‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 101 sur 141 · P. VALÉRIUS. VI · texte numérisé non relu

P. VALÉRIUS. VI

Le siège de Vélitres, qui traînait en longueur, inquiétait peu , parce que le succès n'en était pas douteux. Une plus juste alarme survint tout d'un coup, et jeta Le* disputes un grand trouble dans la ville. On reçut des nouvelles ^^duc^iHT certaines que les Gaulois marchaient à grandes jour- oYuiIb.qu^ nées vers Rome avec une armée formidable , pour veii- *"«' vaincus

^ r par Camille.

eer la défaite de leurs compatriotes. Lh. lib. 6,

^ * ^ cap. 42.

La crainte d'un malheur semblable au premier sus- Plut

T 11- 11- I 1- r 15 • '° Camillo,

pendit toutes les haines, et le bien public tut 1 unique pag. i5o. objet des grands et du peuple. On n'hésita point. Camille, regardé dans les temps difficiles comme le génie tutélaire des Romains, fut élu dictateur pour la cinquième fois : il avait alors près de quatre-vingts ans. Cependant, voyant la nécessité et le grand danger de la republique, il n'allégua ni raison ni prétexte, mais il accepta cette charge sans balancer, et assembla son armée.

Comme il savait par expérience que la principale force des Gaulois consistait dans leurs épées , qu'ils maniaient à la manière des barbares , c'est-à-dire pesamment et sans adresse , et avec lesquelles ils abattaient têtes et épaules , il fit donner à la plupart de ses troupes des casques d'acier bien poli, afin que les épées se rompissent, ou qu'elles ne fissent que glisser dessus: il fit aussi border leurs boucliers d'une lame de fer , le bois sefll ne pouvant pas résister aux coups : enfin il leur enseigna à se servir de longues javelines , et à prévenir, en les glissant sous les épées des barbares, les coups qu'ils décliargeaient de haut en bas.

Déjà les Gaulois étaient sur le bord de la rivière d'Anio ( le Téveron ), avec une armée si chargée de butin , qu'à peine pouvait-elle marcher. Camille se mit en campagne à la tête de ses troupes, et alla camper sur une colline, dont la pente était fort douce, et qui avait plusieurs enfoncements; de sorte que la plus grande partie de son armée était cachée, et que l'autre paraissait s'être retirée de crainte sur les hauteurs. Pour confirmer même davantage les ennemis dans cette opinion, il ne se mit pas en devoir de repousser ceux qui venaient fourrager jusqu'au pied de la colline : mais il se tint renfermé dans son camp , oii il s'était retranché avec grand soin, jusqu'à ce que, voyant que la plus grande partie de leurs troupes était dispersée pour le fourrage, et que ceux qui étaient restés dans le camp, pleins de vin et de viandes, n'étaient guère en état de combattre, il envoya avant le jour son infanterie légère insulter les ennemis, et les empêcher de se mettre en bataille, en tombant sur eux à mesure qu'ils sortaient; et, à la pointe du jour, il fit descendre dans la

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plaine, et rangea en bataille ses troupes pesaninieiit armées, qui étaient fort nombreuses et pleines d'ardeur, contre l'attente des barbares, qui les croyaient en petii nombre et fort découragées.

Ce fut la première chose qui rabattit le courage et la fierté des Gaulois, de voir que les Romains osaient les attaquer les premiers. L'infanterie légère fondant siu' eux avant qu'ils pussent ni prendre leur poste, ni ranger leurs bataillons, les poussait vivement et les forçait de combattre en désordre comme ils se trouvaient. Cependant Camille, avec le gros de l'armée, les chargea vigoureusement. Les barbares marchèrent fièrement à sa rencontre l'épée haute ; mais les Romains les arrêtaient avec leurs javelines; et comme ils opposaient à leurs coups des corps tout couverts de fer, les épées des Gaulois se faussaient : car étant d'une trempe fort molle, et d'un fer peu battu, elles se pliaient et se courbaient très- facilement. D'ailleurs leurs boucliers percés et hérissés de javelines qui y demeuraient attachées et suspendues, étaient si pesants, que, ne pouvant plus les soutenir, ils abandonnaient leurs propres armes pour se jeter sur celles des ennemis, et pour leur arracher leurs javelines; et alors les Romains, les voyant découverts , se servaient avec succès de leurs épées. Ils taillèrent en pièces les premiers rangs; les autres prirent la fuite, et se dispersèrent dans la plaine, sans songer à se retirer dans leur camp, qu'ils n'avaient pas eu soin de retrancher, tant ils se croyaient sûrs de la victoire. L'honneur du triomnlie fut accordé au dictateur.

Cette bataille fut doimée vingt-trois ans après la prise de Rome, et on dit (ju'cUe commença à rassurer les

llomains contre les Gaulois, qui jusque-là leur avaient paru très-redoutables : car ils étaient persuadés que les premières victoires qu'ils avaient remportées sur eux n'étaient pas l'ouvrage de leur valeur, mais l'effet de quelques accidents imprévus, et surtout des maladies qui avaient affaibli l'armée de ces barbares. La crainte qu'ils en avaient était même si grande, que, dans la loi qui dispensait les prêtres d'aller à la guerre , celle contre les Gaulois était exceptée. Cicéron, en faisant remarquer combien, dès les commencements de l'empire, la Gaule a toujours paru aux personnes sensées formidable pour Rome % ajoute que ce n'est point sans une protection particulière des dieux que la nature a placé les Alpes au-devant de l'Italie, comme pour lui servir de barrière et de retrancbement. Car, dit-il, si cette entrée avait été ouverte aux troupes sans nombre d'une nation aussi fière que celle des Gaulois, Rome n'aurait jamais pu devenir le siège et la capitale du plus grand empire de l'univers.

La victoire sur les Gaulois fut le dernier exploit militaire de Camille ; la prise de Yélitres ne fut que la suite de cette expédition, et cette ville se rendit même sans combattre. Mais il eut un terrible assaut à soutenir dans Rome même.

Les tribuns ne comptaient pour rien la victoire qu'on venait de remporter sur les ennemis de l'état, si euxmêmes n'en rejnportaieiit une sur ceux qu'ils regar-

' « Nen>o sapientM- de icp. nos- Nani, si illfi aditus Galloiiim iiiinia-

frâ cogilavit jam iiidè a piinuipio iiitali iniiltitudinifiue patuissel , niiii-

liujus imperii, quii» Oalliaiii iiiaxiiuù qiiaiii ha'C urbs siinimo jiuperio (lo-

tiiiifndaiu liuic inipt-iio putaret. . . iDicilluiuac sedeiu prx'huisset."(Cic.

Alpihiis Italiain nmnieiat antè lia- orat. de Prov. Consul, n. 33, 34.) lura non sine aliquo divino r.iiiuiue.

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tlaieut comnu' leurs ennemis domestiques , c'est-à-dire dmiiic dio-

/ A '11 tateur tfr-

sur les patriciens. Le sénat, pour être en état de leur te- miue les dis-

putes. Le

nir tête, engagea Camille à ne se point démettre encore „.uat cèd

lu peuple , et conseut

de la dictature, espérant qu'à l'aide de cette suprême autorité il combattrait avec plus de succès contre les tri- J"^";^ *!fjit buns. La grande place de Rome était le champ de ba- tiréd^cntre taille où les deux ordres de l'état, comme deux armées plébéiens.

, . ^ Liv. lil). 6 ,

rangées de part et d'autre sous leurs chefs, étaient près c^a. de décider la plus importante affaire qui se fiit traitée jusque-là dans l'assemblée du peuple romain. Les tribuns, déterminés à vaincre ou à périr, proposent d'un air intrépide et triomphant leur loi, et appellent les tribus pour porter leur suffrage. Camille, environné de tout le sénat, s'oppose à la délibération, et veut emj)êcher qu'on n'aille aux voix. On espérait que l'autorité personnelle de Camille et celle de sa charge mettraient la multitude à la raison. Mais la dictature, mise trop souvent en usage, avait beaucoup perdu de ce crédit qu'elle s'était concilié au commencement par la singularité de la charge, et par le caractère souverain qui y était attaché. Sextius et Licinius ne respectaient plus ni les lois, ni la première dignité delà république. Il s'élève dans toute la place un bruit et un tumulte horrible, qui semblait annoncer un combat prochain et une action sanglante. En effet, l'affaire paraissait ne pouvoir se terminer autrement, si le dictateur avait été aussi emporté et aussi violent que les tribuns. Il sort de sa place , sans pourtant se démettre de sa charge , et, prenant avec lui les sénateurs, il marche vers le Capitole. Là, il prie les dieux de calmer uu si grand désordre, et tl'cu écarter les suites funestes. Il fait v<ru

de bâtir un temple à la Concorde dès que les troubles I seront apaisés.

Quand on vint à délibérer dans le sénat, la contrariété des sentiments excita de grandes contestations : mais enfin l'avis le plus doux et le plus sage l'emporta. On prit le parti de céder au peuple , et de lui permettre de clioisir l'un des consuls dans son corps. Dès que le dictateur eut prononcé cet arrêt en pleine assem- ' blée, le peuple en eut tant de joie, qu'il se réconcilia sur l'heure même avec le sénat , et accompagna Camille jusque dans sa maison , avec de grandes acclamations et de grands applaudissements. On compte cent quarante-cinq ans depuis l'institution du consulat jusqu'à cette loi qui y admettait les plébéiens.

Le lendemain on s'assembla, et l'on ordonna que, pour accomplir le vœu de Camille , et pour conserver la mémoire de cette heureuse réunion, on bâtirait le tenqjle de la Concorde dans un lieu qui regardait sur la place et sur le Comice : qu'on ajouterait un jour aux fériés latines , qui désormais dureraient quatre jours; que, sans perdre un moment, on irait offrir des sacrifices dans tous les temples, et que ce jour-là tous les Romains sans exception seraient couronnés de chapeaux de fleurs.

Camille tint ensuite les comices consulaires, et l'on nomma pour consuls L. ^Emilius du coté des patriciens, et L. Sextius de l'ordre du peuple.

Ainsi furent terminées les disputes les plus vives et les plus animées ([ue nous ayons vues jusqu'ici entre le sénat et le peuple. Il faut avouer que, si la république eût eu un dictateur aussi emporté et aussi opiniatrenient allaclié à sou seuliment (jue Tétaient les deux

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tribuns du peuple, il aurait fallu en venir aux mains, s'entr'égorger les uns les autres, et éteindre les disputes dans le sang des eitoyens. La sagesse du sénat prévint une si funeste extrémité. C'est un honneur de céder dans de pareilles conjonctures : la gloire est pour le vaincu, et la honte pour le vainqueur.

Quel dommage que le peuple romain ne fût point éclairé des lumières de la vraie religion! mais, au milieu de ses ténèbres, quels reproches ne nous fait-il point! Lorsque Camille voit tout désespéré de la part des honuiies, il a recours à ses dieux, et attend tout de leur secours. Lorsque la paix est rétablie, le premier soin du peuple entier est de courir aux temples pour en marquer à ces mêmes dieux sa vive reconnaissance.

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