‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 12 sur 138 · Tome XI. liist. anc · texte numérisé non relu

Tome XI. liist. anc

5o niSTOIRE ANCIENNE.

à Plante , qu'il paraît qu'Horace n'était pas seul de ce sentiment, et que la cour d'Auguste ne goûtait pas plus que lui ni la versification ni les plaisanteries de ce poète.

La censure d'HoraSce tombe sur deux articles : sur le nombre et la cadence des vers, numei^os ; et sur les railleries, sales. Je crois qu'on ne peut pas se dispenser d'adopter le jugement d'Horace en grande partie. Mais il peut bien être arrivé que ce poète , piqué de l'injuste préférence que ceux de son siècle donnaient aux anciens poètes latins sur ceux de leur temps , ait un peu outré la critique en quelques occasions , et ici en particulier.

Il est certain que Plante n'est point exact dans ses vers, qu'il a appelés par cette raison numéros innumeros , des nombres sans nombre, dans son épitaplie qu'il fit lui-même : il ne s'est point assujetti à suivre une même mesure , et il a mêlé tant de sortes de vers , que les plus savants ont de la peine à les reconnaître. Il est certain encore qu'il a des plaisanteries fades , basses , et souvent outrées : mais il en a aussi de fines et de délicates. C'est pourquoi ^ Cicéron , qui n'était pas un mauvais juge de ce que les anciens appelaient urbanité^ le propose comme un modèle à suivre pour la raillerie.

Ces défauts de Plante n'empêchent donc point qu'il n'ait été un excellent poète comique. Ils sont réparés

I <e Duplex omaÎQÙ est jocandi noster, et Atticorum antiqua comœ-

genus : unum illibeiale, petulans , dia , sed etiam philosophoruin so-

flagitiosum, obscenuin; alterum ele- ciaticorura libri suiit referti. » (/)e

gans, uibanum, ingeniosum, face- O^c. lib. i , n. io4-) tum : quo génère non modo Plautus

SCIENCES ET ARTS. 5l

bien avantageusement par beaucoup de belles qualités qui peuvent non-seulement l'égaler à Térence, mais peut-être même le mettre au-dessus de lui. C'est le préface «le jugement qu'en porte madame Dacier ( pour-lors ma- de^roLsèo" demoiselle Le Fèvre) dans la comparaison qu'elle fait "^pfàul/'' de ces deux poètes.

« Térence , dit - elle , a sans doute beaucoup plus « d'art , mais il me semble que l'autre a plus d'esprit. « Térence fait plus parler qu'agir ; Plaute fait plus agir « que parler : et c'est le véritable caractère de la comète die , qui est beaucoup plus dans l'action que dans le « discours. Cette vivacité me paraît donner encore un « grand avantage à Plaute : c'est que ses intrigues sont « toujours conformes à la qualité des acteurs, que ses « incidents sont bien variés , et ont toujours quelque « chose qui surprend agréablement ; au lieu que le « théâtre semble languir quelquefois dans Térence , à « qui- la vivacité de l'action et le nœud des incidents « et des intrigues manquent manifestement. » C'est le reproche que lui fait César dans des vers que je rapporterai en parlant de Térence.

Pour donner aux lecteurs quelque idée du style de Plaute, de sa latinité et de son langage antique, je copierai ici le commencement du prologue d'une de ses plus belles pièces , intitulée Aniphiliyon. C'est Mercure qui parle :

Ut vos in vostris voltis mercimoniis Emuiidis vendundisque me laetum luci-is Afficere, atque adjuvare in rébus omnibus: Et ut res rationesque vostrorum omnium Bene expedire voltis peregrèque et domi , Bonoque atque amplo auctare perpetuo lucro,

5>>. iriSTOIRi: ANCIENNE.

Quasque incœpistis rcs, quasqtic inceptabitis :

Et lUi bonis vos vostrosque oninis nuntiis

Me afficcre voltis; ca affcram, caque ut nuntii-m ,

Quœ maxime in rem vostram communcm sient :

(Nam vos quidem id jam scitis concessum et datum

Mî esse ab diis aliis , nuntiis praesim et lucro ) :

Haec lit me voltis approbare, annitier

Lucrum iit perenne vobis semper suppetat :

Ita huic facietis fabulae silentium,

Itaque aequi et justi hîc eritis omnes arbitri.

Il faut se souvenir , pour entendre ces vers , que Mercure était le dieu des marchands et le courrier des dieux.

« Par la même raison que vous voulez que je vous « sois favorable dans vos achats et dans vos ventes, que « vous souhaitez de prospérer dans les affaires que vous « avez à la ville et dans les pays étrangers , et de voir « augmenter chaque jour d'un profit considérable celles a que vous avez entreprises , ou que vous êtes sur le (( point d'entreprendre : par la même raison que vous « voulez que je vous apporte de bonnes nouvelles , à (( vous et à vos familles , et que je vous apprenne des ce choses qui soient pour le bien de votre république « (car vous savez, il y a long-temps, qu'il m'est échu en « partage d'être le dieu des nouvelles , et de présider « au gain) : par la même raison donc que vous voulez « que je vous accorde toutes ces choses , et que je n'ou- « blie rien de ce qui peut vous procurer l'avancement « de vos affaires : par cette même raison , il faut aussi « que vous donniez une favorable attention à cette « pièce, et que vous en jugiez équitablement. »

On rencontre de temps en temps dans Plante de fort

belles maximes pour la conduite de la vie et pour la pureté des mœurs. J'en apporterai un exemple, tué de la pièce que j'ai déjà (;itée. C'est Alcmène qui parle à son mari Amphitryon , et qui renferme en peu de vers tous les devoirs d'une femme sage et vertueuse.

Non ego illam mihi dotem duco esse , qiia; dos dicitur ; Act. 2 , se. 2.

Sed pudicitiam , et pudorem , et sedatam cupidineni , Deùm mctum , parentum amorem , et cognatûm concordiam ; Tibi morigera, atque ut munifica sim bonis, piosini probis.

« Pour moi j'estime que la véritable dot d'une femme « n'est pas l'argent qu'elle apporte en se mariant : c'est « l'honneur , c'est la pudicité ; c'est de savoir modérer « ses désirs , d'avoir la crainte des dieux , rl'aimer ceux « de qui l'on a reçu la naissance , et de vivre en bonne « intelligence avec ses parents. Je n'ai jamais eu d'autre « but que de vous obéir en toutes choses, de secourir « les gens de bien , et de pouvoir leur être utile. »

Mais, pour quelques endroits de cette sorte, combien y en a-t-il de contraires à la pureté des mœurs! Il est bien fâcheux que ce reproche tombe presque généralement sur les meilleurs poètes du paganisme. On peut bien appliquer ici ce que dit Quintilien de certaines Lib. i,t.8. poésies dangereuses : qu'il faut les laisser absolument ignorer à la jeunesse , s'il est possible , ou du moins les réserver pour un âge plus mûr , et pour un temps oii les mœurs seront en sûreté. Amoveanlur^sijîeri polest; simiiiLLs^ certe adjîrmius œtatis robiir reservenlur.... citm moines in tulo fuerint.

54 HISTOIRE AJNCltWWii.

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