‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 25 sur 138 · OVIDE · texte numérisé non relu

OVIDE

Ovide {^Puhlius Ovidius Naso)^ chevalier romain, AN.M.3461. est né sous le consulat d'Hirtius et de Pansa , l'année ^^' ^' ^' '^ de Rome 709 , aussi-bien que TibuUe.

Il étudia l'art oratoire sous Ârellius Fuscus , et il seneccontr. déclama dans son école avec beaucoup de succès.

Il avait reçu de la nature une si forte inclination à versifier, qu'il renonça, pour la satisfaire, à tout soin de fortune. Mais si rincllnation à la poésie éteignit en

To, lib. 2.

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lui tout le feu de l'ambition , elle nourrit au contraire et augmenta celui de l'amour, passion funeste à laquelle il se livra tout entier.

Son père vit avec peine son fils quitter la route ordinaire de la jeunesse romaine, et renoncer absolument à l'espérance des charges pour suivre un malheureux goût qui ne menait à rien , et dont sans doute il prévoyait toutes les suites fâcheuses. Il lui parla fortement^ employa les remontrances et les prières en lui demandant quel fruit il espérait donc tirer de cette frivole étude , et s'il prétendait devenir plus habile ou plus heureux qu'Homère qui était mort pauvre. Les vifs reproches de son père firent impression sur son esprit. Pour déférer à ses avis , il résolut de ne plus faire de vers , de ne plus écrire qu'en prose , et de se préparer aux emplois qui convenaient aux jeunes gens de sa condition. Quelque effort qu'il fît, ou qu'il feignît d'employer, la nature l'emporta. Ovide était poète malgré lui : les pieds et les nombres se présentaient d'eux-mêmes sous sa plume; tout ce qu'il tentait d'écrire était vers.

Saepè pater dixit : studium quid inutile tentas?

Mœonides nullas ille reliquit opes.

Motus eram dictis, totoque Helicone lelicto,

Scribere conabar vcrba soluta niodis.

Sponte sua carmcn numéros veniebat ad aptos ;

Et quod tcntabam scril)eie, versus erat.

Il composait avec une facilité étonnante , et ne pouvait se donner la peine de retoucher ses vers , tout de feu dans la composition, tout de glace dans la correction , comme il le marque lui-même.

On lui passerait sa négligence dans le style, si elle

SCIENCES ET ARTS. q5

n'était point accompagnée d'une licence effrénée par rapport aux mœurs, et s'il n'avait point rempli ses poésies d'ordures et de saletés. Ce fut le prétexte que prit Auguste pour l'exiler ; très-louable dans cette conduite, si véritablement il l'eût relégué pour ce sujet. De tels poètes sont des empoisonneurs publics, auxquels il faut interdire tout commerce ; et de telles poésies doivent être abhorrées , comme la peste du genre humain : mais ce ne fut là qu'un prétexte. Un mécontentement secret, dont Ovide parle souvent dans ses vers , mais en général et sans l'expliquer , et qui est toujours demeuré inconnu, fut la cause de son malheur.

Il fut relégué à Tomes, ville d'Europe sur le Pont- Euxin , vers les embouchures du Danube. L'empereur lui laissa la jouissance de ses biens. Il ne le fît point condamner par un arrêt du sénat , et il se servit du terme de reléguer , qui, dans le droit romain, était plus doux que le terme de bannir.

Il courait sa cinquante et unième année lorsqu'il partit de Rome pour aller à Tomes. Il avait composé ses Métamorphoses avant le temps de sa disgrâce. Mais, se voyant condamné à l'exil, il les jeta dans le feu, soit par dépit , soit parce qu'il n'y avait pas mis encore la dernière main et ne les avait pas entièrement achevées.

Carmina mutatas hominum dicentia formas,

Infclix doniiiii qiiod fiiga riijiit opus : eleg. 6;et

Haec ego discedens, sicut bona niulta meoium, 3, eleg. 14.

Ipse meâ posiii mœstus in igné manu.

Quelques copies qu'on avait déjà tirées de cet ouvrage ont été cause qu'il n'a point péri.

Le lieu où il était relégué fut pour lui un vrai lieu

Trist. I. I ,

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de supplice : il en fait, en plusieurs endroits de ses ^ poésies, des descriptions affreuses. Ce qu'il y trouvait

de plus fâcheux, c'est qu'il était exposé aux rigueurs du froid, et voisin d'un peuple féroce qui avait toujours les armes à la main, et lui donnait de continuelles alarmes : situation triste pour un Italien délicat qui avait passé sa vie sous un climat doux et agréable , et qui avait toujours joui d'un tranquille repos.

Quoiqu'il n'eût pu obtenir ni son rappel , ni un changement d'exil , il ne manqua jamais de respect pour l'empereur ; et il continua invariablement à le louer avec des excès qui tenaient de l'idolâtrie. On peut dire même qu'il en devint, au pied de la lettre et réellement, idolâtre, quand il eut appris sa mort. Non-seulement il fit son éloge par un poëme en langue gétique pour le faire connaître et respecter par ces nations barbares , mais il l'invoqua aussi , et lui consacra une chapelle où il l'allait encenser et adorer tous les matins.

DePonto. Nec pietas ignota mea est : vidct hospita terra

hb. 4,ep.iy. In nostrâ sacrum Caesaris esse domo.

Hîc ego do loties cum thure precanlia verba, Eoo quoties surgit ab orbe dies.

Le successeur et la famille de ce prince avaient une bonne part à tout ce culte, et en étaient apparemment le véritable objet. Néanmoins Ovide n'y trouva point le remède de ses infortunes. La cour fut inexorable sous Tibère comme auparavant. Il mourut clans son exil la quatrième année du règne de cet empereur , et l'an de Rome "yy! , âgé d'environ soixante ans. Son exil avait duré neuf ou dix ans.

Il avait demandé qu'en cas qu'il mourût dans le

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pays des Gètes , ses cendres fussent portées à Rome , afin de ne point demeurer encore exilé même après sa mort , et que l'on mît sur son tombeau l'épitaphe suivante qu'il se fit lui-même.

Hîc ego qui jacco tcnerorum lusor amorum, Trist lih 3

Ingcnio perii Naso poeta mco. eleg. 3.

At tibi, qui transis, ne sit grave , qiiisquis amAsti , Dicere : Nasonis molliter ossa cubent.

Ovide craignait l'immortalité de l'ame (avec plus de raison qu'il ne pensait), et il souhaitait qu'elle pérît avec le corps : car il ne voulait point que son ombre fiit errante parmi celles des Sauromates. Ainsi, en tout cas, il désirait avoir un tombeau à Rome.

Atque utinam pereant anima; cuni corpore nostr?e ,

Effugiatque avidos pars mea nuUa rogos.

Nam si morte carens vacuas volât altus in auras

Spiritus, et samii sunt rata dicta senis; Inter sarmaticas romana vagabitur umbras ,

Perque feros mânes hospita semper erit.

Ossa tameu facile parvâ referantur in urna.

Sic ego non ctiam mortuus exul ero.

Il avait composé devant et pendant son exil un grand nombre de vers, dont plusieurs sont perdus; et il serait à souhaiter qu'il s'en fût encore moins conservé. On vantait sa Médée comme une tragédie parfaite , qui marque , dit Quintilien ( car elle subsistait encore de son temps), de quoi ce poète était capable, si, au Heu de se îivrer h la fécondité d'un génie trop facile , il eût voulu la retenir dans les bornes de la raison. Ovidii Medea mdetur mihi ostendere quantum vir ille Quintii.i. i

cap. I.

Tixn^ XI. Hist. anc. "7

()8 I/ISTOinr. ANCITNNT'.

prœstare potuerit , si ing^enio suo temperare quàm in dulgere ma hiisset.

Le nieine Quintilicn porte son jugement sur les ouvrages de ce poète en peu de mots, mais bien justes et bien expressifs, et qui, ce me semble, les caractérisent Oiintii 1 10 P'Ti'f^i'teiiK^i^t. Lascivus quidem in heroicis quoque cap. I. Qç'idiiis , et nimium amator ingenii sui : laudandus iamen in partibus. En effet , le grand défaut d'Ovide est d'être trop étendu , et par cette raison trop lâche ; ce qui venait de la vivacité et de la fécondité de son génie , et d'affecter de l'esprit aux dépens du sérieux et du grand, lascivus. Tout ce qu'il jetait sur le papier lui plaisait. Il avait pour toutes ses productions une indulgence plus que paternelle, qui ne lui permettait pas d'en rien retrancher, ni même d'y rien changer : nimium amator ingenii sui. Il faut pourtant avouer qu'il est admirable par endroits : laudandus tamen in partibus. Ainsi, dans ses Métamorphoses, qui sont sans contestation le plus beau de ses ouvrages, il y a un grand nombre de morceaux exquis et d'un très - bon goût. Aussi était-ce l'ouvrage dont l'auteur faisait le plus de cas , et duquel principalement il espérait l'immortalité de son nom.

Metatn.l. i5.

Jamque opus exegi^iuod nec Jovis ira, nec ignés,

fine. Nec poteiit ferriim, nec edax abolcre vctustas.

TIBULL'E ET PROPERCE.

Ces deux poètes, qui ont fleuri à peu près en même temps et dans le même genre de poésie , passent pour être d'une grande pureté de style et d'une grande dé-

scip:nces et auts. ()q

licatesse. On donne la préférence à Tibulle sur Properce.

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