IV. Innocents plaisirs de Pline
Pline n'était point d'un caractère dur et austère; il
Lib. 5, avait au contraire beaucoup d'enjouement dans l'esprit,
eiust. o. ^j. prenait plaisir à s'égayer avec ses amis. Aliquando
video ^ jocor, ludo : utque omnia innoxiœ remissionis
gênera complectar , homo swn.
Il voyait volontiers ses amis à table, et donnait assez souvent des repas ou en recevait, mais dont la frugalité, la conversation ou la lecture faisaient le principal Lii). 3 , assaisonnement. « J'irai souper chez vous ' , dit-il à un
fwist. 12. ... p . 1 ' T ' 1
«ami, mais je veux laire mon inarcne. Je prétends « que le repas soit sans appareil et frugal , seulement é
« beaucoup d'entretiens à la manière de Socrate, et de « cela même point d'excès. »
Lij, ^ Il reproche à un autre de ne lui avoir pas tenu pa-
epist. I.-). rôle. « Vraiment, vous l'entendez. Vous me mettez en « dépense pour vous donner à souper, et vous me « manquez. Il y a bonne justice à Rome. Vous me le « paierez jusqu'à la dernière obole, et cela va plus loin « que vous ne pensez. J'avais préparé à chacun sa lai-
dium novam soeletatem : qnœ quum nunc paciscor, sit expedita,sltparea,
sint turpissima discreta ac separata-, sociaticis tantùm sermonibus abun-
turpiiis junguntur. >> det : iu his qnoqiie tencat modum. » ' « Veniam ad cœnani, sed jam
(c tue , trois escargots , deux œufs , un gâteau , du vin if miellé et de la neige. Nous avions des olives d'Es- « pagne, des courges, des échalotes, et mille autres «mets aussi délicats.... Mais vous avez mieux aimé, « chez je ne sais qui , des huîtres , des ventres de « truies farcis, des poissons rares. Je saurai vous en « punir. M
Il nous décrit lui - même , avec tout l'esprit et tout l'agrément possible, une de ses parties de chasse. Lih. i , « Vous allez rire , et je vous le permets ; riez-en tant «qu'il vous plaira. Ce Pline, que vous connaissez, a « pris trois sangliers , mais très - grands. Quoi ! lui- « même? dites -vous. Lui - même. N'allez pourtant pas « croire qu'il en ait coûté beaucoup à ma paresse. « J'étais assis près des toiles : je n'avais à coté de moi « ni épieu, ni dard, mais des tablettes et une plume: « je rêvais, j'écrivais, et je me préparais la consolation « de remporter mes feuilles pleines % si je m'en retour- « nais les mains vides. »
On voit par là que l'étude était sa passion dominante. Ce goût le suivait partout, à la table, à la chasse, à la promenade. Il y employait tout ce qui lui restait de temps, après que les devoirs publics étaient remplis : car il s'était fait une loi de donner toujours la préférence aux affaires sur les plaisirs, au solide sur l'agréable ^.
C'est ce qui le faisait soupirer avec tant d'ardeur L''' ^ > après la ret;j:'aite et le repos. « Ne m arrivera-t-il donc «jamais ^, s'écriait -il dans des moments d'accable-
' « Ut si manus vacuas , plenas ta- ut nécessitâtes voluptatibus, seriajumen ceras reportarem. » cutidis anteferrera.» (Lib. 8, e/^. ai.) ^
2 « Hune ordinem secutus suiu , ^ « Nunquàmne Los 'arctissiuios
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« ment, de rompre les nœuds qui m'attachent, puisque «je ne puis les délier? Non, je n'ose m'en flatter. Clia- « que jour nouveaux embarras viennent se joindre au\ « anciens : une affaire n'est pas encore finie qu'une « autre connnence. La chaîne que forment mes octcu- « pations ne fait que s'allonger et s'appesantir. » Lib. 4, En écrivant à un ami qui, dans un séjour délicieux,
epist. a . yg^jf (|g gQj^ loisir en homme sage, il ne peut s'empêcher de lui porter envie. « C'est ainsi, lui dit-il, que « doit passer sa vieillesse un homme non moins distin- « gué dans les fonctions de la magistrature que dans « le commandement des armées, et qui s'est tout dé- « voué au service de la république tant que l'honneur « l'a voulu. Nous devons à la patrie notre premier et « notre second âge; mais nous nous devons le dernier « à nous-mêmes ^. Les lois semblent nous le conseiller, « lorsqu'à soixante ans elles nous rendent au repos. « Quand aurai-je la liberté d'en jouir? quand l'âge me « permettra - 1 - il d'imiter une retraite si glorieuse? « quand la mienne ne pourra - t - elle plus être appelée « paresse, mais un honorable loisir? »
Il comptait ne vivre et ne respirer que quand il pouvait se dérober de la ville pour aller à quelqu'une de ses maisons de campagne, car il en avait plusieurs. L'agréable description qu'il en fait marque assez combien il s'y plaisait. Il y parle de ses vergers, de ses potagers, de ses jardins, de ses bâtiments, et surtout
laqueos,si solvere negatur, abruin- ' « Naru et prima vitae teinpora et pam? Nunquàm, puto. Nain veteri- média patriae, extrema nobis imperbus riegotlis nova accrescunt , nec tiri debemus , ut ipsae leges monent , tamen priera peraguntur : tôt nexi- quae majorem annis sexaginta otio bas, tôt quasi catenis majus in dies reddunt.» occupatioiAim agmeu extenditur. »
epi-)!. {).
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des endroits qui étaient comme l'ouvrage de ses mains, avec cette joie et cette complaisance que sent tout homme qui a bâti ou planté à la campagne. Il appelle ces endroits, ses délices, ses amours, ses véritables amours : ainores niei , rêvera cunores : ipse posai. Et lH). 2, ailleurs : prœterea indulsi amori meo ; amo enim quœ liI). L maximd ex parle ipse inchoavi, aut inchoala percolui. « Ai -je tort, dit -il à un de ses amis, de tant « chérir cette retraite, d'en faire mes délices, d'y de- « meurer si long - temps ? » Et dans une autre lettre : ce On ne trouve point ici de fâcheux, ni d'importuns; u tout y est calme, tout y est paisible; et comme la « bonté du climat y rend le ciel plus serein et l'air plus « pur, je m'y trouve aussi le corps plus sain et l'es- « prit plus libre. J'exerce l'un par la chasse , et l'autre « par l'étude. »