fit, que Beaumarchais dut les lui adresser. Ed. F.

En s’éloignant d’un séjour qu’elle adore,

Elle voudrait couler plus lentement.

Par mille détours qu’on ignore Elle l’embrasse étroitement,

Elle y revient, l’embrasse encore;

Mais nous souffrons de ce retardement.

Rendez, beaux lieux, son cours à la patrie.

Il nous est cher, il porte aux citoyens Les trésors de notre industrie.

Voudriez-vous arrêter tant de biens?

Que ce jardin est sage en sa parure!

D’ornements faux l'œil n’est point offusqué.

A l’embellir seulement appliqué,

L’art nulle part n’étouffe la nature.

Loin ces bosquets, monstres d’architecture,

Si tourmentés au gré de nos travers,

Qui n’offrent des fleurs qu’en peinture,

Et pour charmille ont des treillages verts!

Sommes-nous donc au delà du tropique!

J’en vois les fruits, je respire l’odeur De l’ananas de l’ardente Amérique.

Par quel pouvoir en ont-ils la saveur?

Partout ici de l’art de Triptolème Je reconnais un savant amateur.

Le sage heureux, pour jouir de lui-même, Compose, écrit, devient cultivateur.

Ami, dis-moi l’étonnante magie

Qui te soumet les arts, les tons, les goûts;

Divers entre eux, on les voit s’unir tous Pour obéir à ton génie.

Ton ingénieuse industrie Vient à bout, même en se jouant,

De la plus abstraite entreprise.

Heureux mortel, phénomène vivant, Apprends-moi donc quel Dieu te favorise.

Quand tu servais l’impérieux enfant.

Dont le carquois a subjugué la terre,

Tu le traitais fort cavalièrement.

Un tel système, imprudent, téméraire,

Dut exciter tout son ressentiment.

Heureux mortel, ton audace sut plaire.

Ce Dieu brusqué n’en fut que plus charmant.

Il embellit chaque instant de ta vie.

Le doux plaisir sur tes pas voltigeant Mit dans tes bras Fanny, Laïs, Silvie.

Trompé par elles, les trompant,

Jouir fut ta philosophie.

Alcibiade en fit autant.

Depuis un dieu plus sévère et décent,

Ami, te mène en triomphe à sa suite.

A son aspect souvent peu caressant,

Le tendre Amour soupire et prend la fuite.

Mais Amélie, aussi tendre que belle,

A fixé le volage enfant.

L’Hymen, pour elle, est devenu galant.

Ne crains donc plus que ton bonheur chancelle. Tu tiens en tes mains un trésor

MELANGES EN PROSE ET EN VERS

Que l’on n’obtient pour argent ni pour or. Si l’injustice empoisonne ta vie,

Rends grâce à son atrocité,

Tu lui dus tout. Pour jouir d’Amélie,

IT te manquait d’être persécuté.

Loin du fracas des cours et de la ville, Heureux époux entre ses bras chéris, Savourez bien en votre asile Le vrai bonheur ignoré dans Paris.

Séjour charmant dont l’Amour fit hommage Aux qualités du plus digne Français,

Je vois en vous la retraite d’un sage,

Votre destin est plus beau que jamais.

J’y reviendrai, demeure fortunée,

Jouir encor de l’aspect du bonheur.

Elle y viendra par moi-même amenée,

Cette Saint-Yon si chère à notre cœur.

Parmi des flots de liqueur purpurine,

Nous chanterons notre amitié divine,

Loin des jaloux, du vice et de l’erreur.

Ainsi Julie et l’amant de Corine Fuyaient souvent et Rome et l’empereur.

Ami, ces rimes redoublées,

Peut-être au hasard enfilées,

Pour toi ne sont pas d’un grand prix.

Ami, prends en gré mes excuses,

C’est d’Amsterdam que je t’écris,

Si c’est là le pays des ruses Ce n’est pas trop celui des Muses,

L’air du commerce appesantit l’esprit.

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