JOSÈPHE
Josèpbe était de Jérusalem, et de la race sacerdotale. An.j. c. 37. Il naquit en la première année de Caïus. Il fut si bien iuvhl'sua. instruit , qu'à l'âge de quatorze ans les pontifes même le consultaient sur ce qui regardait la loi. Après avoir examiné avec soin les trois sectes qui partageaient alors les Juifs , il choisit celle des pharisiens.
A l'âge de dix-neuf ans il commença à prendre part An. j. c. su. aux affliires publiques.
Il soutint avec un courage Incroyable le siège de an.j. c. 67, Jotapat, qui dura près de sept semaines. La ville fut prise en la treizième année de Néron, Cette prise coûta bien cher aux Romains , et Vespasien y fut blessé. On y compta quarante mille Juifs de tués. Josèpbe, qui s'était caché dans une caverne, fut enfin contraint de se rendre à Vespasien.
Je ne rapporte point tout ce qui se passa depuis ce temps-là jusqu'au fameux siège et à la prise de Jérusalem : il en fait lui-même le récit fort au long, et l'on peut le consulter. Je remarque seulement que pendant toute cette guerre, et lors même qu'il était encore captif, Vespasien et Tite voulurent toujours l'avoir auprès d'eux : de sorte qu'il ne s'y passait rien du tout dont il n'eût une entière connaissance; car il voyait lui-même tout ce qui se faisait du coté des Romains, et l'écrivait exactement ; et il apprenait des transfuges , qui s'adressaient tous à lui , ce qui se passait dans h.
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ville, qu'il ne manquait pas sans doute aussi d'érrire aussitôt.
Ce fut apparemment après la prise de Jotapat , el lorsqu'il se vit engagé à vivre avec les Romains, qu'il apprit la langue grecque. Il avoue qu'il ne put jamais <--aiy. 9- la bien prononcer , parce qu'il ne l'avait pas apprise de jeunesse, les Juifs estimant peu l'étude des langues. Photius juge que sa phrase est pure.
an."j.c 7'i. Après que la guerre fut finie, Tite, s'en allant à Rome, l'y amena avec lui. Vespasien le fit loger dans la maison qu'il avait avant que d'être empereur, le fit citoyen, romain, lui assigna une pension, lui donna des terres dans la Judée, et lui témoigna beaucoup d'affection tant qu'il vécut. Ce fut sans doute Vespasien qui, en le faisant citoyen, lui donna le nom de Flavius^ qui était celui de sa famille.
Dans le loisir que Josèphe avait à Rome , il s'occupa à écrire l'histoire de la guerre des Juifs sur les mémoires qu'il en avait dressés. Il la composa d'abord en sa langue propre , qui était à peu près- la même que la syriaque. 11 la traduisit ensuite en grec pour les peuples de l'empire, en remontant jusqu'au temps d'Antiochus Epiphane et des Machabées.
Josèphe fait profession d'y rapporter avec une entière sincérité tout ce qui s'est fait de part et d'autre , ne S(î réservant de l'affection qu'il avait pour sa nation que le droit de plaindre quelquefois ses malheurs, et de détester les crimes des séditieux qui en avaient causé la ruine totale.
Dès que son histoire grecque fiit achevée , il la présenta cà Vespasien et <à Tite, qui en furent extrêmement
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satisfaits ^ Celui-ci, clans la suite, ne se contenta pas «l'ordonner qu'elle fût rendue publique, et mise dans inie bibliothèque ouverte à tout le monde; mais il signa de sa main l'exemplaire qui y devait être mis , pour montrer qu'il voulait que ce fût d'elle seule que tout le monde apprît ce qui s'était passé pendant le siège et à la prise de Jérusalem.
Outre la sincérité et l'importance de cette histoire , où l'on trouve l'acconqjlissement entier et littéral des prédictions de Jésus-Christ contre Jérusalem , et la vengeance terrible que Dieu tft^a de cette malheureuse nation pour la mort qu'eye avait fait souffrir à son fds , l'ouvrage eu lui-même est fort estimé pour sa beauté. Le jugement que porte Photius de cette histoire , c'est qu'elle est agréable , pleine d'élévation et de majesté, mais sans excès et sans enflure; qu'elle est vive et animée ; pleine de cette éloquence .({ui excite ou apaise à son gré les mouvements de l'ame; remplie d'excellentes maximes de morale; que les harangues en sont belles et persuasives; et que, quand il faut soutenir les deux partis opposés, elle est féconde en raisons adroites et plausibles pour l'un et pour l'autre.
» Josèphe avait fait tout ce qu'il Josèphe ajoute quelquefois au récit fallait pour que son livre ne déplût des événements des détails qui les point aux Romains. En faisant usage dénaturent; et partout il représente des livres saints, et, à leur défaut, des la nation juive sous le point de vue traditions et des autres mornnnents qui devait le moins offusquer l'orbistbriques qui pouvaient exister guell des maîtres de la terre. C'est alors, il se permit une assez grande dans le 18'' livre que se trouve lu liberté; il passa sous silence ou at- fameux passage sur Jésus-Christ : ce ténua tout ce qui, dans l'histoire des passage a excité de grandes et nom- Juifs , pouvait déjilaire à un peuple breuses controverses : la plupart aux yeux duquel ce que la religion s'accordent à le regarder comme juive avait de plus respectable n'é- une interpolation. — L. tait que des superstitions ridicules.
>lM.f.
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Hieroii. Saint Jérôme loue Josèphe encore plus avantageusement en un seul mot , qui le caractérise parfaitement , en l'appelant le Tite-Live des Grecs.
Après que Josèphe eut écrit 1 histoire de la ruine des Juifs, il entreprit de faire l'histoire générale de cette nation, en la commençant dès l'origine du monde, pour faire connaître à toute la terre les grandes merveilles de Dieu qui s'y rencontrent. C'est ce qu'il exécuta en vingt livres , auxquels il donne lui - même le titre ^antiquités y quoiqu'il les continue jusqu'à la douzième année de Néron, en laquelle les Juifs se révoltent. Il paraît qu'il adressa cet ou\g"age à Epaphrodite, homme curieux et savant. On croit que c'est ce célèbre affranchi de Néron que Domitien fit mourir en l'an 96. Josèphe acheva cet ouvrage en la cinquante - sixième année de son âge , qui était la treizième du règne de Uomitiçn. j^ ^^ Il y fait profession de ne rien ajouter à ce qui est
dans les livres saints, dont il a tiré ce qu'il dit jusqu'après le retour de la captivité de Babylone, et de n'en rien retrancher. Mais il ne s'est pas acquitté de cette promesse aussi religieusement qu'il aurait été à souhaiter. Il ajoute quelques faits qui ne sont point de l'Écriture; il en retranche un plus grand nombre, et en déguise quelques autres d'une manière qui les rend tout humains, et leur fait perdre cette grandeur divine et cette majesté que leur donne la simplicité de l'Ecriture. On ne peut pas aussi l'excuser de ce que souvent, après avoir rapporté les plus grands miracles de Dieu , il en affaiblit l'autorité en laissant à chacun la liberté d'en croire ce qu'il voudra.
Josèphe voulut joindre à ses antiquités Thistoire de sa vie, durant qu'il y avait encore plusieurs personnes
yj.
SCIENCES ET A.RTS. l'^S
(|ui pouvaient le démentir, s'il s'éloignait de la vérité.
Il paraît en effet qu'il la fit aussitôt après; et on l'a an. J.c. oO.
considérée comme une partie du vingtième livre de ses
Antiquités. Il l'emploie presque toute à décrire ce qu'il
fit étant gouverneur de Galilée avant la venue de Ves--
pasien.
Comme diverses personnes témoignaient douter de ce qu'il disait des Juifs dans ses Antiquités , et objectaient que, si cette nation eût été aussi ancienne qu'il la faisait, les autres historiens en auraient parlé, il entreprit sur cela un ouvrage , non - seulement pour montrer que plusieurs historiens avaient parlé des Juifs , mais aussi pour réfuter toutes les calomnies qui avaient été répandues contre eux par divers auteurs, et particulièrement par Apion , dont nous avons parlé ; ce qui foit que tout l'ouvrage est ordinairement intitulé contre Apion.
Il n'y a point eu de livres plus généralement estimés et goûtés que ceux de Josèphe.' La traduction en notre langue en parut dans un temps où, faute de meilleures lectures , les romans étaient entre les mains de tout le monde. Elle contribua beaucoup à faire tomber ce mauvais goût. En effet, on comprend aisément qu'il n'y a que des esprits faux, légers, superficiels, qui puissent s'attacher à de pareils ouvrages , qui ne sont que l'effet des rêveries creuses d'un écrivain sans poids et sans autorité, et les préférer à des histoires aussi belles et aussi solides, que celles de Josèphe. La vérité seule est la nourriture naturelle de l'esprit, et il faut qu'il soit malade pour lui préférer ou même pour lui comparer des fictions et des fables.
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