‹ Œuvres complètesChapitre 77 sur 89 · SUR LE LOT · texte numérisé non relu

SUR LE LOT

A Monseigneur de Lahourdonnaye^

Fidèle serviteur d*un prince , Qui partout , comme en temps et lieu , Choisit les hommes selon Dieu , Pour ses intendants de province :

Parmi les hommes accomplis , Vous êtes un des mieux remplis De vertus , le plus héroïque ; Seigneur, cela dire me fait En mon langage poétique Qu'en tout on vous trouve parfait.

Vous avez une âme bien née , L'esprit brillant et le coeur bon, Ce qui fait que le grand Bourbon A destiné Labourdonnaye Pour faire, comme je le dis, Exécuter tous ses édits Aussi justes que raisonnables.

Comme c'est le plus grand des Roys , Vous êtes un des plus capables D'exercer de si beaux emplois. •

Après une vérité telle , Saumade (en son affliction) Qui , dans la navigation , Est votre serviteur fidèle , Vient prouver à votre grandeur Que la France , dans sa splendeur, Pour transporter son nécessaire Dans tous les endroits , au plus tôt , N'a pas de meilleure rivière Que celle qu'on nomme le Lot.

i94 Arnaud Daubasse

Bien plus utile que Garonne, Aux Bordelais premièrement Portant le meilleur aliment Que la providence leur donne :

Vins de Thézac , vins de Cahors , La noumture de leurs corps , Pour leur santé la plus propice :

Ce qui me fait dire à mon tour Que c'est la meilleure nourrice De Bordeaux, ce charmant séjour.

Enfoncée de telle sorte Qu'elle fait tort à sa largeur.

Voyez cependant, Monseigneur, Que de denrées elle porte :

De rhuile , des prunes , des grains , Et des eaux-de-vie et des vins , Des charbons propres pour la fonte , Qui servent, comme nous savons.

Au plus grand monarque du monde Pour lui fabriquer ses canons.

D'autres portent des eaux-de-vie Et des vins , c'est la vérité ; Mais , pour si grande quantité , Monseigneur, je le leur défie.

Sur ces coteaux , dans ces vallons , Sur ces tertres larges et longs , Si peu que l'année soit bonne , Le Lot est couvert de bateaux Chargés de ce jus de l'automne Et du blé pour nourrir Bordeaux.

Taisez-vous , la Seine et la Loire , Dordogne et le Rhône en courroux.

Le Lot porte aussi bien que vous De quoi manger et de quoi boire ; Portant les meilleurs aliments.

Des volailles à régiments ,

Odes 1d5

Plus communes que For dans l'Inde , Puisque tous les jours à Bordeaux Le Lot porte des poules d'Inde Et des chapons à pleins bateaux.

Seigneur, pourrez-vous oublier Une si charmante rivière, S'il en est une sur la terre Qu'on puisse ainsi qualifier ?

Il n'en est dans tout l'univers , Comme je prouve par mes vers , Dont l'effet soit plus admirable ; J'ose le dire pour le coup , Puisque monsieur de Chanteloup" La trouve comme incomparable.

ÉFITI^ES

A M. DE BARWIC

Commandant de la province de Guyenne^

Toi , Français et Breton , favori de Bellonne , Boulevard de la France , appui de sa couronne , Barwic , daigne écouter la voix d'un artisan Qui rime quelquefois , sans trop savoir comment. Bien que j'ignore encor l'art de lire et d'écrire, Quelquefois cependant je chante sur ma lyre Les talents , les vertus , les exploits des guerriers Qui savent comme toi se charger de lauriers.

Je ne sais ce que c'est que Cancer, Capricorne , Mais je sais travailler aux ouvrages à corne. Je laisse à Copernic , à Descarte , à Newton Le soin de parcourir le céleste horizon.

J'abandonne à Molière , à Racine , à Corneille Le soin et le plaisir d'enchanter ton oreille. ' Ne pouvant méditer Virgile et Juvénal , Ni lire Bossuet, Nicole, Arnaud, Pascal, Et n'ayant d'autre appui que ma crasse ignorance , Plus qu'un autre, j'ai droit à ta noble indulgence.

Quand j'ose quelquefois contrefaire Apollon Et sourire, aux neuf sœurs dans le sacré vallon , Il faut qu'un grand sujet, par lui-même sublime. Réveille mes transports et m'entraîne à la rime. De mes cornes , alors , je quitte le métier Et cours près d'Apollon placer mon atelier.

Je l'ai fait quelquefois , lorsque la renommée , Sur son aile rapide , apportait de l'armée

198 Arnaud Daubasse

Le récit des exploits des guerriers généreux Qui couraient de l'honneur les sentiers épineux. J'ai senti ce beau feu circuler dans mes veines. Quand ton bras abattait les cohortes hautaines Que Taigle des Romains opposait aux Bourbons. Conduits par ta valeur, nos braves escadrons , Malgré les grands efforts de l'Autriche en furie , Donnèrent un Bourbon au trône d'Ibérie.

Sans nos braves soldats , sans Vendôme et sans toi , L'Espagne , de l'Autriche , aurait reçu son roi.

Le droit de nos Bourbons était incontestable ;

L'Allemand croit le sien encor plus respectable.

Résolus, l'un et l'autre, à ne jamais céder,

Ils donnent à leurs bras le soin de décider.

Les arbitres des rois sont le fer et la flamme ,

Mais, pour le duc d'Anjou, la justice réclame.

Barwic, c'en fut assez, pour toi,*pourtes soldats.

Pour vous rendre vainqueurs dans vos nombreux combats

Et donner à l'Espagne un prince légitime.

L'Autriche eût-elle pu , sans se noircir d'un crime ,

Donner à l'Ibérie un autre souverain

Que celui que la France a donné par ta main ?

Tout comme Henry le grand, l'idole de la France,

Philippe a dû régner par son droit de naissance.

Ce titre respectable à tous les rois connu

Eut besoin de ton bras pour être soutenu.

L'Autriche , par malheur, fière de son intrigue ,

Fait agir dans les cours les ressorts de sa brigue.

En Espagne , son nom lui fit des partisans

Et parmi le bas peuple , et parmi tous les grands.

La voix de l'équité n'était plus entendue

Et celle de l'honneur devenait inconnue.

Il fallut se livrer au hasard des combats ,

Noircir l'aigle et les lys de l'horreur des trépas.

L'héritier ne pouvait jouir de la couronne

Qu'en renversant d'abord les barrières du trône.

Épitres 199

Lorsqu'on te confia cet intérêt sacré ,

De tes rares talents on était assuré.

Quel héros , dans ces jours , en valeur te surpasse ?

Quel autre aurait montré ton énergique audace ?

Ton flegme réfléchi faisait croire aux soldats

Que tu tenais soldé le fier Dieu des combats

Et que ta voix était un ordre à la victoire

De venir, à ton gré , te couronner de gloire.

Que ribère, soumis et tranquille aujourd'hui,

Rapporte son bonheur à ton amour pour lui.

Il serait un ingrat s'il n'était pas sensible

Au repos qu'il doit tout à ton bras invincible.

Serait-il ce qu'il est, si l'aigle des Romains

Au mépris de la France eût réglé ses destins ?

Je ne préjuge pas, mais je dis que Philippe,

Etant un des Bourbons , posera pour principe

De régner, non pour lui , comme bien d'autres rois ,

Mais pour le bien du peuple et le maintien des lois.

Philippe , possesseur de toutes les Espagnes ,

Est l'éloge accompli de tes belles campagnes.

Il ne te reste plus , à l'ombre des lauriers , .

Qu'à jouir des honneurs qui sont dus aux guerriers.

Aujourd'hui que le roi , content de tes services ,

Pour te récompenser de tes longs sacrifices.

Te départit les soins d'un grand gouvernement ,

Tout le peuple charmé croit toucher au moment

Où la félicité doit devenir commune

Et tout homme opprimé secouer l'infortune.

Quel délice enchanteur pour un cœur généreux

D'être mis dans le cas de rendre un peuple heureux !

Des dieux, ce fut toujours la grande jouissance.

Et ce sera la tienne , ainsi que l'assurance

Que , désormais , aura le moindre citoyen

Que de tous, par amour, tu seras le soutien.

Tu n'as plus à remplir une tâche savante

Telle qu'aux champs de Mars tu l'avais sous ta tente.

200 Arnaud Daubasse

Un guerrier vertueux , mieux il fait son devoir,

Plus il a des objets lamentables à voir;

S'il n*est point à combattre , il s'applique à s'instruire

De Fart de massacrer, dévaster ou détruire.

Tes devoirs aujourd'hui sont des devoirs heureux,

Analogues au cœur des hommes vertueux.

Les paisibles plaisirs dus aux âmes bien nées

Te dédommageront des pénibles années

Que tu viens de traîner dans l'ardeur des combats

Pour assurer l'Espagne à ses vrais potentats.

Après avoir bravé la foudre et les tempêtes , Jouis dans le repos du fruit de tes conquêtes. Oublie qu'il existe encore un champ de Mars , Et vers nous et vers tous tourne enfin tes regards. Barwic ! si tu suis ce céleste système , En vivant pour nous tous , tu vivras pour toi-même.

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