‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 31 sur 138 · PÉTRONE · texte numérisé non relu

PÉTRONE

Vélrowe {^Petroniiis Jrbiter), était Provençal, d'au près de Marseille, selon Sidoine Apollinaire, et vi-

» .< Lucanum proprla; causas ac- que osleutaiç vaDus adsimulatione. >< cendebant, quôd famam caimiuum ( Tac.^«««/. Ub. i5, cap. 49-) ejus preinebat Neio , prohibuerat-

vait , selon la plus commune opinion , sous Claude et Néron.

Nous avons de cet auteur un reste de satire, ou plutôt de plusieurs livres satiriques ( iraTipixcov ) , qu'il avait composés tant en prose qu'en vers. C'est inie espèce de roman qu'il fît en forme de satire, du genre de celles que Varron, comme je l'ai déjà dit, avait inventées, en mêlant agréablement la prose avec les vers, le sérieux avec l'enjoué, et que Varron avait nommées niénippées , parce que Ménippe le cynique avait traité devant lui des matières graves d'un style plaisant et moqueur.

Ces fragments ne sont qu'un recueil indigeste, tiré des cahiers de quelque particulier qui avait extrait de Pétrone ce qui lui avait plu davantage, sans y observer d'ordre. Les savants y trouvent une grande finesse et délicatesse de goût, et une merveilleuse fécondité à peindre les différents caractères de ceux qu'il fait parler. Ils observent pourtant que, bien que Pétrone paraisse avoir été grand critique et d'un goût fort exquis, son style ne répond pas tout-à-fait à la délicatesse de son jugement : qu'on y remarque quelque affectation ; ({u'il est trop fleuri et trop étudié, et qu'il dégénère déjà de cette simplicité naturelle et majestueuse de l'heurertx siècle d'Auguste. Mais, quand il serait beaucoup plus parfait pour le style, il en serait encore plus dangereux pour les mœurs, par les obscénités dont il a rempli son ouvrage.

On doute si notre Pétrone est le même que celui dont parle Tacite. Voici la peinture que fait cet historien de Pétronius Turpilianus, et qui convient assez à l'idée que la lecture de l'ouvrage dont je parle donne de

TIO IIISTOIRK ANCIENNE.

son auteur. « C'était un voluptueux qui donnait le jour a au sommeil, et la nuit aux plaisirs ou aux affaires \ « Et au lieu que les autres se rendent célèbres par leur « application au travail, celui-ci s'était mis en réputa- (c tion par son oisiveté. Il ne passait pas pourtant pour « un débauché et un dissipateur comme ceux qui se « ruinent par des débauches folles et sans goût , mais « pour un homme d'un luxe délicat et réfléchi. Toutes « ses paroles et ses actions plaisaient d'autant mieux , « qu'elles portaient un certain air de négligence qui «paraissait la simple nature, et qui avait toutes les «grâces de la naïveté. Néanmoins, lorsqu'il' fut pro- « consul de Bithynie, et depuis consul, il se montra « capable des plus grands emplois. Puis, redevenu vo- « lupteux, ou par inclination, ou par politique, h cause « que le prince aimait la débauche, il fut l'un de ses « principaux confidents. C'était lui qui réglait tout « dans les parties de plaisir de Néron, et Néron ne « trouvait rien d'agréable ni de bon goût que ce que « Pétrone avait approuvé. De là naquit l'envie de Ti- « gellin contre lui, comme contre un dangereux rival, « et qui le surpassait dans la science des voluptés. » Pétrone se donna la mort à lui - même pour prévenir

I « llli «lies per soinnum, nox of- nia?, et niox consul, vigcntem se ac

iiciis et oblectamentis vitae transige- parem negotiis ostendit : Jeindè re-

bantur. Atque alios industria , ita volutus ad vitia, seu vitiorum imi-

liimc innavia ad fainam protulerat , tationem, inter paucos familiarium

habebatiirque non ganeo et profli- ÎS eroui adsumptus est , elegantiae ar-

gator , ut plerique sua baurieutium , biter , dùm nibil aniœnum et molle,

sed erudito luxu. Ac dicta factaque nisi quod ei Petronius approbavis-

ejus, quânto solutiora , et quamdam set. Undè invidia Tigellini, quasi

suî negligentiam piœferentia , tanto adversùs gîmulum, et scientiâ vo-

gratiùs in speciem simpllcitatis ac- luptatuin potlorem. » (Tac. ^nnah

cipiebantur. Proconsul tamenBithy- lib. i6,cap. i8.)

SCIENCES ET ARTS. iri

celle à laquelle Tempereur, sous une fausse accusation, Taui-ait condanuîé.

Si ce Pétrone n'est pas l'écrivain dont il s'agit ici , cet admirable portrait servira au moins à faire connaître le style de Tacite, dont j'aurai à parler dans la suite.

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