‹ Œuvres complètesChapitre 42 sur 89 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

POÈME

La mort n'entend pas badinage ,

Elle atteint et vieux et jeune âge :

Sa faux se promène partout ,

Et frappe tête, milieu, bout.

Son regard à ce point" nous peine,

Qu'elle glace le sang en veine.

Quand le tombeau montre son bord ,

L'éternité paraît d'abord ;

Et qu'elle soit bonne ou mauvaise ,

Nous trouvons toujours Dieu qui pèse

Toutes choses au trébuchet.

Ayant déjà mis au creuset

L'excès de sa miséricorde ,

Plus aucun pardon il n'accorde

Lorsqu'est fait notre dernier pas.

Ne nous illusionnons pas ,

Car la mort est une partie ;

Toute personne est avertie

De se préparer prudemment

A passer le dernier moment

Qui nous sépare de la terre.

Le démon nous fera la guerre ,

Bien vite nous serons battus

Si nous manquons trop de vertus.

88 Arnaud Daubasse

Gountro el , digun , digun ni pario ,

Se n*es armât de la pregario ,

De junes e de caritat.

Aco8 es de nécessitât

Dins aquel affa d'impourtenço :

Pratiquèn doun la penitenço ,

Goumo lous que soun tapla morts ,

Qu'an quitat bes , cargos, trésors,

Per ana médita deforo

L'etemitat que lour damoro.

Urous qui lotjo dins un roc !

Un home juste trobo loc

De bailha , qùaque sa car grounde ,

Un cet de pè sul nas del mounde ,

Que n'es counpousat que d*abus ,

Que se fay riche e n'es que gus ;

Car n'a pas , coumo touts l'obserboun ,

De que paga lous que lou serboun.

Sas aùnous e sas dignitats Soun enflados de banitats E plenos de ben coumo un orgue.

Mes atendèn que l'home morgue ; Alabe.beyra que sous jours Aûran fèy pus biste lour cours Que n'es burlat un fèt de palho ; Acos pus sigur que la tailho Que se pago cad'an al rey.

Après l'exemple que s'en bey, You nou cambiarioy pas de bito ?

Sabi que la mort precipito Gaùque cot al bas de l'iffèr.

You n'aurèy pus lou cor de fér, Goumo ey agut, per cat de paùre, Perce qu'acos me fara claùre Tôt ou tard dins lou paradis.

Farèy ço que la loué me dis ,

Poèmes 89

Point d'illusion à se faire Sans être armé de la prière , Du jeûne et de la charité ; C'est de toute nécessité.

Dans cette affaire d'importance , Pratiquons donc la pénitence.

Comme ceux qui sont déjà morts , Abandonnant charges , trésors , Pour aller méditer sur l'heure L'éternité qui nous demeure.

Heureux qui loge dans un lieu D'où l'homme juste trouve lieu De lancer, lorsque sa chair gronde , Un coup de pied au nez du monde , Composé d'abus si nombreux , Qui se dit riche et n'est que gueux :

Il n'a pas , comme tous l'observent , De quoi payer ceux qui le servent.

Ses honneurs et ses dignités Ne sont rien que des vanités , Vides comme l'orgue qui pleure.

Mais attendons que l'homme meure ; Alors on verra que ses jours Auront plus vite fait leur cours Que ne brûlent les feux de paille.

C'est plus assuré que la taille , Que, tous les ans, on paie au roi.

Après l'exemple qu'on en voit , Je ne changerai pas de vie ?

Sachant que la mort expédie Quelquefois au fond de l'enfer ; Je n'aurai plus le cœur de fer Pour quelque pauvre créature, Car cela me ferait exclure Tôt ou tard du saint paradis :

Je suivrai de la loi l'avis ,

90 Arnaud Daubasse

E tout ço qu'es bien necessari , Per qu'atal cal que me prepari En d'aquel moumen dangeyrous...

La mort bèn coumo lous layrous.

Es uno souberèno inquièto , Que quand nous a frappats nous jèto Dins lous bras de l'eternitat.

Perque n'ey, you , pas méditât Net e jour sur aquel passatge , Surtout lorsque dins lou jouyne atge , De la bertut l'on s'es mouquat ! Sabi qu'un jour, dins Josaphat , Daban lou Bèrbe , fil de l'home , Des pecats durbiran lou tome.

Que tremblaran lous pecadous Quand nou beyran que de carbous !

Nous-aùs , helas ! paùros manobros , Que debendren sans bounos obros ?

Daban el, toutos las natiùs Que seran sans bounos actiùs , Dambe touts lous crimes à lujos , E la terro se mètra à fujos, E lou Cèl oun es lou soulel Se gandira de daban el ; Las estèlos tant naù mountados , A sous pès las beyren tounbados Per respecta la maj estât D'aquel Diù de seberitat.

Sous arrêts biùs sans èstre estranges , Faran mémo trembla lous anges E lou grand troupèl des élus.

Lous criminels n'en pouyran plus ; L'espouèr sera tnen qu'uno bourdo , La bièrges lour fara la sourdo , £ touts lous objets que beyran

Poèmes 91

Et ferai tout le nécessaire Pour me préparer à bien faire A ce moment plein de frayeurs...

La mort vient comme les voleurs.

C'est une souveraine inquiète

Qui nous frappe et puis nous rejette

Dans les bras de l'éternité ;

Ah ! que n'ai-je donc médité

Et nuit et jour sur ce passage ,

Surtout lorsque, dans son jeune âge,

De la vertu Ton fait le 'fat.

Je sais qu'un jour dans Josaphat ,

Devant le Verbe, fils de l'homme ,

Des péchés s'ouvrira le tome.

Alors trembleront les méchants,

Ne voyant que charbons ardents !

Et nous autres , pauvres manœuvres ,

Que devenir sans bonnes œuvres?

Devant lui toutes nations

Etant sans bonnes actions,

Avec leurs crimes feront suite ,

Et la terre prendra la fuite ;

Le Ciel où le soleil a lui

Se dérobera devant lui ;

Les étoiles si haut montées

A ses pieds seront rejetées ,

Pour respecter la majesté

De ce Dieu de sévérité.

Ses arrêts , vifs mais non étranges , Feront même trembler les anges Et le grand troupeau des élus.

Les criminels n'y tiendront plus.

L'espoir sera moins qu'une bourde , La Vierge pour eux sera sourde ; Et tous les objets qu'ils verront

92 Arnaud Daubasse

Sans cesso lous accusaran Daban aquel Jnje équitable.

Ha ! que Thome es bien misérable De nou pensa suriùsomen Sur la mort e lou j^jomen , Que bendran coumo lou déluge !

Oun troubarèy-you moun refuge ?

Sera-ço al met de mous amits ?

Quand n'aùrioy coumo de froumits, Goùmo nou serèy pus lou qu'èri , M*oublidaran al cementèri.

Poèmes 93

Sans cesse les accuseront , Pardevant ce juge équitable.

Hélas ! que rhomme est misérable , De ne penser sérieusement A la mort et au jugement, Qui viendront comme le déluge ! Où donc trpuverai-je un refuge ?

Sera-ce parmi mes amis ?

En eussè-je comme fourmis , N'ayant plus ma forme première , Ils m'oublieront au cimetière.

LAS aUATRE FIS DE L'HOME

POUÈMO

Mounde , acos pla bertat que nou ses qu'un fantôme , Que trabalhes sans cesso à la perto de l'home ; Dins bien d'oustals oun Diù repend sa bouno aùdou, Tu bas pana lou sen per lou fa pecadou.

Coumo mountaren doun oun lotjoun las planètos, S'enbrassan lous plazes doun nous fas enbejetos ? C'en es fèy, se per tu nous dayssan endroumi , Del Gèl, dins lou moumen, perdèn lou boun cami. Traytes e bils plazes doun lous remors tracassoun , Diùrion èstre maudits per lous homes que passoun. Cadun es ayci-bas coumo un pic sui- la branco , Que se paùso un moumen , e de suito descampo. Abèn daban lous èls la loungo eternitat , E souben y dintran sans y abe pensât.

Lou tem passât n'es pus , lou presen nous escapo , Uabeni nous atten ; apèy, quand nous attrapo , Nous trayno daban Diù justomen irritât Countro lou pecadou remplit d'iniquitat.

Que l'home es abuglat ! Qu'es sot e misérable ! De quita la bertut , qu'es ço de pus aymable , Per de plazes troumpurs doun l'home es abertit Que nou y restara qu'un triste repentit ; Estre estât per un Diù toutjour fret coumo malbre ; N'abe jamay pourtat aquel benesit albre ,

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