‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 69 sur 138 · TITE-LIVE · texte numérisé non relu

TITE-LIVE

La préface latine qui est à la tête de la nouvelle édition de Tite-Live, dont M. Crevier, professeur de rhétorique au collège de Beauvais, a donné depuis peu les deux premiers volumes , me fournira le peu que j'ai dessein de dire ici au sujet de cet excellent historien. Si je n'étais autant ami que je le suis de M. Crevier, ([ui veut absolument que je le déclare mon disciple, ce que je tiens à grand honneur , je m'étendrais sur l'utilité et le mérite de son ouvrage. Il ne faut que lire sa préface pour juger par soi-même du cas qu'on en doit faire.

Plus on a d'empressement de connaître un auteur célèbre par ses écrits, plus on a de regret de n'en savoir presque que le nom. Tite-Live est du nombre de ces écrivains qui ont rendu leur nom immortel , mais dont la vie et les actions sont peu connues. Il natpiit à Padoue, sous le consulat de Pison et de Gabinius, cinquante - lîuit ans avant l'ère chrétienne. Il eut un

' Cornélius Népos dit quelque " même en riant. " ^r/cô veritatis

chose de pareil en parlant d'Ëpaini- diligens , ut ne joca quidcm menti-

nondas. "Il avait un tel respect pour retur. (Cap. 3.) « la vérité, que jamais il ne mentait,

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fils auquel il écrivit une lettre sur l'éducation et les études de la jeunesse , dont Quintilien fait mention en plus d'un endroit, et dont la perte doit être bien regrettée. C'est dans cette lettre , ou plutôt dans ce petit traité, qu'au sujet des auteurs dont on doit conseiller la lecture aux jeunes gens, il dit qu'ils doivent lire Démosthène et Cicéron , puis ceux qui ressembleront davan- Quintii.i.io, tage à ces deux excellents orateurs : legendos Demoslhenem atque Ciceronem, tuin ita ut quisque esset Demostheni et Ciceroni simillimus . Il parle , dans la même lettre , d'un maître ^ de rbétorique qui était mécontent des compositions de ses disciples lorsqu'elles étaient fort claires et fort intelligibles , et les leur faisait retoucher pour y jeter de l'obscurité. Et quand ils Scnec. les rapportaient en cet état : Voila qui est bien mieux

epist. loo. . ,...,., , . . ^

maintenant, aisait-il;ye ny entends rien moi-même. Croit-on un pareil travers d'esprit possible ? Tite-Live avait aussi composé quelques ouvrages philosophiques , et des dialogues mêlés de philosophie.

Mais son grand ouvrage était l'histoire romaine, con- * tenue en cent quarante ou cent quarante-deux livres ,

depuis la fondation de Rome jusqu'à la mort et à la sépulture de Drusus , qui tombe en l'an de Rome 74^ , et qui renfermait par conséquent ce nombre d'années. On trouve , par quelques époques de son histoire , qu'il employa à la composer tout le temps qui s'écoula depuis la bataille d'Actium jusqu'à la mort de Drusus, c'est-à-dire environ vingt et un ans. Mais il en pro-

' <c Apud Titum Livium invenio Undè illa scilicet egregia laudatio :

fuisse pra?ceptorem aliquem , qiii tantb melior ; ni' ego qiiidein i/itel-

discipulos obscurare quae dicerent lexi. « (Quint, lib. 8, cap. 2.) j uberet, graîco verbo utens, ff Koriff ov .

SCIENCES ET ARTS. aOQ

duisait en public de temps en temps quelque partie; et c'est ce qui lui fit une si grande réputation à Rome, et qui lui attira du fond de l'Espagne l'honorable visite piin. iii>. 2, d'un étranger , qui entreprit un si long voyage unique- '"^ ment pour le voir. La capitale du monde avait de quoi occuper et satisfaire les yeux d'un curieux par la magnificence de ses édifices , et par la multitude de ses tableaux , de ses statues , et de ses anciens monuments. Celui-ci ne trouva rien de plus rare ni de plus précieux dans Rome que Tite-Live. Après avoir joui à son aise (le sa conversation , et s'être agréablement nourri de la lecture de son histoire, il retourna joyeux et content dans son pays. C'est connaître ce que valent les hommes.

On ne sait rien de plus de ce qui regarde personnellement Tite-Live. Il passa une grande partie de sa vie à Rome, estimé et honoré des grands et des savants comme il méritait. Il mourut dans sa patrie , à l'âge de soixante et seize ans , la quatrième année de l'empire de Tibère. Les Padouans ont honoré sa mémoire clans tous les temps , et ils prétendent conserver encore actuellement chez eux quelques restes de son corps, et avoir fait présent à Alphonse V, roi d'Aragon, de l'un de ses bras, l'an i45i : du moins l'inscription le porte ainsi.

Il serait bien plus à souhaiter qu'on eût pu conserver son histoire. Il ne nous en reste que trente-cinq livres , dont quelques-uns même ne sont pas entiers : ce n'est pas la quatrième partie de l'ouvrage. Quelle perte ! les savants se sont flattés de temps en temps de quelques lueurs d'espérance de recouvrer le reste , fondé uniquement, h ce qu'il paraît, sur le grand désir qu'on en avait.

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