DES POÉSIES FRANÇAISES
64. Nous avons groupé sous ce titre les diverses pièces de poésies françaises dites ou composées au château de Biron par Daubasse.
Les pièces en langue patoise, faites également au château de Biron, se trouvent page 36.
65. Arnaud Daubasse , lisons-nous dans la première édition , avait rhabitude de se rendre à toutes les foires de Bordeaux pour y acheter les matières premières qu'exigeait sa profession de peignier en cornes.
Un jour, les peigniers établis dans cette ville, « qui ne savaient pas que Daubasse fût autre chose que leur collègue » , jugèrent à propos de former opposition à l'enlèvement des cornes qu'il avait achetées.
Daubasse , justement irrité d'un pareil procédé , courut s'adresser aux autorités qui avaient toléré cette injustice et , en présence de ses collègues, il leur adressa ces vers.
Le succès de Daubasse fut complet et l'interdit fut levé.
« La tournure singulière et plus ingénieuse encore qu'il employa, produisit dans Bordeaux la sensation rapide des grands événements. Il n'y eût que ses adversaires qui , irrités et confus , firent une nouvelle tentative auprès de l'Intendant de la Province. »
Mais l'Intendant rendit une sentence verbale conçue, dit-on, en ces termes :
« Mes amis, il est avéré que vous avez chacun vos cornes. C'est une propriété que je dois respecter. Ainsi, je juge que vous jouirez tous de vos cornes , en toute propriété , et que vous en ferez l'usage que vous jugerez à propos : chacun peut se retirer. »
Comme Daubasse allait sortir, l'Intendant le fit rappeler, « pour avoir le plaisir de s'entretenir avec un homme qui lui avait paru extraordinaire, »
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66. L'auteur de la première édition a prétendu que cette pièce de vers avait été faite par Daubasse pour un jeune homme amoureux d'une belle jeune fille des environs de Villeneuve. Rien ne vient à Fappui de cette assertion. Nous croyons , au contraire , que le poète fit ses vers pour son propre compte.
67. Même observation pour cette pièce que pour la précédente. Les explications données par Fabbé Tàilhé ne paraissent ni acceptables, ni naturelles.
Ici encore, Daubasse a certainement fait ces vers pour son compte personnel.
68. Medeiise, Méduse ; c'est ainsi que ce mot s'écrivait autrefois. Aussi le faisait-on rimer avec les mots en eiAse, heureuse.
69. Cette pièce et la suivante furent faites par Daubasse, à la demande d'un gentilhomme des environs de Villeneuve qui donnait un grand dîner auquel le poète était invité.
Parmi les personnes présentes, plusieurs dames n'entendaient pas le patois ; c'est pourquoi Daubasse les fit en langue française.
La première pièce est trfes spirituelle et la seconde très malicieuse , car elle était destinée à amuser la société aux dépens d'un gourmand de haut parage qui assistait au dîner.
Nota. — Du temps de Daubasse, on parlait beaucoup de déficit dans les finances de l'Etat.
70. Daubasse se rendit un jour à Toulouse pour y solliciter, auprès de M. le président d'Aguin, qui l'aifectionnait extrêmement, pour un de ses cousins dont le procès devait être porté devant le Parlement. Le solliciteur fut parfaitement reçu. Le président le retint à déjeûner, et , prétextant après ce repas une promenade en voiture , l'emmena au château de M'ne la baronne M..., qui, ce jour-là, réunissait à dîner une société nombreuse. La réputation du nouveau convive était connue ; aussi fut-il accueilli avec joie. Néanmoins, bien que chacun fut très empressé de lui témoigner le contentement qu'il éprouvait à le voir et qu'on s'efforçât à le mettre à son aise, il paraissait gêné au milieu de tout ce beau monde. On était déjà au second service , sans qu'il parût vouloir rompre un silence qui désespérait tous les conviés. « Eh quoi ! Daubasse, lui dit le président, vous êtes bien rêveur? » Ces paroles le réveillèrent, et, se tournant
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vers la maîtresse de la maison, il lui adressa ce compliment. (Note de la 2e édition.)
71. Les prévenances dont toute le société environnait Daubasse, avaient fortement excité la jalousie du curé de la paroisse, qui se trouvait au nombre des convives du dîner. Il s'était retiré, piqué d'iivoir vu qu'on lui préférât un misérable ouvrier. Cependant, il revint au moment où on allait se lever de table, et demanda à chanter des vers qu'il avait fait. C'était les couplets suivants :
Bas habitant de Cornouaille ,
Non pas d'ici , Qui travailles sur la rimaille ,
Cornes aussi , Au sexe , pour plaire, il faudrait,
PauVre Daubasse , N'avoir pas visage si laid ,
Ni faire de grimace.
Pour aller en pèlerinage
Avec tendron, Il faut s'armer de courage ,
De jarret bon.
Il faut , s'il trébuche en chemin ,
Que pèlerine.
Pour conduire son pèlerin ,
L'emporte sur l'échiné.
Sans se déconcerter. Daubasse répondit à l'insolente attaque du curé par ce couplet. (Note de la 2e édition.)
72. Daubasse recevait tous les ans, au premier janvier, d'un ami qui habitait la campagne , une paire de poules-d'Inde pour étrenne. Une année , ce campagnard , qui faisait valoir un moulin , lui envoya deux poules ordinaires au lieu de deux poules-d'Inde. Le poète, vexé, lui adressa ces vers à la place du cadeau qu'il lui faisait luimême régulièrement en retour.
73. Voici la note consacrée dans la première édition à celte pièce de vers :
« Un agent des Fermiers-Généraux s'était annoncé à un de ses correspondants à Villeneuve , comme devant y venir bientôt pour y
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traiter des affaires majeures. Daubasse, qui était très convaincu que les visites d'une pareille engeance tournent rarement à l'avantage du peuple, résolut de rompre ses mesures en le faisant couvrir de mépris. Il composa pour cet effet une chanson satirique, sur un air très en vogue dans ce temps , et que les enfants de la ville eurent le loisir d'apprendre avant l'arrivée du partisan subalterne. Il la composa dans l'idiome français , crainte que le valet de Crésus n'entendit pas le langage du pays. Il avait si bien pris ses mesures qu'il ne pouvait pas être même soupçonné d'en être l'auteur.
» Le soir de l'arrivée, la maison où était logé le négociateur fut assiégée par une multitude d'enfants et autres personnes qui avaient passé le temps de l'enfance , qui ne discontinuèrent pas de chanter à plein gosier pendant plus de trois quarts d'heure. Le millionnaire, qui était à portée de bien entendre, ne tarda pas à se convaincre que la chanson était dirigée contre lui et contre la clique de son espèce. Dans sa mauvaise humeur, il se plaignit au maître de la maison , qui lui répondit avec une compatissance (sic) affectée que ce n'était que des enfants et autres polissons qui chantaient une chanson nouvelle , au moins pour le pays , et qu'après un certain temps ladite chanson serait mise à l'oubli.
» Cette réponse apaisa en apparence l'important commis, sans pourtant le tranquilliser. Quand le lendemain il voulut sortir pour aller vaquer à ses affaires , le même groupe d'enfants se rassembla autour de lui en chantant et en huant. Ce pauvre malheureux se vit couru dans les rues comme on court un fou nouvellement arrivé dans une ville. Ne pouvant plus tenir, il partit le même jour pour Agen sans avoir rempli aucun objet de sa mission, et Villeneuve ne donna pas une goutte de sang à la sangsue. »
74. D'après une note de la première édition , cette pièce de vers aurait été adressée, non pas au maréchal de Montrebel, mais au maréchal de Biron, lequel s'étant arrêté à Villeneuve, aurait été surpris de ne pas avoir eu la visite de Daubasse. Cette remarque est de peu d'importance. Le poète s'était d'ailleurs présenté pour faire sa visite ; mais le capitaine des gardes , que l'on avait prévenu contre lui, ne voulut point le laisser passer.
Le capitaine était camard , ce qui explique l'allusion contenue dans la pièce.
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75. Voici, d'après la première édition, à quelle occasion Daubasse improvisa et débita ce quatrain :
« Daubasse avait un âne qu'il appelait Martin, et auquel il était aussi attaché que pouvait l'être Sancho-Pança à son fidèle Grisou. Il avait aussi une vigne qu'il soignait avec autant d'attention qu'il aurait soigné une petite maîtresse, c'est-à-dire une muscadine de son temps. Pour aller à cette vigne , il fallait passer devant une abbaye de Bénédictins appelée Eysses ,. située à un demi-quai t de lieue au nord de la ville. (Cette abbaye est aujourd'hui une Maison centrale de force et de correction.) Un jour qu'il s'en allait à sa vigne avec son cher Martin , quelques religieux de cette Abbaye , qui se trouvèrent par hasard à se promener dans une allée d'ormes placée devant leur maison, l'accostèrent pour avoir le plaisir de s'entretenir avec lui. Ils lui demandèrent d'avoir la complaisance de leur faire quelques vers. Daubasse, qui n'aimait pas à perdre le temps mais qui était très honnête , s'en excusait en disant qu'il ne voyait rien dans le moment qui donnât lieu à leur donner cette satisfaction ; qu'une autre fois il serait .plus heureux. Comme ils en étaient aux compliments. Daubasse s'aperçut que son âne allait entrer dans la cour. C'en fut assez pour fournir de matière aux vers désirés. »
76. Un curé respectable des environs de Villeneuve vint, un jour,, faire une visite à Daubasse. Après les compliments ordinaires dans ces sortes d'occasions, il lui dit ; « Vous allez être étonné, monsieur, de la grâce que je viens vous demander. » Daubasse lui répondit que , si ce qu'il exigeait de lui pouvait être fait sans inconvénient , il se ferait un plaisir de s'y prêter, et qu'il n'avait qu'à s'expliquer.
« Monsieur, reprit le curé, je viens vous prier de me débarrasser d'un vicaire qui me peine infiniment et qui me porte un grand préjudice dans l'exercice de mon ministère. Ce que monsieur notre Evêque a refusé à mes réitérées sollicitations , vous pouvez l'opérer en le couvrant d'un ridicule mérité , qui le corrigera ou le forcera à déserter ma paroisse. Cette façon bien simple fem honneur à votre muse et me mettra à l'abri de la mauvaise humeur de notre respectable prélat.
» Ce vicaire est de Toulouse et docteur de l'Université, c'est-à-dire comme on l'est avec du temps et de l'argent. Je ne sais pourquoi il
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a^ qnitfé son diocèse pour venir dans celui d*Agen. Je ne lui reproche point de mauvaises mœurs ; mais je lui reproche une profonde ignorance et une fatuité exaHée. Il ne parait à aucune cérémonie puhlique que chamarré de son bonnet et de son chaperon de Docteur. Il se sert de cet accoutrement, qui en impose au peuple, pour se faire valoir et déprimer les curés du voisinage dans Tesprît de leurs paroissiens, ce qui porte un préjudice notable au progrès de notre saint ministère. Il a toujours sur lui ses lettres de Docteur; il ne les abandonne pas plus qu'un gentillâtre sa rapière.
. » Dimanche prochain , nous devons célébrer la fête du Patron de ma paroisse ; je voudrais beaucoup que vous me fissiez l'honneur d'y assister. Vous vous y trouverez avec un nombre de prêtres qui viendront m'aider dans mes fonctions. Ils sont tous intéressés à l'humiliation du vicaire que nous voudrions corriger pour l'honneur du sacerdoce et l'utilité du peuple qui nous est confié. »
Daubasse répondit qu'il n'était pas un redresseur de torts ; mais que si ledit vicaire l\Ji fournissait l'occasion de lui donner une leçon de sagesse, il la saisirait sans affectation; qu'il répondrait, en tous cas, à l'honnôteté qu'on lui faisait, parce qu'il se plaisait beaucoup dans la société des prêtres. Gomme il l'avait fait pressentir, il se rendit à la solennité.
Il ne fut pas nécessaire de lui faire connaître le personnage, sa manière d'être l'eut bientôt indiquée. Plus Daubasse le considérait, plus son énergique imagination prenait de l'humeur. Tous les exercices de religion remplis , on se rendit dans la maison du curé , où un dîner modeste attendait les ministres du culte. Il avait été convenu qu'on proposerait dans le cours du repas une question de théologie pour donner occasion au Docteur de bien développer son pédantisme. Cela réussit au mieux.
Pendant le feu de la dispute , Daubasse , qui avait paru ne prendre aucun intérêt à tout ce qui se disait, approuva tout-à-coup l'opinion, contraire à celle du Docteur. C'en fut assez. Le savant, irrité, fit une rude sortie contre Daubasse en lui disant : « Et vous aussi, bonhomme , vous vous avisez de combattre mes opinions ! Ces matières ne sont point de votre compétence. Votre devoir est d'écouter et de vous- taire. »
— Vous m'étonnez, dit Daubasse ; j'ai toujours pensé et je pense
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encore qu'en matière de religion, il était libre à chaque fidèle d'adopter l'opinion qui lui plaisait , dès qu'elle n'était point contraire à l'intégrité de la foi et des mœurs.
— Je coiiviendrais que cela devrait être , reprit l'abbé , s'il n'y avait pas ici de Docteur pour décider les questions proposées.
— Eh ! où est ce Docteur, reprit Daubasse, à qui l'on puisse s'adresser ?
— Est-ce que vous ne m'avez pas reconnu , répartit le Docteurabbé, dans le costume dont vous m^avez vu revêtu dans les'céré* monies religieuses de ce matin? N'avez-vous pas remarqué que j'avais sur l'épaule gauche un chaperon que personne plus n'avait, et un bonnet carré bien différent de ceux des autres ecclésiastiques ?
— J'ai bien remarqué, dit Daubasse, cette singularité ; mais elle n'a réveillé en moi aucune idée de science. J'ai cru d'abord que vous étiez un prêtre étranger à la France. Mais , puisque la science s'amalgame si facilement avec l'étoffe et les bonnets cannés de telle et telle couleur, je pense qu'il sera bien aisé à tous les ecclésiastiques de devenir Docteurs.
— Prenez garde, s'écria le grand pereonnage; il ne sufîîl pas d'avoir le bonnet et le chaperon , il faut avoir encore les lettres de Maître ès-ails, de Bachelier, de Licencié, etc., etc.
— Mais , monsieur, reprit Daubasse , je n'ai point vu de ces lettres sur vous. Si c'est une chose nécessaire au Doctorat, il faudrait qu'elles eussent une place fixe sur votre buste , comme le chaperon a la sienne. Jusque-là, on n'est point à blâmer si l'on ne vous distingue pas des non-Docteurs.
— A cela ne tienne , dit le savant vicaire qui tire d'un portefeuille des lettres toutes chamarrées de rubans et de cachets en cire de différentes couleurs , et les présente à Daubasse pour les lire.
Celui-ci s'excuse pour raison de non-savoir.
Le Docteur en donne alors lecture, et, aussitôt après. Daubasse débile l'épigramme qui fait l'objet de celte note que nous empruntons textuellement à la première édition.
« On s'imagine bien , dit le même annotateur, que ces vers firent deux sensations bien différentes. Le Docteur, humilié, ne pouvait retenir les transports de sa rage. Le reste de la société s'abandonnait à' tous les élans de la joie. »
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Dès' que le tapage fut un peu calmé , Daubasse improvisa et débita la pièce : Contre le même,
11, Daubasse fit ces vers dans un dîner auquel il assistait, chez une jeune veuve, en compagnie de : « un des curés de la ville, deux cordeliers, trois ou quatre dames amies de la veuve et deux pénitents bleus, j»
Au dessert, la gaîté était générale, et un Cordelier entonna une chanson à boire qui se terminait par ce couplet :
Quand Cloris prend plaisir à boire , Bacchus croit que c'est pour sa gloire ; Mais il n'en a pas tout l'honneur, Car en buvant , le vin la rend si belle , Que le plus altéré buveur S'enivre moins de sa liqueur Que de l'amour qu'il a pour elle !
78. M. Baratet était un personnage lettré de Villeneuve qui avait concouru avec quelque succès à l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, ainsi qu'à l'Académie Française. Ce n'était certainement pas le premier venu , et Daubasse ne nous semble pas lui avoir rendu justice. Jalousie de poète, sans doute.
79. « Au voisinage de Villeneuve, lisons-nous dans la l""® édition, c'est-à-dire à une lieue et demie de la ville, est une maison de campagne où se trouvait une jeune personne que ses parents avaient envoyée de la Guadeloupe pour prendre une éducation française. Elle s'appelait Céleste. Sa beauté ne cédait en rien à la sublimité de son nom. Sa retraite ne resta pas longtemps inconnue. Le premier qui la découvrit fut un personnage à qui les lois de son état faisaient un précepte strict de l'éloignement. l\ eût plutôt oublié le volume de ses sermons que la route qui y conduisait.
» Un jour que Daubasse revenait d'une foire avec quelques pei^ sonnes de sa connaissance, il rencontra r4donis, qui, ayant passé la journée dans le temple de la déesse, s'en retournait sous ses toits. S'étant joint à la compagnie , Daubasse , qui aimait la décence et les mœurs , profita de l'occasion pour lui donner quelques leçons de sagesse. Ce qu'il fit avec succès par ces vers. »
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*§jïi|jé.g.'§'^;i»''''' retrouvé
était un ilenait dans ta Isolution qu'il lent légitiv
de poésie, icfons que lui bien honnde,
244 Ai*naud Daubasse
Le nom de l'Intendance qu*il abandonnait est effacé dans le manuscrit qui a servi de g^ide à cette édition. »