Q. SERVILIUS
La conspiration ne put être tenue si secrète, que les premiers magistrats n'en eussent connaissance. Le département de la Campanie était échu par le sort à Mar- Lacoiispiia- ciiis. C'était uu homme de tête et d'expérience. Il était
tion (tant découverte , les soldats se » « Jaiu tuiii minime saluhris mi- tum aniiuos avertit a memoria pa-
revoltcnt ijt;,,.; disciplina! Capua, instrumente) friœ. " foutre la re- . , , ,. . ...
omnium voluptatum delimtos mih-
HISTOIRE ROMAINF. J.l )
consul pour la quatrième fois , et avait été dictateur et puMiqnc
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censeur. Ayant appris, a son arrivée, tous les projets ri..s ccvus , qui s'étaient formés, il crut devoir travailler à les dis- 'Iplitr' siper par adresse et sans éclat. Le premier moyen qu'il ^'^ •*<^<i't'""employa fut de répandre le bruit que les soldats demeureraient encore l'année suivante en quartier d'iiiver dans les mêmes villes : car ils étaient dispersés en différents cantons; mais tous étaient entrés dans le complot et agissaient de concert. Par là, il leur laissait croire ([u'ils auraient tout le temps de faire éclore leur dessein quand ils le jugeraient à propos, et il en retardait sagement l'exécution. En effet, la conspiration ne fut plus poussée avec tant de vivacité, et le feu s'en amortit pour le présent.
Quand le consul eut mis ses troupes en campagne, il s'appliqua, pendant que les Samnites le laissaient en repos , à disperser de côté et d'autre les principaux chefs du complot sous différents prétextes. Il renvoya des compagnies entières qui lui étaient suspectes, et leur permit de retourner à Rome, comme par condescendance, et pour leur procurer le plaisir de revoir leur famille. D'abord les conjurés n'eurent aucun soupçon , et profitaient même avec joie de findulgence de leur général; mais ensuite, combinant plusieurs circonstances ensemble, ils furent frappés surtout du grand nombre de ceux à qui l'on accordait si facilement des congés , dont la plupart étaient les plus déclarés pour le complot; et approfondissant par de sérieuses réflexions la contluite du consul, ils y soupçonnèrent du mystère. Alors la frayeur les saisit. Us appréhendèrent de devenir les victimes de la vengeance inexorable du
sénat , et résolurent de prendre des mesures pour s'en
garantir.
Une cohorte, c'est-à-dire un corps d'environ cinq cents hommes, au heu d'aller jusqu'à Rome, s'arrêta dans un passage étroit pour recevoir ceux que le consul hcenciait de jour à autre ^ Bientôt il se forma en cet endroit un corps nomhreux de troupes, auquel il ne manquait plus qu'un chef. Il leur fallait un homme de nom, et ils n'en avaient point parmi eux; on ne pouvait penser à en faire venir un de Rome. Qui des patriciens ou des pléhéiens voudrait accepter une commission si hasardeuse? Dans l'extrême emharras où ils se trouvaient, ils apprennent que dans une maison de campagne assez voisine était actuellement un illustre patricien nommé T. Qiiinf.ius, qui s'était autrefois distingué dans la guerre, mais que seshlessures avaient ohligé de quitter le service, et qui passait tranquillement sa vie à la campagne sans inquiétude et sans ambition. Ils ne se flattaient pas de pouvoir engager un homme d'un tel caractère à accepter volontairement leur offre. Ils allèrent pendant la nuit se rendre maîtres de sa personne, et, lur ayant déclaré qu'il fallait, ou qu'il acceptât le commandement, ou qu'il se résolût à mourir, ils le forcèrent à se mettre à leur tête; ensuite de quoiils marchèrent vers Rome.
Ils en étaient à huit milles (moins de trois lieues), loisipi'ils ap|)rirent qu'une armée venait à leur rencontre sous les ordres de M. Valérius Corvus, que l'on avait fait dictateur sur le bruit de cette émeute, et qui , l'année précédente, en qualité de consul, avait coni-
" A Lautule, ville entre la mer et les montagnes. ^
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mandé ces mêmes troupes, aujourd'Iiiii séditieuses et révoltées. Dès qu'ils furent en présence de l'autre armée, et qu'ils y reconnurent les armes et les aigles romaines, cette vue les attendrit, et l'amour de la patrie, se réveillant dans leur cœur, calma tout d'un coup leur furie. Ils n'avaient point encore ce courage barbare de verser le sang de leurs concitoyens ' ; ils ne connaissaient de guerre que contre l'étranger, et le dernier excès d'emportement était pour eux de se séparer et de rompre commerce pour un temps avec leur patrie. Ainsi et les cliefs et les soldats, de part et d'autre, ne cliercliaient qu'à se rapproclier nmtuellement. I^es deux généraux eurent une entrevue à la tête de leurs armées, Vun et l'autre dans des dispositions bien pacifiques, Quintius, las de porter les armes, même pour sa patrie, était bien éloigné de vouloir s'en servir contre elle. Corvus aimait tendrement tous ses citoyens, et en particulier les gens de guerre, mais surtout ses anciens soldats.
Dès que Corvus parut, et qu'on l'eut reconnu, les troupes mutines ne lui témoignèrent pas moins de respect que les autres lui prêtèrent de silence. «Soklats, «dit Corvus, en partant de Rome j'ai demandé aux ce dieux immortels, aux dieux de la patrie, (jui sont les «vôtres comme les miens, (ju'ils me fissent remporter «d'ici la gloire, non de vous avoir vaincus, mais de « vous avoir ramenés à la concorde. J'ai eu , et j'aurai « encore assez d'occasions d'acquérir de la gloire par « des exploits guerriers : ici , je ne prétends eberclier « que la paix. Ce que j'ai demandé aux dieux dans les « prières que je leur ai adressées, vous pouvez, soldats,
' "Nondiim erant tam fortes ad na novfiant hella, iiltiinaque rabies sanguineiiicivik'u, necpra'teiextci- secessio ab suis Labebatur. >• (Liv.)
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« ine le faire obtenir, si vous voulez bien vous souve- ,. « nir que vous n'êtes point campés dans le pays des « Samnites et des Volsques, mais dans le territoire de , « Rome : que ces collines que vous voyez appartiennent \ « à votre patrie : que cette armée qui est devant vous j « est composée de vos citoyens : enfin que je suis votre î (c consul , sous la conduite duquel vous avez , l'année (( dernière , mis deux fois en fuite les légions des Sam- « nites, et deux fois pris leur camp. Oui, soldats, je | « suis M. Valérius Corvus , qui n'ai usé des avantages « d'une illustre naissance que pour vous combler de «bienfaits, et jamais pour vous faire souffrir aucun « mauvais traitement; qui ne suis l'auteur d'aucune loi « rigoureuse, d'aucun arrêt du sénat dont vous puissiez «vous plaindre; qui, dans tous les commandements « que j'ai eus , ai toujours été plus sévère pour moi- « même que pour vous. Si la naissance , si le courage , «si l'éclat des cbarges, out pu inspirer à quelqu'un « des sentiments de liauteur, j'étais d'une famille, j'avais « donné des preuves de bravoure, et j'étais arrivé à la « première dignité de l'état dans un âge où je pouvais , «devenu consul à vingt- trois ans, me faire craindre, « non-seulement du peuple, mais du sénat même. Pen- « dant ce premier consulat, ai-je agi , ai-je parlé autre- j « ment que lorsque j'étais simple tribun de légion? J'ai « gardé la même modération dans les deux consulats « qui ont suivi , et je suis bien résolu de la garder en- « core dans la dictature, cette cbarge inqx'rieuse dont «ou vient de me revêtir, et de ne pas montrer plus « de douceur à ces soldats, qui sont les miens et ceux f «de la patrie, qu'à vous qui en êtes, j'ai horreur de « le dire, les ennemis. Vous tirerez donc l'épée contre
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« moi avant que je la tire contre vous : s'il faut coin- « battre, c'est de votre coté que la trompette sonnera u la charge, et que commencera le cri de bataille et « l'attaque.» Après quelques autres réflexions, il adressa la parole au général des révoltés. «T. Quintius, dit-il, a de quelque manière que vous vous trouviez ici , soit « de gré, soit de force, s'il en faut venir aux mains, re- « tirez-vous aux derniers rangs. U vous sera même plus « honorable de fuir devant vos citoyens ({ue de com- « battre contre la patrie. Maintenant qu'il s'agit di; « négocier la paix, il vous convient de paraître aux pre- « miers rangs, et de vous rendre le médiateur de la «réunion. Pour vous, soldats, proposez-nous des con- « ditions équitables : quoique, après tout, il nous est « plus avantageux de subir une loi , même injuste, que M de souiller nos mains d'un sang qui nous doit être « sacré. »
Quintius, baigné de larmes, parla à peu près dans le même sens à ses trou|)es. «Soldats, leur dit-il, si je «puis vous être de quelque usage, c'est aussi plutôt « pour la paix que pour la guerre. Ce n'est point un « Volsque ni un Samnite qui vient de vous parler; c'est « un Romain, c'est votre consul, votre général. Vous « avez éprouvé combien il a été heureux pour vous de « l'avoir pour chef : ne vous mettez pas dans le cas « d'éprouver combien il vous serait funeste de l'avoir « pour ennemi. Le sénat pouvait donner la commission « démarcher contre vous à des généraux qui se seraient « portés plus volontiers à de fâcheuses extrémités; il a «choisi celui (|ui pouvait avoir le plus d'inclination à « vous ménager comme ses soldats, et en qui vous pou- « viez prendre le plus de confiance coiume en votre
« général. Ceux qui sont en état de vaincre souhaitent a la paix : combien plus la devons-nous désirer! Lais- « sant à part la colère et l'espérance, trompeurs et perte nicieux conseillers, nous ferons bien plus sagement « de nous abandonner sans réserve à une bonté et à une « fidélité qui nous sont connues. »
Cet avis étant généralement approuvé, Quintius retourna vers le dictateur, lui déclara que les troupes remettaient leurs intérêts entre ses mains , et le pria instamment de vouloir bien se rendre leur avocat et leur défenseur auprès du sénat et du peuple romain. Il ajouta ((que, pour ce qui le regardait lui-même, il (( n'avait aucune précaution à prendre : qu'il ne comp- (( tait que sur son innocence ; mais que , par rapport (( aux soldats, il fallait faire en leur faveur ce qui avait (( été autrefois pratiqué pour le peuple lors de sa retraite (( sur le mont Sacré, puis pour les légions du temps (( des décemvirs , et ordonner que ce qui venait d'ar- (( river ne serait point imputé à crime aux soldats , et (( qu'ils n'en seraient jamais recherchés ».
Le dictateur, après avoir loué Quintius comme il le méritait, et donné bonne espérance aux autres, retourna promptement à Rome. Il n'eut pas de peine à obtenir la grâce des coupables : leur grand nombre rendait l'inqjunité presque nécessaire. Ayant assemblé le peuple, il proposa, avec l'agrément du sénat, et fit rendre ])ar l'assemblée un décret portant que personne ne pourrait être incjuiété pour s'être séparé de l'armée et avoir formé un parti. Il demanda même en grâce aux citoyens que jamais personne , soit en plaisantant, ou sérieusement, n'en fit des reproches a aucun d'eux.
On porta en même temps une loi militaire qui défen-
dait d'effacer le nom d'un soldat de dessus le rôle, à moins que ce ne fût de son consentement. Cette même loi déclarait que quiconque aurait été tribun dans une légion ne pourrait plus être centurion. Les conjurés demandèrent cet article à l'occasion de P. Salonius , qui était presque toujours alternativement une année tribun, et la suivante premier centurion, aj)pclé depuis primipile. Les soldats lui en voulaient, parce qu'il s'était toujours opposé à leur complot, et que, pour n'y point prendre part , il s'était retiré de Lautule. Voyant que le sénat, par considération pour lui, rejetait cet article , Salonius lui-même le pria de passer outre pour le bien de la paix : ce qui lui fut accordé.
Une autre demande des mêmes soldats, non moins violente, fut de dimimicr la paie des cavaliers, qui était le triple de celle de l'infanterie. Ils étaient mécontents des cavaliers, parce qu'ils s'étaient toujours opposés <à leur conjuration.
Tite-Live parle encore de plusieurs lois qu'ils obtinrent, mais il n'assure rien; et l'on peut même douter de celles dont nous venons de faire mention. Il serait, en effet , bien étonnant que ces soldats , qui devaient se tenir fort heureux qu'on leur pardonnât leur rébellion, eussent été assez insolents pour demander qu'on punît ceux de leurs camarades qui s'y étaient opposés , et le sénat, assez faible pour le leur accorder; autrement il faudrait supposer que l'armée des rebelles était très-nombreuse et très-formidahle.
La sédition dont il s'agit ici est la première où des troupes romaines aient marché en armes coutre leur patrie. Mais il me semble, en considérant la manière prompte et facile dont elle est apaisée, sans qu'il en