‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 68 sur 138 · CORNELIUS NEPOS · texte numérisé non relu

CORNELIUS NEPOS

On a pendant quelque temps attribué mal à propos ses ouvrages à Émilius Probus. Vossius croit que c'était le nom du libraire qui offrit à Théodose les Vies des grands capitaines , écrites partie de sa main , partie de celle de son père et de sa mère. Cornélius Népos a vécu du temps de César et d'Auguste, et est mort sous le dernier. Il était né dans la Gaule cisalpine , à Hostilie, petit bourg qui dépendait de Vérone.

De différents ouvrages qu'il avait composés, il ne nous reste que les Vies abrégées des grands capitaines, un abrégé de celle de Caton , et la vie de Pomponius Atticus , qui est assez étendue. 11 y a vingt - deux vies des grands capitaines , tous grecs , excepté les deux derniers, qui sont carthaginois, savoir Amilcar et Anni-

bal. Entre Timoléon et Amilcar , Népos donne une espèce de liste des rois, tant de Perse que de la Grèce, dans le chapitre vingt-un , qui est fort court.

Il avait écrit les vies abrégées des capitaines romains sur le même plan que celles des Grecs, afin, dit-il lui- luvit. Aumême , qu'on en pût faire la comparaison et juger plus facilement' du mérite des uns et des autres.

Il paraît qu'il avait fait aussi la vie des auteurs grecs et latins. Il parle de celle de Philistus dans la vie de Cap. 3. Dion. Aulu - Gelle cite un premier livre de la vie de Cicéron. Dans l'abrégé de la vie de Caton , qui est par- xv, 28. venu jusqu'à nous, Népos en cite une plus étendue, Cap. 3. qu'il avait faite à la prière d'Atticus, et à laquelle il renvoie ses lecteurs. Enfin nous avons la vie de Pomponius Atticus , qui est un morceau précieux , et qui suffit seul pour nous donner une juste idée du mérite de cet historien.

Son style est pur, net, élégant. La simplicité, qui en fait un des principaux caractères, est mêlée d'une grande délicatesse, et relevée de temps en temps par des pensées nobles et solides. Mais ce qui me paraît de plus estimable dans cet auteur, est un goût marqué pour les grands principes d'honneur , de probité , de vertu , de désintéressement , d'amour du bien public , qu'il semble avoir dessein d'insinuer dans tous ses écrits. L'intime union qu'il avait avec Atticus, et par son moyen sans doute avec Hortensius , Cicéron , et d'autres grands hommes de son temps, marque assez l'estime qu'ils faisaient autant de son bon cœur que de son excellent esprit. Quelques traits, que je tirerai de la vie d'Atticus, serviront à le faire connaître par l'un et l'autre endroit.

a02 IllSTOlliK \NCIENNJi:.

rap. I. • ' Erat in puero (Poiiiponio Attico), prœter docililatcm iiigenii, sunima suavitas oris ac vocis, ut non solinu celeriter arriperet qiiœ tradebantur , sed etiam excellentor pronuntiaret. Quâ ex i e , in pueritia nobilis inter aequales ferebatur , clariusque exsplendescebat , quàm generosi condiscipuli animo aequo ferre possent. »

ce La grande facilité à apprendre que fît paraîtri' « Pomponius Atticus dès ses premières années était ac- « compagnée d'un sou de voix plein de douceur et d'a- « grément. Aussi non-seulement il saisissait avec pronip- « titude tout ce qu'on lui enseignait, mais il excellait « encore dans la prononciation. Ces qualités le distin- « guaient singulièrement de tous ses compagnons d!é- « tude : mais comme ils étaient pleins d'ardeur pour In « gloire, ils ne voyaient point sans peine l'éclat brillani « de ses progrès et de sa réputation, »

Cai>. 3.

« Prinium illud munus fortunae , quôd in ea potissimuni urbe natus est, in qua domicilium orbis terrarum esset imperii, ut eanidem et patriam baberet, et ^ douiinam : lioc speciem prudentioe , quôd , quum in eani civitateni se contulisset, quae antiquitate, humanitate, doctrinà praistaret omnes, unus ante alios fuit carissimus. »

« Ce fut pour lui un avantage dont il fut redevable à ^ a la fortune , d'être né dans une ville qui était le siège « de l'empire du monde : de sorte qu'il n'était ' soumis

' Cette expression, et ^o /«(«(/ /H, paîiie et pour maîtresse (i]iroii nuest difficile à entendre, et encore pardonne cette expression) : au lieu plus à rendre. Athènes étant pour- qu'on le pouvait dire d'un Romain lois soumise aux Romains , on ne par rajjpOrt à Rome. Je crois que pouvait pas dire d'un athénien qnil c'est à quoi Népos fait ici allusion, avait cette ville en même temps pour

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« aux lois que de la même ville qu'il avait pour patrie. <c Mais ce qu'il ne dut qu'à sa prudence, ce fut qu'ayant (' choisi pour son séjour Athènes, la ville de l'univers « la plus célèbre par l'ancienneté de son origine , par a ses mœurs douces et polies, par son goût pour les i( arts et les sciences, il sut s'y faire plus aimeret estimer u que les citoyens mêmes. »

« Habebat aninculum Q. Cœcilium. . . divitem , difficillimà Cap. i. naturâ: cujus sic asperitatem veritus est, ut,quem nenio ferre posset, hujus sine offensione ad sumniam senectutem retinuerit benevolentiam.»

« Il avait pour oncle Q. Cécilius, homme riche, mais « d'un caractère extrêmement dur et difficile. Cependant « il sut le ménager avec tant d'adresse et de patience, « que, malgré ses mauvaises humeurs qui le rendaient « insupportable à tous les autres, il s'en fit aimer jusu qu'à son extrême vieillesse sans lui avoir jamais « déplu. »

« Cum quo ( M. Cicérone ) a condiscipulatu vivebat con- ii,u\. junctissimè, multô etiam familiariùs quàm cum Quinte: ut judicari possit plus in amicitia valere similitudinem niorum , quàm affinitatem. Utehatur autem intimé Q. Hortcnsio, qui iis temporibus principatum eloquentiae teuebat, ut intelligi non posset uter eum plus diligeret Cicero an Hortensius : et id, quod erat difficillimun) , efficiebat, ut inter quos tantae laudis esset œmulatio ^ auUa intercederet obtrectatio, essetque taliuni virorum < opula. »

« Atticus , qui avait été lié avec Marcus Cicéron dès « son enfance, par des études communes, conserva tou-

« jours depuis avec lui une parfaite union. Il vivait « avec lui dans mie bien pkis grande familiarité qu'ace vec Quintus Cicéron , son beau - frère ^ ; ce qui fait « voir que la conformité de mœurs et de caractère con- « tribue beaucoup plus à former une intime amitié que « la simple affinité. Atticus était aussi ami particulier « d'Hortensius , qui pour lors tenait sans contredit le « premier rang parmi les orateurs. On ne pouvait dis- « cerner qui d'Hortensius ou de Cicéron aimait le plus « Atticus. Il était le nœud de l'amitié de ces deux grands « hommes, et faisait que, tout rivaux qu'ils étaient, et « animés de part et d'autre d'un désir également vif de « se distinguer, il n'y avait entre eux, chose bien rare « et bien difficile, aucune jalousie ^. »

Cap. 12. « Cujus ( Antonii ) gratiâ quum augere posset possessio-

nes suas , tantùm abfuit a cupidîtate pecuniae, ut nulla in

' Ilavait épousé Pomponia, sœur «sait que chacun mettait son ami

d' Atticus. " au-dessus de lui-même. »

2 II est bon d'entendre Cicéron « Dolebam quôd non , ut plerique

lui-même s'expliquer sur ce sujet. putabant , adversarium aut obtrec-

.< J'étais bien éloigné, dit-Il en par- tatoremlaudum mearHm,sedsocium

«lant d'Hortensius, de le regarder potlùs et consorlem gloriosi laboris

« comme un ennemi ou un rival dan- amiscram.... Quo enim auimo ejus

« gereux. Je l'aimais et l'estimais mortem ferre debui , cum quo certare

« comme le témoin et le compagnon erat gloriosius , quàm omninô adver-

« de ma gloire. Je sentais quel avan- sarium non habere ? Quum prœser-

« tage c'était pour moi d'avoir en tim non modo nunquàmsit, aut illius

« tête un tel adversaire, et quel bon- a me cursus impeditus , aut ab illo

« neur de pouvoir quelquefois lui meus : sed contra semper alter ab

.< disputer la victoire. Jamais l'un ne altero adjutus et commuuicando , et

.< trouva l'autre à sii rencontre , ni raonendo , et favendo. » ( Cic. m

« opposé à ses intérêts. Nous nous Bntt. n. -i, i.)

.. faisions un plaisir de nous entr'ai- « Sic duodecim post meum con-

«der, en nous communiquant nos sulatum anuos lu maximls causis,

..lumières, en nous donnant des avis, quum ego mihi illum, sibi me ille

.. et en nous soutenant l'un l'autre anteferret , conjunctissimè versati

.. par une estime mutuelle, qui fai- sumus. » (Ibid. n. 32 3.)

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re usiis sit eâ, nisi in deprecandis amicorum aut periculis , aut incommodis. »

« Pouvant, par le moyen d'Antoine, tout -puissant « alors dans la république, augmenter considéral^le- « ment son bien, il songea si peu à s'enrichir, qu'il « n'usa jamais de son crédit auprès du trivmivir que cf pour protéger ses amis dans leurs périls , ou pour les a soulager dans leurs besoins, m

«Neque verô minus ille vir, bonus paterfamilias hal)i- Cnp. i3. tus est, quàm civis. Nam quum esset pecuniosus, nemo illo fuit minus emax, minus aedificator. Neque tamen non in primis benè habitavit , omnibusque optimis rébus usus est. »

« Il n'était pas moins bon père de famille que bon « citoyen. Quoique assez riche, il fut toujours infîni- « ment éloigné de la manie d'acheter et de bâtir. Il était « pourtant logé décemment et avec dignité, et il se « piquait d'avoir en tout genre ce qu'il y avait de meil- « leur. »

«Elegans, non magnificusrsplendidus, non sumptuo- ibid. sus : omni diliaentiâ munditiem non affluentem affectabat. Supellex modica, non multa , ut in neutram partem conspici posset. »

« Il était délicat sans magnificence, et noble sans « somptuosité. Il était extrêmement curieux d'une pro- « prêté qui n'eût rien de superflu. Son ameublement (c était modeste, et renfermé dans les bornes d'une sage « médiocrité. Il croyait devoir s'éloigner également des « deux excès , c'est-à-dire du trop et du trop peu. »

2oG lIISTOlKli ANCIENNJi.

Cap i/,. 'iNunquam sine aliqua lectione apud eum cœnatum est,

ut non minus animo, quàm ventre, conviva? deleclarentur. Namque eos vocabat , quorum mores a suis non abhorrèrent. »

« Les repas , chez lui ," étaient toujours assaisonnés « de quelque lecture, afin que l'esprit ne fût pas moins « nourri que lé corps. Cette coutume faisait grand « plaisir à ses convives, parce qu'il avait soin de n'en ce choisir point d'autres que ceux qui étaient de même (c goût que lui. y>

li.ii!. 'c Quuni tanta pecuniai facta esset accessio, nihil de

quotidiano cul tu mutavit, nihil de vitae consuetudine : tantàque usas est moderalione, ut neque in sestertio vicies, quod a pâtre acceperat, parùm se splendidè gesseritj neque in sestertio centies affluentiùs vixerit quàm instituerai, parique fastigio steterit in utraque fortuna. »

« Ses revenus , considérablement augmentés , ne lui u firent rien changer dans son ancienne manière de «vivre. Toujours modéré, toiijours égal à lui-même, « quand il n'avait que deux millions ^ de sesterces que « son père lui avait laissés , il vivait fort honorablece. ment : et quand son bien fut monté à dix millions ce de sesterces * , il ne fit pas plus de dépense qu'aucc paravant. «

( Mendaciuni neque dicebat, neque pati poterat. Itaque ejus comitas non sine severitate erat, neque gravitas sine facilitate : ut difficile esset intellectu, utrum eujn amici magis vererentur , quàm amarent. »

" Deux cent cinquante mille li- ^ Un million deux cent cinquante

Mes. = 409,000 fr. — L. mille li\ies. = 2,046,000 ir. — L.

a il uv lui échappait jamais de mensonge ' h luia même , et il ne pouvait le souffrir dans les autres. « Son air affable et prévenant était accompagné d'une « sorte de sévérité, et sa gravité tempérée par un air « de bonté et de douceur ; en sorte qu'on ne pouvait « dire si ses amis le respectaient plus qu'ils ne faite niaient. » •

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