‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 118 sur 138 · CARNÉADE · texte numérisé non relu

CARNÉADE

Carnéade, qui était de Cyrène, établit la troisième ou nouvelle académie, qui, à proprement parler, ne différait point de la seconde : car, à quelques adoucissements près, Carnéade était un aussi vif et un aussi zélé défenseur de l'incertitude qu'Arcésilas. La différence qui se trouve entre eux ^ , et l'innovation qu'on

' « Is quum arderet poclagra» doloribus, visitâssetque hotuinem Carneades Epicuri perfamiliaris, et tristis exiret : Mane, quseso, incpait, Carnéade noster. Nihil illinc hue pervenit, ostendens pedes etpectus.»

{De Finib. lib.-^, n, 94.)

^ La poitrine était regardée par les anciens comme le siège de l'ame et du couraffe.

3 « Non snmus ii quibus nihil veruni esse videatur, sed ii qui omnibus veris falsa qusedam adjuncta esse dicamus , tantâ similitudine , ut in iis nuUa insit certa judicandi et assentiendi nota. Ex quo exsistit et illud , multa esse probabilia ; quae quanquàm non perciperentur , tamen quia visum haberent quemdam insigneni et illustrem , his sapientis vita regeretur.» {De Nat, Deor.Wh. i,n. 12.)

396 HISTOIRE ANCIENJNE.

attribue à celui dont nous parlons actuellement , consiste en ce qu'il ne niait pas, comme Arcésilas, qu'il y eût des vérités; mais il soutenait qu'elles étaient mêlées de tant d'obscurités , ou plutôt de tant de faussetés, qu'il n'était pas en notre pouvoir de discerner avec certitude le vrai du faux. Il se rabattait donc à admettre des choses probables, et il consentait que la vraisemblance nous déterminât à agir, pourvu qu'on ne prononçât sur rien absolument. Ainsi il paraît qu'il retenait tout le fond du dogme d'Arcésilas, mais que par politique, et pour ôter à ses adversaires les prétextes les plus spécieux de déclamer contre lui, et de le tourner en ridicule , il leur accorda des degrés de vraisemblance qui doivent déterminer l'homme sage à prendre tel ou tel parti dans la conduite de la vie civile. Il vit bien que sans cela il ne répondrait jamais aux objections les plus frappantes, et qu'il ne prouverait jamais que son principe ne réduisait point l'homme à l'inaction.

Carnéade fut l'antagoniste déclaré des stoïciens, et il s'attacha avec une ardeur extrême à réfuter les ouvrages de Chrysippe, qui avait été depuis peu la colonne vaier. Max. du Portiquc. Il souhaita si ardemment de le vaincre, qu'en se préparant à le combattre il s'armait d'une prise d'ellébore, pour avoir l'esprit plus libre, et pour exciter avec plus de force contre lui le feu de son imagination. \

On rapporte de lui une maxime de morale qui est

bien admirable dans un païen. « Si l'on savait en secret,

Jii). 2,0.59. « dit -11, qu'un ennemi, ou une autre personne à la

a mort de laquelle on aurait intérêt, viendrait s'asseoir

« sur de l'herbe sous laquelle il y aurait un aspic caché,

lib. 8,c. 7.

Cir. de Fin.

« on agirait en malhonnête homme si on ne l'en aver- « tissait pas, quand même notre silence pourrait de- « meurer impuni , personne n'étant en état de nous en « faire un crime. »

Mais la conduite de ces païens se démentait toujours par quelque endroit. Ce grave philosophe ne rougissait pas d'avoir chez lui une concubine.

Plutarque nous a conservé un assez bon mot de Carnéade : c'est dans le traité où il marque la différence Png. 58. qu'il y a entre un flatteur et un ami. Il avait rapporté l'exemple d'un homme qui, disputant le prix, de la course contre Alexandre, s'était laissé vaincre exprès, dont le prince lui avait su très-mauvais gré. Il ajoute : « Le manège est la seule chose où les jeunes princes « n'ont rien à craindre de la flatterie ; leurs autres maî- « très assez souvent leur attribuent de bonnes qualités « qu'ils n'ont point; ceux qui luttent avec eux se lais- « sent tomber ; mais un cheval renverse par terre, sans « distinction de pauvre ou de riche, de sujet ou de a souverain , tous les maladroits qui le montent. »

L'ambassade de Carnéade à Rome est fort célèbre : j'en ai parlé ailleurs.

Pour achever ce qui regarde Carnéade, j'observerai qu'il n'avait pas négligé entièrement la physique, mais la morale avait fait sa principale application. Il était extrêmement laborieux, et si avare de son temps, ^iog. Laert, qu'il ne songeait ni à tailler ses ongles, ni à faire cou- J^l^%\ ^^'''^' per ses cheveux. Uniquement occupé de son étude, non-seulemônt il évitait les festins, mais il oubliait même à manger à sa propre table , et il fallait que sa servante, qui était aussi sa concubine lui mît les morceaux à la main, et presque à la bouche.

3gr8 iiistoirk ancienne.

Diog. Laert. H appréhendait extrêmement de mourir. Cependant,

ayant appris qu'Antipater, son antagoniste, philosophe

de la secte stoïcienne, s'était empoisonné, il lui prit

une saillie de courage contre la mort, et il s'écria:

Donnez-moi donc aussi... Et quoi? lui demanda-t-on.

Du vin miellé, répondit-il, s'étant bien ravisé. Diogène

Laërce le raille de cette pusillanimité, et lui reproche

d'avoir mieux aimé souffrir les langueurs d'une phthi-

sie que de se donner la mort : car c'était une gloire

chez les païens, quoique les plus sages parmi eux

pensassent autrement. Il mourut la quatrième année An. M. 3871. , , ^ p , • 1 > ' 1 •

Av.j.c.i33. delà 162 olympiade, âge de quatre-vingt-cmq ans.

CLITOMAQUE.

Clitomaque, disciple de Carnéade, lui succéda. Il

Plut. (leFort. , ... • y 7 / 7 1

Aiexrp.SaS. ctait Cartliaguiois, et se nommait Asdrubai dans la

Quœst. \. 3, langue punique. Il composa plusieurs livres, qui étaient

"■^*' fort estimés, dont l'un avait pour titre Consolation.

Il l'adressa à ses concitoyens après la prise et la ruine

de Carthage, pour les consoler de l'état de captivité

où ils se trouvaient.

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