‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 72 sur 138 · PATERCULUS · texte numérisé non relu

PATERCULUS

Caïus, ou Publius, ou Marcus Velléius Patercuhis florissait sous l'empire de Tibère. Il y a beaucoup d'apparence qu'il naquit l'an de Home '7 3 5. Ses ancêtres an. j. c.i5. furent illustres par leur mérite et par leurs charges. Il y^^, ^,^^^^^ était tribun des soldats lorsque Caïus César, petit-fils li'j'-*^-^"» d'Auguste, s'aboucha avec le roi des Parthes dans une ibu. c. 104. île de l'Euphrate. 11 commanda dans la cavalerie en Allemagne sous Tibère, et il accompagna ce prince, pendant neuf années consécutives , dans toutes ses expéditions. Il en reçut des récompenses honorables. Il fut élevé à la préture l'année même qu'Auguste n^^. .. 124 mourut.

On ne sait point précisément le temps où il commença à travailler à son histoire, ni ce qu'elle contenait. Le connnencement en est perdu. Ce que nous en avons comprend un fragment de l'ancienne histoire grecque.

avec l'histoire romaine, depuis la défaite de Persée jusqu'à la seizième année de Tibère. Il adresse son histoire à M. Vlniclus, qui était alors consul. Il en promettait une plus étendue. Les voyages qu'il avait faits en diverses contrées auraient pu lui fournir des faits trèsaaréables et très-curieux.

Son style est très-digne du siècle oîi il vivait, qui était encore celui du bon goût et du beau langage. 11 excelle surtout dans les portraits et les caractères. Je pourrai en citer quelques-uns à la fin de cet article.

On juge que sa narration est fidèle et sincère jusqu'au temps des Césars , ou dans les faits qui ne les intéressent point : car , depuis ce temps-là , le désir de fiatter Tibère lui fit omettre , ou déguiser , ou même altérer la vérité en diverses choses. Il accuse Germanicus de lâcheté, ou plutôt d'une molle complaisance pour les séditieux, pendant qu'il donne à beaucoup d'autres des louanges excessives. Quo quidemtempore... c. 125. plevaque îgnave ^ Gevmanicus.

On lui reproche avec justice d'avoir fait des éloges excessifs de Tibère. Les ménagements Injustes pour les passions de cet empereur se font sentir , comme je l'ai déjà marqué , par le soin qu'il a de passer légèrement sur les actions éclatantes de Germanicus, d'en supprimer la plupart, et de donner des atteintes à la gloire d'Agrlppine et des autres personnes que Tibère n'aimait pas.

Ce qu'on lui pardonne encore moins, c'est d'avoir accablé de louanges Séjan , qui causa tant de maux à

I Un savant interprète ( Boëclé- CoiTiger ainsi le texte contre la fai rus) croit que ce passage est cor- des manuscrits, c'est ileviner. rompu, et qu'il faut lire gnavè.

l'empire, et de l'avoir représenté , malgré tous ses vices et tous ses crim.es, comme un des plus vertueux personnages qu'état jamais eus la république romaine. Sej'anus, lil. 2 , vir anliquissimi moris , et priscam grcwitatenï semper '' *''' hiLinanitate tempera/is.

Cela n'est encore rien en comparaison du panégyrique qu'il en fait dans la suite. « Il établit d'abord par ibid. <■. 12 « plusieurs exemples la nécessité où sont les princes de « se faire aider dans le gouvernement , et de s'associer « des coopérateurs qui partagent avec eux le poids des « affaires. » Raro eminentes viri non magnis adjutoribus

ad guhernaiidain Jortunam siiam iisi suiit Etenini

magna negotia magnis adjutoribus egent. Qui en doute ? Il s'agit de faire un bon chgix. Il passe ensuite à Séjan , et, après avoir relevé l'éclat de sa naissance, il le représente « comme un homme qui sait tempérer « l'austérité du commandement par un air de douceur « et de sérénité; qui traite les affaires les plus épineuses «sans presque paraître s'en occuper; qui ne s'arroge « rien, et par là atteint à tout; qui se met toujours « dans son esprit au-dessous de l'estime qu'on a de lui « dans le public ; dont le visage et les dehors paraissent « tranquilles , pendant qu'au fond les soins de l'état ne « lui laissent aucun repos. C'est le jugement uniforme « que portent de ce sage ministre et la cour et la ville , « et le prince et les citoyens. » Vinun severitatis lœtissimœ , Jdlaritatis priscœ ; actu otiosis siniillinmni ; nddl sihi vindicantem ^ eoque assequentem omnia semper iiif'ra aliorwn œstimadiones se nietientem ; vultu vitdque tranquilhun , ani/no exsomiiem. In hujus virtutum œstiniationem janqjridem judicia civitatis cuni judiciis principis certant. Quel amour du

222 iriSTOIRF. ANCIENNE.

h'wn public , si l'on en croit cet historien ! quelle application au travail ! quel zèle pour les intérêts du prince et de l'état! quel caractère aimable au milieu des soins les plus accablants ! quel désintéressement ! quelle modestie ! en un mot , quel assemblage des plus grandes vertus , attesté généralement par des suffrages unanimes !

Pour voir ce qu'il en faut penser, considérons un second portrait du même Séjan de la main d'un autre peintre qui n'était point à ses gages, et qui ne fut jamais soupçonné de flatterie : c'est Tacite, dont nons parlerons bientôt.

Tarit. Ann. « Scjanus Tiberium variis artibus devinxit adeô, ut " ■ '■ obscurum adversùs hlios , sibi luii incautum intectuniqiie efficeret : non tam solertià ( quippè iisdem artibus victns est ) , quàm deûm ira in rem romanam , cujus pari exitio viguit, ceciditque. Corpus illi laborum tolerans; animus audax; suî obtegens; in alios criminator : juxtà adulatio et superbia ; palàm compositus pudor , intùs summa apiscendi libido, ejusque causa modo largitio et luxus , sœpè industria ac vigilantia , haud minus noxiae, quotiens parando regno finguntur. »

(c Séjan gagna si bien l'esprit de Tibère par divers « artifices , que ce prince, couvert et impénétrable pour « tous les autres , n'avait rien de caché ni de secret pour « lui : ce qui ne doit pas être principalement attribué f( aux ruses et aux artifices de ce ministre, puisqu'il .( tomba dans les mêmes pièges , et périt par la voie de « la fraude et de l'artifice ; mais plutôt à la colère des « dieux contre l'empire romain, à qui sa faveur et sa « disgrâce furent également funestes. Il avait une force

c( de corps capable de supporter les plus grandes face ligues. Le caractère de son esprit était l'audace , « l'adresse à se cacher, et une noire malignité envers « les autres. Il était en même temps flatteur iusqu'à la « bassesse, et fier jusqu'à l'insolence : plein de modestie « et de retenue en apparence, mais au-dedans dévoré « d'ambition. Les moyens pour parvenir à son but « étaient , tantôt le luxe et la dépense , tantôt la vigi- « lance et l'application aux affaires ; vertus aussi dan- « gereuses que les vices mêmes , cpiand on en prend les « dehors pour usurper une puissance illégitime. »

Pour réunir tout en un mot, Séjan, si fort vanté dans Paterculus , était un fléau de la colère des dieux contre l'empire romain : deihn ira in rem romanam. Ceux qui sont en place , qui sont maîtres des grâces et dispensateurs des bienfaits , peuvent juger par là du cas qu'ils doivent faire des louanges qu'on leur prodigue avec si peu de mesure, et souvent avec si peu de pudeur.

J'ai dit que Paterculus excellait surtout dans les portraits et les caractères. Il y en a de courts , qui ne sont pas les moins beaux, et plusieurs qui sont plus étendus. J'en rapporterai de l'une et de l'autre sorte.

^ Marius.

« Hirtus atque horridus , vitàque sunctus ; quantum bello optirnus, tantùm pace pessimus • immodicus gloria», insatiabilis, impotens, seniperque inquiétas.»

« Marius avait quelque chose de dur et de sauvage « dans le caractère : ses mœurs étaient austères, mais (' irrépréhensibles : excellent dans la guerre, détestable

2^4 HISTOini' ANCIENNE.

« dans iu paix; avide, on plutôt insatiable tic gloire; « violent dans ses projets; toujours inquiet, et inea- « pable de souffrir le repos.»

SjUa.

« Adeo Sylla dissïmilis fuit bellator acvictor, ut, duni

Llb. 2,C. 2.'>. •/ . ,

vinclt, justissimo lenior; post victoriam, audito fuerit criideiior. »

« Rien ne fut plus différent que Sylla faisant la guerre, « et le même Sylla devenu vainqueur. Pendant la guerre , « il fut doux jusqu'à l'excès ; après la victoire, cruel jus- « qu'à la barbarie. «

Mithridate.

ii).(l o i8. " Mithridates , ponticus rex : vir nequo silendus , neqiie dicendus sine cura. Bello acerrimus , virtute eximius ; aliqnandô fortunà , seniper animo niaxinnis : consiliis dux, miles manu, odio in Romanos Annibal. »

(( Mithridate, roi de Pont, dont il est difficile et de « se taire et de prier; d'une valeur extrême , grand par « une brillante fortune dans certains temps de sa vie, « toujours par le courage et l'élévation des sentiments : rt général pour le conseil et les résolutions, soldat pour « les coups de main, un second Annibal pour sa haine « contre les Romains. «

Mécène.

.c C. Mecœnas , equestri sed splendido génère natus : vir,

Lib. I,c. i8. ' •■•

nbl rcs vigiliam exigeret, sanè exsonnns, providens , atque agendi sciens; shnul vero alicpiid ex negotio reniitti possct, otio ac mollitiis penè ultra feminani (luens.»

SCIENCr.S ET ARTS. 220

« Mécène descendait d'une famille de simples cheva- « liers, mais illustre et ancienne. S'il était besoin de « vigilance, on le voyait actif, toujours en mouvement, « pensant à tout, se refusant même le sommeil. Dès que « les affaires lui donnaient du relâche, plus mou pres- « que qu'une femme, il se livrait tout entier au plaisir « et aux charmes de l'oisiveté.»

Scipion Einilien.

« P. Scipio iEmilianus , vir avitis P. Africani paternisque Lib. i , c. i s L. Pauli virtutibus simillimus , omnibus belli ac toeae dotibus , ingeniique ac studiorum eminentissimus seculi sui : qui nihil in vita nisi laudandum aut fecit, aut dixit, ac sensit.,.. Tarn elegans liberalium studiorum omnisque ibid. c. i3. au!btor et admirator fuit, ut Polybium Pansetiumque, praecellentes ingenio viros, domi militiaeque secum habuerit. Neque enim quisquam hoc Scipione elegantiiis intervalla negotiorum otio dispunxit : semperque aut belli aut pacis serviit artibus : semper inter arma ac studia versatus, aut corpus periculis, aut animum disciplinis exercuit. »

« Scipion Emilien, également recommandable par « toutes les qualités qui peuvent illustrer la robe et « l'épée, faisait revivre en sa personne les vertus de « Scipion l'Africain, son aïeul, et de Paul Emile, son « père. Il était le premier homme de son siècle pour « l'esprit ei le goût des sciences. Actions, discours, « sentiments , on ne vit rien que de louable en lui pence dant tout le cours de sa vie.... Plein d'estime et d'ad- « miration pour les belles -lettres et pour les sciences, « oii il excellait lui-même, il avait toujours avec lui,

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