MARTIAL
Martial (y!/. Valerius Martialis^ a réussi dans l'épigramme. Il était Espagnol, de la ville de Bilbilis, qu'on dit avoir été peu éloignée de celle de Calataïud en Aragon. Il naquit sous Claude , vint à Rome sous Néron , à l'âge de vingt ans , et y en demeura trente , aimé des empereurs , surtout de Domitien , qui lui accorda plusieurs grâces. On croit que, n'étant pas si bien traité après la mort de cet empereur, il se retira en son pays. Il eut tout le temps de s'y ennuyer^ n'y trouvant nulle compagnie sortable , et qui eût du goût pour les lettres ; ce qui lui fit souvent regretter son
I l6 HISTOIRE ANCIENNE.
, séjour de Rome : car, au lieu que clans cette savante
ville ses vers étaient extrêmement goûtés et applaudis
à Bilbilis ils ne faisaient qu'exciter contre lui l'envie
et la médisance; traitement qu'il est difficile de sou-
Martiai 1 12 tciiir tous Ics jours avec patience. Accedil his miuii-
in Pracfar. cipalium vubigo denLium , et judicii loco livar
adversîis quod difficile est habere quolidie bonuiii stomachum. Il mourut sous Trajan , vers l'an loo.
Il nous reste de lui quatorze livres d'épigrammes et un livre des spectacles. Vossius croit que ce dernier est un recueil des vers de Martial et de quelques autres poètes de son temps sur les spectacles que Tite fit représenter l'an 80.
piin. 1. 3, Pline, en l'honneur duquel il avait fait une épiepist. 21. gpjji^jyjg (^\^ dix - neuvième du livre dix), lui donna une somme d'argent lorsqu'il se retira de Rome; car il était peu avantagé des biens de la fortune. A cette occasion , Pline remarque que c'était un ancien usage d'accorder des récompenses utiles ou honorables à ceux qui avaient écrit à la gloire des villes ou de quelques particuliers. Aujourd'hui, dit-il, la mode en est passée, avec tant d'autres qui n'avaient pas moins de grandeur ' et de noblesse. Depuis que nous cessons de faire des actions louables , nous méprisons la louange. Postquàm desiimus facere laudanda , laudari qiioquc ineptum pulamus.
Il pleura la mort de Martial lorsqu'il en sut la nouvelle. Il aimait et estimait son génie. Mais il serait à souhaiter qu'il y eût eu autant de pudeur et de modestie dans ses vers qu'il y a quelquefois d esprit.
On lui reproche son humeur trop mordante, sa
tlutleiie honteuse à l'égard de Doinitieii , jointe à la manière indigne dont il le traita après sa mort.
L'amour des subtilités et de l'affectation des pointes dans le discours avaient pris , dès le temps de Tibère et de Caligula , la place du bon goût qui régnait sous Auguste, Ce défaut alla toujours croissant, et c'est ce qui fît si fort goûter Martial. Il s'en fout bien que toutes ses épigrammes soient de la même force : on leur a justement appliqué ce vers , qui est de lui :
Sunt bona, sunt qua^dam metliocria, siint niala plura.
Le plus grand nombre est des mauvaises; mais il y en a d'excellentes : j'en rapporterai quelques-unes.
Sur une parfaite sculpture.
Artis phidiacse toreuma clariun
Pisces adspicis : adde aqiiam, natabunt.
Lib. 3, cpigram. 35.
Sur la lenteur d'un harhier
Eutrapcliis tonsor dum circuit oraLiipcrci, Expingitquc gcnas , altéra barba subit.
Lib. 7 , epigr. 83,
Conseil à un homme de ne point plaider.
Et jiidex petit, et petit patronus :
Sol vas censeo, Sexte, creditori.
Sur la mort prématurée d'un homme qui avait remporté plusieuj's fois la victoire dans les courses du Cirque.
Ille ego sum Scorpus , clainosi gloria Circi ; Plausus, Ronia, tiii, deliciœcjuc brèves:
Lib. 2 , epigr. i3.
Lib. lo, epigr. Si.
IIO HISTOIJIE yVNClENNE.
liivida (jucni Lachesis raptum trieteride nona, Dum numéral palmas, credidit esse senem.
Sur l'action hardie de Mucius Scévola.
Lib. I, Dùni peteret regem decepta satellite dextra,
epigr. 22. Injecit sacris se peritura focis.
Sed tam saîva pins miracula non tiilit hostis ,
Et raptum flammis jussit abii'e virum.
Urere quam potuit contempto Mucius igné , Hanc spectare manum Porsena non potuit.
Major deceptae fama est et gloria dextrae : Si non errâsset , fecerat illa minus.
Contie la dureté d'un riche avare :
Lîb 2,
Tu spectas hiemem succincti lentus amici , epigr. 46. (Proh scelus! ) et lateris frigora trita mei.
Quantum erat, infelix, pannis fraudare duobus , ( Quid renuis ? ) non te, Naevole, sed tineas ?
On ne conserve véritablement que les biens qu'on a donnés.
LiJj. 8 ,
Callidus effractâ nummos fur auferet arcâ : epigr. 42. Prosternet patrios impia flamma lares. . .
Extra fortunam est quidquid donatur amicis. Quas dederis , solas semper habebis opes.
Éloge et description d'une petite chienne.
Cette pièce est un peu longue, mais d'une délicatesse extrême. Je souhaiterais qu'une main habile la traduisît en vers français en faveur des dames.
Ljij j ^^ " ' Issa est passere nequior CatuUi :
epigr. 109. Issa est purior osculo columbse :
Issa est blandior omnibus piiellis :
Issa est carior indicis lapillis ;
SCIENCES ET .tllTS. I I9
Issa est tleliciae catella Publi.
Hanc tu, si queritur, loqui putabis.
Sentit tristitiamquc , gaudiumque.
Collo nixa cubât , capitque somnos , Ut suspiria nalla sentiantur :
Et desiderio coacta \ entris , Guttà pallia non fefellit ullâ ; Scd blando pede suscitât, toroque Deponi nionet , et rogat levari :
Castai tantus inest pudor catella; !
Ignorât venerem, nec invenimus Dignum tam tenerâ virum puellâ.
Hanc ne lux rapiat suprenia totam, Pictà Publius expriniit tabellà.
In qua tam similem videbis Issam, Ut sit tam similis sibi nec Issa.
Issam denique pone cum tabella , Aut utramque putabis esse veiam, Aut utramque putabis esse pictaïu.
SULPITIA.
Sulpitia, (lame romaine, était femme de Calénus. Elle fit un poëme sur l'expulsion des philosophes , oii elle maltraite fort Domitien , et le menace de la mort. C'est la seule pièce qui nous reste d'un grand nombre de poésies qu'elle avait faites. On l'imprime ordinairement à la fin des satires de Juvénal. Il y a sujet de regretter la perte des vers qu'elle écrivit à son mari sur l'amour conjugal , et sur la fidélité et la chasteté que l'on doit garder dans l'état du mariage. Martial en ftiit im bel élogcdans une épigramme , dont je rapporterai seulement quelques vers.
Omnes Sulpitiam legant puellae , Lib. 10 ,
Uni quae cupiunt viro placerc. ^'P'^'"' ^
12C> UISTOlllK AJVCIIiJN j\i..
Oranes Sulpitiain legant mariti, Uni qui cupiiiut placera uuptae. . .
Hâc condiscipulâ, vel hâc magistrâ.
Esses doctior et pudica, Sappho. . .
NEMESIANUS et CALPURNIUS.
Nous avons quelques églogues, et une partie du poëme sur la chasse de M. Aiirelias Oljmpius Nemesianus , fort célèbre en son temps pour la poésie. On prétend qu'il était de Carthage. Il adresse son poëme sur la chasse à Carin et à Numéricn après la mort de leur père, c'est-à-dire en 284.
Titus Calpurnius , de Sicile , a vécu sous Carus , Carin, et Numérien. Il composa sept églogues qu'il adressa à Némésien , poète bucolique comme lui. Les vers de ces deux poètes se sentent du siècle où ils ont été composés.