POLÉMON. CRATÈS. CRANTOR
Je joins ces trois philosophes sous un même titre , parce qu'on connaît peu de choses de leur vie.
PoLJÉMON remplit dignement la chaire de Xénocrate son maître, et ne s'écarta jamais de ses sentiments ni des exemples de sagesse et de sobriété qu'il lui avait donnés. Il renonça tellement au vin depuis l'âge de Athen.i. 2, trente ans , qui fut l'époque du changement célèbre qui arriva dans sa conduite , qu'il ne but plus que de l'eau tout le reste de sa vie.
' Faciasne qiioJ olim
Mutatus Polemoa ? Pouas iusignia morbi , Fasciolas, cubital, focalia? potus ut ille Dicitur ex collo furtim carpsisse coroiias , Postquàm est imprausi correptus voce magistri.
( HoRAT. lib. 3 , sat. 3. )
i^l HISTOlKE ANClEJVJVli.
Cra-TÈs , qui lui succéda , est peu connu , et doit être distingué d'un philosophe cynique qui porte le même nom , et dont il sera parlé dans la suite.
Crantor fut plus célèbre. Il était de Soli en Cilicie. Il quitta son pays natat pour se rendre à Athènes , où il fut disciple de Xénocrate avec Polémon. Il passe pour l'un des piliers de la secte platonique ^ Ce qu'en Horat.iib. I, dit Horace en faisant l'éloge d'Homère marque le cas epîst- 2. qy'Qji faisait de ce philosophe , et combien ses principes de morale étaient estimés:
Qui quid sit piilchrum, quid turpe, quid utile, quid non, Pleniîis ac meliùs Chrysippo et Crantore dicit.
On n'en peut pas dire autant de ses principes sur la
nature de l'ame , comme nous le verrons dans son lieu.
l'iut.deCon- Il avait fait un livre de \'d Consolation, qui s'est per-
sol. p. 104. . - , y . 1 \ \
du : il était adresse a Hippocles, a qui une mort prompte avait enlevé tous ses enfants. On en parlait ^ comme d'un livre tout d'or , et qui méritait d'être appris par cœur mot pour mot, Cicéron en avait fait grand usage dans un traité qui portait le même titre. Il eut pour disciple Arcésilas , auteur de la moyenne académie.
§ IL De la moyenne académie.
Elle est ainsi appelée, parce qu'elle se trouve entre l'ancienne établie par Platon, et la nouvelle, qui le sera bientôt par Carnéade.
1 «Crantor ille, qui in nostra aca- non magnus, verùm aureolus, et, ut deinia vel in prirais fuit nobilis. » Tuberoni Panœtius praecipit , ad ( Cic. Tusc. Quœst. ILb. 3 , n. 12. ) verbumediscenJuslibellus.» {Acad.
2 ccLegimus omnes CrantoriSjve- Qiiœst.Mh. k, n. l'iS.) teris academici , de luctu , est eniui
ARCÉSILAS.
Arcésilas naquit à Pitane dans l'Eolie. Etant venu à THog. Lacn. Athènes, il se rendit le disciple des plus habiles philosophes. On met au nombre de ses maîtres Polémon , Num. apud Tlîéophraste, Crantor, Diodore , Pyrrhon. Ce fut sans par. evang. doute de ce dernier qu'il apprit à douter de tout. Il -^4,0.. n'avait que le nom cV académicien; et il ne garda ce nom que par respect pour Crantor, dont il se faisait honneur d'être le disciple.
Il succéda à Cratès , ou , selon d'autres , à Polémon , Di„g j^^g^, dans la régence tle l'école platonique , et il s'y rendit novateur : car il fonda une secte qu'on nomma la moyenne ou seconde académie, pour la distinguer de celle de Platon. Il était fort opposé aux dogmatiques, c'est-à-dire aux philosophes qui affirmaient et décidaient. Il paraissait douter de tout : il soutenait également le pour et le contre, et suspendait en toutes choses son jugement. Il attira à son auditoire un grand nombre de disciples. L'entreprise de combattre toutes les sciences et de rejeter , non-seulement le témoignage des sens, mais aussi le témoignage de la raison, est la plus hardie qu'on puisse former dans la république des lettres. Pour s'y promettre quelque succès , il fallait avoir tout le mérite d'Arcésilas. Il était naturellement d'un génie heureux i, prompt, vif: sa personne était remplie d'agréments; il parlait avec grâce et enjouement. Les charmes de son visage secondaient admirablement ceux de sa voix. Aussi Luculle , qui réfute savamment et
' « Arcésilas floriiit tum acumîne pore A'icendl.» (^Acad. Qucest. lih.i, ingenii , tum admirabili quodani le- n. i6. )
394 HISTOniE ANCIENNE.
solidement l'opinion des académiciens, dit ' que jamais personne n'eût suivi le sentiment d'Arcésilas, si l'éloquence et l'habileté du docteur n'eussent couvert et fait disparaître l'absurdité manifeste qui s'y trouvait.
On raconte de sa libéralité des choses qui lui font beaucoup d'honneur. 11 aimait à faire du bien^, et ne voulait pas qu'on le sût. Ayant fait ^ une visite à un ami qui était malade ^, et qui manquait du nécessaire, mais qui avait honte de l'avouer , il lui glissa adroitement sous l'oreiller une bourse pleine d'argent, voulant épargner sa pudeur et ménager sa délicatesse , et faisant en sorte qu'il parût avoir trouvé cet argent, et non l'avoir reçu.
Diog. Laert. On ne rend pas un témoignage si favorable à la pureté de ses mœurs, et on l'accuse des crimes les plus honteux. Et cela ne doit pas paraître étonnant dans un philosophe qui, doutant de tout, doutait par conséquent s'il y avait des vertus et des vices, et ne pouvait reconnaître véritablement aucune règle pour les devoirs de la vie civile, ibid. Il n'aimait point à se mêler des affaires publiques.
Néanmoins, ayant été choisi pour aller négocier à Démétriade, auprès du roi Antigone, une affaire qui re-
I « Quis ista tam apertè perspi- dem confitenti déesse sibi in sum-
cuèqueet perversa et falsa secutus ptum adnecessariosusus,quumclàm
esset, nisi tantain Arcesila...et co- succunendum judîcâsset , pulvino
pia rerum, et dicendl vis fulsset? » ejus ignorantis sacculum subjecit ,
( Ibid. n.fio.) uthomo inutiliterverecundiis,quod
" EùepyeTYiaat TvpoVetpoç ry , xal desideiabat , inveniret potiiis quàm
X-aôelv TYiv xâpiv àTUçiraTo;. {Diog. acciperet. » ( Sen. de BeneJ. lib. 2.)
£aërt.) ^ Sénèque l'appelle Ctésibius : i\
3 «ArcesUaus, ut ai.int, amico est nommé autrement dans Plutar-
pauperi et paupeitatem suam dissi- que. {De discrim. amie, et adulât.
mulaati , aegro autem , et ne hoc qui- pag. 63. )
SCIENCES ET ARTS. 6c)5
gardait sa patrie, il accepta la députation : mais il on revint sans succès.
Tourmenté par les douleurs de la goutte ' , il affectait une patience et une insensibilité de stoïcien. Bien tiest passé de la ici, dit- il en montrant ses pieds et sa poitrine^ à Carnéade l'épicurien, qui s'affligeait de le voir ainsi souffrir. Il voulait lui faire croire que son ame était inaccessible à la douleur. Langage fastueux, mais qui n'a rien de réel que l'orgueil !
Arcésilas florissait vers la 120*^ olympiade, c'est-à- Diog. Lacn. dire vers l'an du monde 3704- H mourut d'avoir trop bu, et en délire, à l'âge de soixante-quinze ans.
11 eut pour successeurs, Lacyde, Evandre, Egésime, Acad.Quiest. <jui fut maître de Carnéade.
lib. 4. u- 16.
§ IIÏ. De la nouvelle académie.