C. FABIUS. An. R
Av.J.C.3-;5.
c. PLAUTIUS.
Une nouvelle attaque de la part des Gaulois oblige Liv.iib. 7, les Romains de se remettra en campagne. Ces peuples étaient fort acharnés contre Rome. Outre l'espérance du butin, ils cherchaient à venger les défaites de leurs compatriotes. D'ailleurs les peuples voisins et ennemis de Rome, quelque incommodes que fussent ces hôtes, les retenaient chez eux le plus long-temps qu'ils pouvaient, dans l'espérance de détruire, s'ils pouvaient, ou d'humilier au moins la puissance romaine. Au mi- Alliance
11 1 I T» • f i 1 renouvelée
leu de ces alarmes , les Romams turent beaucoup con- avec
soles par le secours qu'ils reçurent des Latins, avec '" Latms.
qui ils venaient de renouveler l'ancien traité, qui avait
été long-temps suspendu et sans exécution. Après avoir
choisi pour dictateur Sulpicius, ils marchèrent contre
les Gaulois. De part et d'autre les troupes brûlaient Nouvelle
d'envie d'en venir aux mains. Le dictateur^, qui était ^'^f»".« '!«''
' 1 Gaulois par
sage et expérimenté, ne se livra point à cette ardeur lefiiotateur inquiète et empressée. Il ne crut pas devoir hâter sans nécessité le combat contre un ennemi dont les troupes dépérissaient chaque jour dans un pays étranger , où
» « Diclatori uculiqiiam place- (jucui tempus deterioreui in (lies et bat , quaiidô nulla cogérer res , fortii- locu.s .il!enii.s faceret, sine praeparanae se cominittere adversùs hosteni, tocommeatu, sine Urino munimento
il n'avait fait aucun amas de vivres , ni aucun retranchement, et qui d'ailleurs, soit pour les forces du corps, soit pour le courage, n'avait qu'un premier feu et une vivacité momentanée , qui s'amortissait et s'éteignait pour peu qu'on la laissât refroidir par le délai. Pour ces raisons, le dictateur traînait la guerre en longueur, et avait défendu sous de grosses peines de combattre sans ordre. Les soldats , souffrant avec peine cette défense , s'en plaignaient entre eux dans les corpsde-garde , parlant fort mal du dictateur, et s'en prenant quelquefois au sénat entier, sur ce qu'il n'avait point confié le soin de cette guerre aux consuls. Ils disaient d'un ton railleur, « qu'on avait choisi un excellent gé- « néral , un chef d'un mérite unique , qui se flattait que « la victoire lui tomberait du ciel dans les mains sans « qu'il se donnât aucune peine ». Ils tenaient ensuite les mêmes discours ouvertement , et allaient encore plus loin , en déclarant « qu'ils combattraient sans « l'ordre du dictateur, ou qu'ils retourneraient tous « ensemble à Rome». Les centurions se joignaient aux soldats ; et ce n'était plus seulement par pelotons qu'ils s'entretenaient de la sorte, mais, s'attroupant en foule autour de la tente du général, ils demandaient à haute voix qu'on les menât au dictateur, et que ce fût Sex. Tullius qui portât la parole pour eux.
C'était un des plus braves officiers de l'armée, qui était alors, pour la septième fois % le premier capitaine
nidnentcm ; ;id hoc iis ;iriiiuis corpo- gions cl leurs officiers étaient licenribusque, quorum oiiiiiis in iinpctu clés tous les ans à la fin de la campavis esset, parvà eadeni lanf^ucsceret g"e; et l'année suivante, on faisait morâ. » ( Liv. ) une nouvelle levée de troupes, et ' Alors , chez les Romains, les lé- une nouvelle création d'officiers.
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d'une légion ' , et qui s'était distingué par mille belles actions. 11 ne put pas se refuser à l'empressement des troupes, et s'avança avec elles justpi'au tribunal de Sulpicius, qui fut fort surpris de voir arriver une si grande multitude de soldats, et encore plus de voir à leur tcle un officier qui ne s'était pas moins distiiiî^ué jusque-là par sa soumission et son obéissance que par son courage. «Toute l'armée, dit Sextus Tullius en « s'adressant au dictateur, croyant que vous la condam- « nez de lâcheté, et que , pour l'en punir, vous la tenez « en quelque sorte désarmée ^ , m'a prié de venir plai- « der sa cause devant vous. Certainement, quand on « pourrait nous reprocher d'avoir mal fait notre devoir « en quelque occasion , d'avoir fui devant l'ennemi , « d'avoir honteusement abandonné nos drapeaux , je « croirais pourtant avoir lieu de vous demander, par « grâce, que vous nous permissiez de réparer notre « faute , et d'en effacer la honte par quelque action glo- « rieuse. Les mêmes légions qui avaient été mises en « déroute près d'Allia ont recouvré peu après, par leur « courage, Rome et leur patrie, qu'elles avaient perdue « par leur consternation précipitée. Pour nous, grâce « à la protection des dieux, aussi-bien qu'à votre bon- « heur et à celui du peuple romain , l'état de nos affaires « et notre gloire sont encore dans leur entier : quoique « pourtant à peine osé -je dire que notre gloire n'a point « reçu de flétrissure , pendant que les ennemis , nous « voyant renfermés comme des femmes dans noire
' « Septimùin prinnim piluiu du- soldats, à qui, lorsqu'ils avaient
cebat. » inanqiic à leur devoir, on ôtait les
' tl fait allusion à un genre de armes, punition usité alors par rapport aux
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« camp , nous accablent de mille reproches outrageants « et, ce qui nous est infiniment plus sensible, pendant « que vous, notre général, vous regardez votre armée «comme n'ayant ni courage, ni armes, ni bras, et (c qu'avant de nous avoir mis à l'épreuve , vous désespé- « rez entièrement de nous , comme si vous n'aviez pour « soldats que des hommes qui ne sussent faire usage « ni de leurs mains , ni de leurs épées. Pour quelle au- . « tre raison en effet pouvons -nous croire qu'un géné- « rai ancien dans le métier, et brave comme vous l'êtes , te demeure ici , comme on dit ordinairement , les bras « croisés et sans rien faire? Car, quoi qu'il en soit, il « est bien plus vraisemblable et plus raisonnable que « ce soit vous qui ayez douté de notre courage que nous « du vôtre. Mais si le plan que vous suivez ne vient pas « de vous , et vous est suggéré ; si ce n'est pas la guerre « contre les Gaulois , mais un complot et une sorte de « conspiration des sénateurs qui nous tient éloignés de « la ville et de nos dieux pénates, je vous prie de re- « garder ce que je vais prendre la liberté de vous dire « comme le discours , non des soldats à leur général , « mais du peuple aux sénateurs , qui a ses intérêts à « soutenir comme vous les vôtres. Qui peut trouver « mauvais en effet que nous nous regardions comme « des soldats, non comme vos esclaves; comme envoyés « à la guerre, non comme relégués en exil; que nous de- <( mandions qu'on nous donne le signal pour combattre « comme il convient à des hommes de courage et à des «Romains, sinon ({u'on nous laisse jouir du reposa « Rome plutôt que dans le camp? Voilà comme nous « parlerions aux sénateurs. Mais ici, soldats soumis, « nous vous adressons nos prières comme à notre gé-
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« néral , vous demandant de nous donner la permission « de combattre. Nous souhaitons vaincre, mais vaincre a sous vos ordres , vous déférer le glorieux laurier de « la victoire, entrer triomphants avec vous dans Rome, « et vous suivre au Capitole, pleins de gloire et de joie, « pour y rendre au grand Jupiter de solennelles actions « de grâces. » Le discours de TuIIius fut suivi des prières de toute la multitude qui environnait le tribunal du dictateur, et tous demandaient qu'on donnât le signal et qu'on leur permît de prendre les armes.
Quoique le dictateur vît bien que cette demande , bonne en elle-même, pouvait avoir des suites fâcheuses, il promit de faire ce qu'on souhaitait de lui; et ayant tiré à part Tullius, il lui témoigna sa surprise sur la commission dont il s'était chargé. Tullius commença par le prier a de lui faire la justice de croire « que , s'il en avait usé ainsi , ce n'était ni par mépris « de la discipline militaire, ni par oubli de son état, « et de l'obéissance qu'un officier comme lui devait à « son général : qu'il n'avait pas refusé son ministère à « la multitude animée, laquelle pour l'ordinaire suit « l'impression de ses chefs , de peur qu'elle n'en prît (c quelque autre, tel qu'elle a coutume de les choisir « dans ces sortes d'émeutes. Que, pour lui, il serait « toujours soumis à ses ordres : mais que le dictateur « ne devait pas croire qu'il lui fût facile de demeurer « maître des mouvements de l'armée; et que la chose « demandait qu'il y pensât sérieusement : que, dans « l'emportement et la chaleur que montraient les sol- « dats, tout délai était dangereux; et qu'ils pourraient « bien trouver eux-mêmes le lieu et le temps de la ba- « taille, si le général refusait de le leur accorder ».