LES QUATRE FINS DE L'HOMME
POÈME
Monde , il est donc bien vrai que tu n'es qu'un fantôme Tu travailles sans cesse à la perte de l'homme ; Sous bien des toits où Dieu répand sa bonne odeur, Tu vas voler le saint pour le faire pécheur.
Gomment monterons-nous où logent les planètes , Si nous nous arrêtons aux plaisirs déshonnêtes? C'en est fait, si par toi nous nous laissons gagner. Du droit chemin du Ciel tu vas nous éloigner. Traîtres et vils plaisirs dont les remords tracassent, Que n'êtes-vous maudits par les hommes qui passent. Chacun est ici-bas comme un oiseau qui campe Sur la branche un moment et de suite décampe. Nous avons devant nous la longue éternité , £t nous mourons sans nous en être inquiété.
Le temps passé n'est plus , le présent nous échappe , L'avenir nous attend , puis , quand il nous attrappe , Nous allons devant Dieu justement irrité Contre le grand pécheur rempli d'iniquité.
Que l'homme est aveuglé ! Qu'il est sot, misérable ! De quitter la veiiu, douce et toujours aimable, Pour des plaisirs trompeurs , dont il est prévenu , Qu'ils ne lui laissent rien qu'un regret continu : Jlvoir toujours été pour Dieu froid comme un marbre , N'avoir jamais porté ce bénit et saint arbre.
Oun sur lou mount Galbèro un Diù crucificat Espoutig^èt riffër, la mort e lou pecat ; Quand Tamo , de soun cors , se sera despartido , Qu*uno sanglanto crout se randra sa partido , Goumo aquel sang precious sera nostre aboucat ? Que fara lou boun Diù qu'abèn crucificat ?
Lou noumbre de pecats que nous autres aùren A cadun apprendra soun triste jujomen.
Per bounhur, aquel sang que lou Crist nous accordo , Tant que sèn ayci-bas , crido raisericordo -^ Mes à soun jujomen noumat unibersèl , Aquel sang cridara pus fort que lou d'Abèl.
Aquel jour de terrou , de plous e de biùlenco , Beyren touts aquel sang damanda sa bengenço.
Lou Grist y moustrarâ sous membres massacrats , E la pèsso de boy oun èroun clabelats.
A lous qu'aùran pagat l'amour d'ingratitudo ,
Aquel grand rey qu'es moii de la mort la pus rudo ,
E que nous a dubèrt las portos de sa cour,
Goundannara l'ingrat à burla net e jour.
Lou darrè jujomen que l'abeni presento
Fara que morts e biùs seran sazits de crento.
La Luno e lou Soulel que soun al firmomen ,
Sans faùto marquaran aquel grand jujomen.
Despoulhat de l'amour qu'abio tant en coustumo ,
Pie de sa msgestat, mountat sur uno brumo,
Armât d'un coutelas as dus tais aguzat ,
Al dret coumo al rebèr frappara l'home ingrat.
La rajo de l'iffèr, per lors descadenado ,
Touts lous demouns sur pè , rengats coumo uno armado ,
Renegant touts al cot-, coumo de malurous ,
Plounjaran la terrou dins lous cors pecadous.
L'agnèl que per nous aùs s'immoulèt sul Galbèro
Se beyra tout claûfit de rajo e de coulèro ;
El , qu'abio perdounat juscos à sous bourreûs ,
N'aura countro nous aùs que foudros e carreùs.
Poèmes 97
Ou-, sur le mont Calvaire, un Dieu crucifié Ecrasa le démon, la mort et le péché !...
Quand l'âme de son corps se sei-a séparée , Qu'une sanglante croix lui sera préparée , Gomment ce sang divin plaidera-t-il pour nous ? Que fera le bon Dieu crucifié par nous?
Le nombre de péchés que chacun comptera , Son triste jugement alors le lui dira.
Or par bonheur ce sang, que le Chiist nous accorde, Tant que nous respirons lui dit : miséricorde ! Mais à son jugement qu'on nomme universel, Ce môme sang criera plus que celui d'Abel.
En ce jour de terreur, de pleurs, de violence. Nous verrons tous ce sang demander sa vengeance. Le Christ nous montrera ses membres massacrés Et le bois sur lequel ils ont été cloués.
Malheur à qui l'aura payé d'ingratitude !
Ce grand l'oi qui mourut de la mort la plus rude ,
Qui nous ouvrit à tous les portes de sa cour,
Condamnera l'ingrat à brûler nuit et jour.
Le jugement dernier, qui nous attend sans feinte,
Fera que morts et vifs seront saisis de crainte.
La lune et le soleil, qui sont au firmament.
Sans faute marqueront ce dernier jugement.
Dépouillé de l'amour dont il fit tant d'usage,
Plein de sa majesté, monté sur un nuage.
Armé d'un coutelas en tous sens aiguisé ,
Il frappera partout l'homme ingrat sans pitié.
La fureur de l'enfer en ce jour déchaînée ,
Tous les démons sur pied , rangés comme une armée ,
Relégant tout alors dans un commun malheur,
Plongeront la terreur dans l'âme du pécheur.
L'agneau qui s'immola pour nous sur le Calvaire ,
En lui ne sentira que rage et que colère ;
Lui qui sut pardonner jusques à ses bourreaux.
N'aura plus contre nous que foudres et carreaux.
98 Arnaud Daubasse
Quahhome prou hardit gaùzara se résoudre A s*aprousca d'un Diù armât de soun tounoudre ? Quand Tagnèl se sera counbertit en lioun , Que de suzou beyren coula de nostre froun !
Diù lou pay nou pouira, fachatà touto outrenço, Empacha que soun fil ne prengue sa bengenço.
Nou se parlara pus de gracio , de perdou , Mes soulomen d'arrêts countro lou pecadou.
Bezès se nou gna pas bien de rasou de cregne Quand lou juje de touts diù èstre Nostre Segne? Lous mayssans pourran pus iniploura de secours ; Sans égard, la justiço agira sans détours.
Cadra be , per sigur, que l'bome se demounte Quand se beyra fourçat de randre un fidèl counte; Nou pourra catcha res daban un Diù que sat Jusqu'al noumbre de pièls qu'abèn à nostre cat.
Lous pecats de luxuro e de la medisenço Parestran ço que soun , en sa sento presenço. Ço que nous-aùs cresèn èstre prin coumo un fièl, Zou beyren alabe ta gros coumo un grumèl.
La councienço dira dabor : You me declari Per èstre des pecats lou témoin oculari.
Tabe , tant que l'esprit resto dins soun fourreù , Nou cesso d'exerça l'office de bourreù.
Acos lou soubeni , quand la poù acouleto Un paùre criminel qu'es dessus la seleto, Counbenen de soun crime e counfus de soun sort, Aten sans se boutja sa sentenço de mort.
Tout home diù s'atendre à la mémo sentenço Se n'a fèy tout al men caùques ans penitenço. Es dit que lous élus , sigurs d'èstre salbats , Aquel jour aùrân poù d'èstre de reproubats.
Lou demoun alabe, daban lou fil de l'home, De faùtos à fouysou moustrara may d'un tome.
Que l'home sera triste e soun cors abatut , Quand beyra tout countat e res de rabatut !
Poèmes 99
Quel homme assez hardi pourra-t-il se résoudre
A s'approcher d'un Dieu tout armé de sa foudi'e ?
Lorsque- Tagneau sera devenu le lion
Quef* de sueur alors nous sentirons au front !
Dieu ne pourra , fâché dès lors à toute outrance ,
Empêcher que son fils ne prenne sa vengeance.
On ne parlera plus de grâces , de faveurs ,
Mais seulement d'arrêts contre tous les pécheurs.
Voyez, si ce n'est pas une crainte suprême
Quand le juge de tous doit être Dieu lui-môme.
Les méchants ne pourront implorer de secours ;
Froidement , la justice agira sans recours.
Il faudra hien , pour sûr, que l'homme se démonte ,
Lorsqu'il se sentira forcé de rendre compte.
Il ne pourra cacher rien devant Dieu qui sait
Le nombre de cheveux que chacun possédait.
Les péchés de luxure et de la médisance Paraîtront ce qu'ils sont, en sa sainte présence. Ce qui nous apparaît comme un fil du fuseau , Nous le verrons alors gros comme un écheveau. Je déclare d'abord , dira la conscience , Que je fus le témoin de toute défaillance.
Ainsi, tant que l'esprit reste dans le fourreau. Il fait sur notre corps l'office de bourreau. Et cela fait songer, quand l'agent le collette , Au pauvre criminel assis sur la sellette , Convaincu de son crime et confus de son sort , Il attend sans broncher sa sentence de mort.
Tout homme doit s'attendre à la même sentence , S'il n'a fait tout au moins quelque temps pénitence. On dit que les élus , certains d'être sauvés , Auront peur, ce jour-là , d'être des réprouvés. Et le démon alors , devant le fils de l'homme , De fautes à foison montrera plus d'un tome.
Que l'homme sera triste et son corps abattu , En voyant tout compté , sans rien de rabattu I
100 Arnaud Daubasse
Cadra counta despèy la pus mendro pensado ,
Qu'es partido del coi*s dins la bito passado ; |
Lous désirs lèn del Gèl , lous inutiles mots , 1
Tout acos , aquel jour, nous sera mes sus pots. '
A moun ange dirèy : Rescound-me sous toun alo ,
Quand Diù prounounçara sa sentenço mourtalo.
Car se Diù me metio de soun coustat esquèr,
Acos serio sigur qu'anirioy en iffèr.
Que debendren , nous-aùs ? Car la Sento Escrituro
Dis qu'acos es reèl e noun pas en figuro.
Lou Bèrbe del boun Diù nous abertis à touts
Que per gagna lou Cèl nous cal pourta sa crouts.
Touts lous que soun urous , acos bay pla sans dire ,
An fugit lous plazes ou soun morts per martire.
Tabe dins l'Ebangile es dit e remarcat
Que lou soûl boun layrou Tagut à boun mercat.
Lous uns y soun benguts à forço de biùlenços ,
E lous autres en fan de rudos penitenços ;
Amay an crejegut, après tant de trabal,
Nou Tabe pas crounpat lou quart de ço que bal.
Farian nostre salut , affa que nous regardo ,
S'abian de fe tant gros qu'un soûl gra de moustardo ;
Se cresian couroo cal ço que la fe nous dis ,
Crerian touts à l'iffèr amay al paradis.
Oun es aquel iffèr per puni toiito offenço ?
Es oun se trobo Diù exerçant sa bengenço.
Bastil à Tescuragno en de braziès ardens, Nul dannat n'y sera sans regagna las dens.
Estre dins un iffèr, quai estât deplourable ! Cajot qu'èro bastit unicomen pel diable ; Oun tout n'es que blasfèmo e maleditiù , Dambe lou soubeni de la peiio d'un Diù.
Quai malurous estât per uno amo dannado I Estre dins un iffèr toutjour encadenado, Sans y beyre jamay ni luno , ni soulel ; Quand un home es dannat, tout es finit per el.
Poèmes ICH
L'on nous comptera jusqu'à la moindre pensée Eclose dans le cœur, à l'époque passée ; Les désirs loin du Ciel , et les mots déplacés , Ce jour-là , sous nos yeux , hélas I seront placés.
■ — Mon bon ange gardien , cache-moi sous ton aile
Quand Dieu prononcera sa sentence mortelle !
Car si Dieu me plaçait à son mauvais côté ,
C'est qu'au feu de l'enfer je serais destiné.
Que deviendrons-nous tous ? Car la Sainte Ecriture .
Dit que c'est bien réel et non pas en figure.
Le \erhe du bon Dieu nous prévint maintes fois
Que pour gagner le ciel il faut porter sa croix.
Tous ceux qui sont heureux , et cela va sans dire ,
Ont fui tous les plaisirs ou subi le martyre.
Aussi , dans l'Evangile , il est bien observé ,
Que seul le bon larron fut quitte à bon marché.
Les uns y sont venus à force de souffrances ,
Et les autres après de dures pénitences;
Même ils croient, malgré tant de travaux accomplis,
Ne l'avoir acheté que le quart de son prix.
Nous aurions le salut , chose qui nous regarde ,
Si nous avions de foi comme un grain de moutarde ;
Si nous croyions, ô foi ! tout ce que tu nous dis ,
Nous croirions à l'enfer ainsi qu'au Paradis.
Où donc est cet enfer pour punir toute offense ?
Il est où le Seigneur exerce sa vengeance ,
Bâti dans l'ombre épaisse , en des brasiers ai'dents ,
Nul damné n'y sera sans grimacer des dents.
Être dans un enfer, quel état déplorable !
Cachot qui fut bâti seulement pour le diable ;
Où tout n'est que blasphème.... Oh ! l'implacable lieu,
Avec le souvenir de la perte d'un Dieu.
Quel malheureux état pour une âme damnée !
Être dans un enfer pour toujours enchaînée ,
Où la lune jamais ni le soleil n'ont lui ;
Quand un homme est damné , tout est fini pour lui.
102 Arnaud Daubasse
You disi qu'un dannat que la flamo deboro Souffro milo cots may qu'un rounput sur sa rodo : Un patien ayci-bas bey fini soun tourmen ; Mes en iffèr toutjour on souffro egalomen.
Estre per de demouns tourturat sans espragno , N'abe que de dannats , de carbous per counpagno ! Quai sort que de souffri touto uno eternitat , Doun milo milhars d'ans nou fan pas la mitât !
D'aquels jours éternels que nous occupoun gayre, Lous ans surpassaran lous atomes de l'ayre, Las felhos de pes bos , del sable touts lous gras , Sans que Diù que pot tout bolgue flaqua soun bras. Qui penso coumo cal à sa loungo durado , A soun cors tout tremblen , a soun amo effarado ! Per parla de l'iffèr, que pot se dire may Sounquo que sous tourmens nou finiran jamay ? Mes d'aquel Paradis , l'oustal de Diù lou payre , Sen Pol n'a dit bel cot , amay hou n'a dit gayre , Perço qu'aquel séjour oun soun lous bienurous Es enquèro pus bel que l'iffèr n'es affrQUS.
L'aùrelho se nous dis : Ah ! la bouno noubèlo ! N'aùzit jamay parla d'uno caùso ta bèlo.
Dins soun rabissomen se troubèt tout surpres Quand bit ço que l'esprit de digun n'a counpres.
Tout y ris , tout y canto , amay digun n'y plouro ;
Lou qu'a milo ans qu'y es nou counto qu'un quart d'houro.
Car de tant qu'y fay bou, per dire la bertat,
Lous élus troubaran courto l'eternitat.
Aqui seran units tous lous plazes en masso ,
Aqui l'on y beyra l'Etemel faço à faço.
Aqui l'on s'applaùdis de sa félicitât,
Perço que durara touto uno eternitat.
Beyre soun creatur e l'ayma sans mesuro ,
Acos tout ço que pot boule la creaturo.
Ah ! quai countentomen d'èstre dans lous élus
E pousseda soun Diù per nou lou perdre plus I
Poèmes i03
Je dis qu*un condamné dont la flamme se joue , Souffre mille fois plus qu'un homme sur la roue : La victime, ici-bas, voit finir son tourment, Mais, en enfer, toujours on souffre également. Être par le démon pris sans qu'il vous épargne , N'avoir que des damnés , des charbons , pour compagne ! Quel sort que de souffrir toute une éternité Dont mille milliards d'ans ne font pas la moitié.
De ces jours , hélas ! qui ne nous occupent guère , Les ans dépasseront les corps dans l'atmosphère , Et tous les grains de sable , et les feuilles des bois , Sans que Dieu qui peut tout veuille adoucir son bras. Qui pense comme il faut à sa longue durée A le corps tout tremblant, l'âme toute effarée. Pour parler de l'enfer, que dirons-nous de plus , Sinon que ses tourments ne s'arrêteront plus ? Mais sur ce Paradis , maison de Dieu le père , Saint Paul en dit beaucoup tout en n'en parlant guère, Parce que ce séjour où sont les bienheureux Est encore plus beau que l'enfer n'est affreux. L'oreille , si l'on dit : Ah ! la bonne nouvelle ! N'ouït jamais parler d'une chose si belle.
Dans le ravissement , l'on se trouve surpris , En voyant ce que nul jusque-là n'a compris.
Tout y rit , tout y chante , et personne n'y pleure ;
Après mille ans, l'élu ne compte qu'un quart d'heure.
Car il y fait si bon , disons la vérité ,
Qu'aux élus paraîtra courte l'éternité.
Là seront réunis tous les plaisirs en masse ,
Là , l'on regardera l'Étemel face à face ;
Là , l'on s'applaudira de sa félicité ,
Car elle durera toute une éternité.
Oui , voir son créateur et l'aimer sans mesure ,
C'est bien tout ce que peut vouloir la créature.
Oh ! quel contentement d'être au rang des élus,
Et posséder son Dieu , pour ne le perdre plus !
LA PASSIU DE NOSTRE SEGNE
POUÈMO
Cal que la doulou nous ensegne
Coumo cal abe counpassiù
De la doulourouso passiù
Qu'a souffert per nous Nostre Segne ,
Lou Diù nascut en Bethleèn.
En sourtin de Jerusalèn ,
Per pla countenpla soun suplice ,
Dins un cazal , à ginoulhous ,
Soun pay li mandèt un calice
Pie de Iristèsso e de douions.
Prousternat per nous-aùs , coupables , Ajèt uno talo suzou , Que soun sang sourtit à fouysou De touts sous membres adourables.
La trislèsso sasit lou cor D'aquel saùbur, nostre treSbr, Perço que s'y randèt sansible ; E s'estan prousternat très cots , Benguèt lou malurous disciple Paûsa sa bouco sus sous pots.
Dins lou moumen , uno grand'bando De souldats guidats per Judas , S'abançoun per paûsa las mas Sus aquel Diù que lour damando. ;
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