‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 39 sur 138 · AUSONE · texte numérisé non relu

AUSONE

Aiisone [Deciiis ou plutôt Decimus Magnus Aiisoniiis ) naquit à Bordeaux.

A l'âge de trente ans il fut choisi pour y enseigner la grammaire, puis la rhétorique. Il s'acquit une si grande réputation dans ce dernier emploi, qu'on l'attira à la cour impériale pour le faire précepteur de Gratien, fils de l'empereur Valentinien ^ Il accompagna ^j, jq, son élève dans le voyage que fit ce jeune prince en k\lemagne avec son père.

Cet emploi lui acquit les premières dignités de l'empire. Il fut fait questeur par Valentinien. Après la mort de ce prince, Gratien le fit préfet du prétoire: et il eut deux fois cette charge, premièrement pour l'Italie et l'Afrique, et ensuite pour les Gaules. Enfin il le déclara consul. On vit pour-lors vérifiée de nou- an. 379. veau la maxime de Juvénal : que, quand il plaît à la fortune , on passe de la fonction de rhéteur à la charge de consul.

Si tortuna volet , fies de ihetore consul.

L'empereur, en lui conférant cette dignité, n'oublia rien de ce qu'il put imaginer de plus obligeant et de plus honnête. Ce doit être la science des princes, de savoir ainsi assaisonner leurs présents et leurs bienfaits, ausou. il. Il dépêcha promptement un courrier à Ausone pour lui donner avis de sa nomination au consulat, et lui écrivit en ces termes : « Comme je songeais il y a quelque (( temps à créer des consuls pour cette arinée, j'invoquai « l'assistance de Dieu, comme vous savez que j'ai accou-

Grat. act.

« tumé de faire en tout ce que j'entreprends, et comme « je sais que vous désirez que je fasse. J'ai cru devoir « vous nommer premier consul , et que Dieu demandait « de moi cette reconnaissance pour les bonnes instruc- « tions que j'ai reçues de vous. Je vous rends donc ce Cl que je vous dois; et sachant qu'on ne peut jamais « s'acquitter ni envers ses pères ni envers ses maîtres , «je confesse que je vous dois encore ce que j'ai tâché « de vous rendre. »

Afin que rien ne manquât à la grâce qu'il lui avait faite, il accompagna cette lettre d'un présent, et lui envoya une robe fort riche, où était en brodçrie d'or la figure de l'empereur Constantius son beau - père. Ausone, de son côté, employa toute la force et toute la délicatesse de son esprit pour faire en vers et en prose l'éloge de son auguste bienfaiteur. Nous avons encore le remercîment qu'il fit à l'empereur : c'est une pièce qui a été fort estimée. On y trouve beaucoup d'esprit, et peut - être trop ; des pensées belles et solides ; des tours vifs , mais souvent trop recherchés. La latinité en est dure , et se ressent du siècle où a vécu l'auteur. Je rapporterai ici le commencement du discours qu'il prononça devant l'empereur en action de grâce, afin qu'on ait quelque idée de son style.

« Ago tibi gratias , imperator Auguste : si possem , etiam referrem. Sed nec tua fortuna desiderat remunerandi vices , nec nostra suggerit restituendi facultatem. Privatorum ista copia est, inter se esse munificos. Tua bénéficia, ut majestate praecellunt, ita mutuum non reposcunt. Quod soluni igitur nostrae opis est, gratias ago, verùm ita, ut apud Deum fieri solet, sentiendo copie-

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siùs, quàm loquemlo; atque non in saciario modo Imperialis oraculi, qui locus horrore tranquillo et pavore venerabili rarô eumdem aninium prœstat etvultum. Sed iisquequaqiie gratias aoo,tum tacens,tum loquens; tum in ca'tu horninum , tum ipse mecum ; et quum voce potui , etquummeditationesecessi; onmiloco, actu, habitu , et tempore. Nec mirum, si ego terminum non statuo tam grata profitendi, quum tu finem facere nescias honorandi. Qui enim locus est, aut dies, qui non me bujus aut similis gratulationis admoneat! Admoneat autem ! O inertiam significationis ignavœ! Quis , inquam, locus est, qui non beneficiis tuis agltet, inllammet? »

Il y a une extrême inégalité entre les ouvrages d'Ausone. Sou style est dur, comme je l'ai déjà remarqué: mais la dureté est le moindre vice de ses poésies. Les obscénités dont il les a remplies en interdisent la lecture à quiconque n'a pas renoncé à toute pudeur.

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