‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 102 sur 172 · LA MORT DE MON AMI QUÉNESCOURT · texte numérisé non relu

LA MORT DE MON AMI QUÉNESCOURT

AïK : Échos des bois, errants dmis ces vallons.

Quoi! sourd aux cris d'un long Miserere, Sous ce drap noir, que j'asperge en silence ; Quoi ! ce cercueil , de cierges entouré , C'est mon ami, c'est mon ami d'enfance! Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix. ) De le bénir pour la dernière fois. )

s CHANSONS

Descendu là, sans s'appuyer sur vous.

Dans l'autre vie, il entre exempt d'alarmes. Qu'est-il besoin que votre Dieu jaloux.

De son enfer vienne effrayer nos larmes? Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.

Son àme, hélas! trop tôt prenant l'essor. Tel un fruit mûr qu'un jeune enfant dérobe. Nous est ravie. Un ange aux ailes d'or L'emporte au ciel dans le pan de sa robe. Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.

Modeste et bon, cet homme vertueux, Privé des biens ({ue l'opulence affiche, A seml)lé pauvre au riche fastueux, Et par ses dons au pauvre a semblé l'iche. Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.

Las, sur les flots, d'aller rasant le bord,

Je saluai sa demeure ignorée.

Entre, et, chez moi, dit-il, comme en un pori,

Raccommodons ta voile déchirée.

Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma \()ix

De le bénir pour la dernière fois.

Proclamé roi de ses festins joyeux, A son foy(M- je fais sé("lier ma lyre.

1)K HKRA\(iEU. ï

J'y vois |)()ur moi se tlérider les (•ioiix Et mon pays daigne enfin me sourire.

Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.

A mes chansons qu(» sa joie applaudit ! Sur mes succès son cœur s'en fait accroire, Et s'enivrant des fleurs qu'il me prédit, Prend leur parfum i)our un encens de gloire. Cessez vos chants, i)rètres; c'est à ma voix De le luMiir poni" la dornièie fois.

Au peu d'éclat dont je brille à présent, Ah! qu'il ait part, et puisse à ma lumière. Comme au lUunbeau (pie porte un ver luisant, Longtemps son nom se lire sur la pierre ^^! Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.

Des hymnes saints cessez le triste accord : Il est parti, mais pour un meilleur monde. A mes chansons s'il peut rester encor Dans ce cercueil un écho qui réponde, CJessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le l)énii' pour la dernière fois.

bis.

(;HA^S()^s

Page 1