‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 17 sur 138 · LUCRÈCE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE

Lucrèce {Titus Lucretiiis Cams) naquit, selon la

1 <. Toçatis excellit Afranius. » que des actions et des personnes ro- (QtiiNT. lib. 10, cap. I.) raaines, désignées par la Coge , qui

2 On appelait ces comédies alel- en était l'habit propre.

tanœ, d'Atella, ville de Campanie, ^ Citation fausse; lisez, Lib. 2,

d'où elles avaient passé à Rome : et Epist. i , v. 57. — L. togatœ, parce qu'on n'y représentait

SCIFNCF.S ET ARTS. 67

chronique d'Eiisèbe, la deuxième année de la 1 7 1^ olym- AN.M.3908. piade, douze ans après Cicéron, sous le consulat de Luc. Licinius Crassus et de Q. Mutins Scœvola, l'an de Rome 658. Il se tua lui-même à l'âge de quarantequatre ans. On lui avait donné un philtre qui le fit tomber en fureur. Cette manie lui laissait des moments lucides , pendant lesquels il composa les six livres de Reriim natura^ où il explique fort au long la physique d'Epicure, dont il sera parlé dans la suite. Il dédia son poëme «1 C. Memmius, qui avait eu les mêmes maîtres que lui, et qui sans doute était dans les mêmes sentiments.

La même chronique d'Eusèbe nous apprend que cet ouvrage fut corrigé par Cicéron après la mort de l'auteur. Cicéron ne parle qu'une seule fois de Lucrèce ; ç^^ ^^ q cependant il a eu souvent lieu d'en faire mention : et ^''*'- '"'• ^' cet endroit, d'ailleurs assez obscur, est lu différemment. Lucretii poemata ^ ut scribis ^ lit a siint (d'autres lisent non ita sunt) multis luminibus ingenii^ multœ tamen artis.

Jamais homme ne nia plus hardiment que ce poète la Providence, et ne parla de la Divinité avec plus d'insolence et d'audace. Il entre en matière par ce début, en faisant l'éloge d'Epicure :« Pendant, dit-il, que « le genre humain gémissait, asservi honteusement sous ce le dur joug d'une religion impérieuse, qui se disait « descendue du ciel et qui faisait trembler toute la « terre, un mortel, né dans la Grèce, osa le premier, M d'un air hardi et intrépide, lever contre elle l'éten- « dard de la guerre, sans que ni l'autorité des dieux, « ni la crainte des foudres, ni le ciel, avec le bruit « effrayant de ses tonnerres, fussent capables de l'ar-

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a rêter. Tous ces objets, au- (contraire, ne servirent qu'à Vf anijner son courage et à le fortifier dans le dessein « qu'il avait de forcer les barrières de la nature, et de « pénétrer dans ses mystères les plus secrets. »

Humana ante oculos fœdè quiim \ ita jaccrct In terris oppressa gravi sub lelligione ; Quai caput a cœli regionibus ostendebal, Horiibili super aspectu mortalibus instans : Primùm graius homo mortales toUere contra Est oculos ausus, primusque obsistere contra. Quem nec fama dcùin, nec fulmina, nec minilanti Murmure compressit cœlum : seJ eô magis acrem Inritat virtutem animi, confringerc ut arcta' Naturae primus portarum claustra cupirct.

Lucrèce, dans tout son ouvrage, établit pour principe que les dieux ne se soucient et ne se mêlent de rien; et il prend à tâche d'expliquer les effets de la nature , la formation et la conservation du monde , par le seul mouvement des atomes, et de réfuter ceux qui reconnaissent pour première cause la puissance et la sagesse d'une divinité. On connaîtra plus à fond ses sentiments , lorsque j'exposerai ceux d'Epicure son maître.

Ce poète a beaucoup de noblesse, de force et de génie ; mais ses vers sont si fort éloignés de la douceur et de l'harmonie de ceux de Virgile, qu'on croirait qu'il aurait vécu des siècles avant lui.

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