Tome Xir. Ifist. Rom
53o HISTOIRE ROMAINE.
coûte une seule goutte de sang , qu'on doit moins la regarder comme une révolte formée de sang - froid et avec réflexion , que comme vm mouvement subit et passager de frénésie presque involontaire, qui entraîne ces soldats sans qu'ils sachent ce qu'ils font, et qui, loin d'éteiriclre dans leur cœur l'amour de la patrie, montre combien il y était profondément gravé, puis(|u'à la première remontrance du dictateur, il se réveille tout à coup et reprend ses premières forces. Les Romains n'étaient point encore susceptibles de ces excès monstrueux où porte la guerre civile : noiidum erant lam fortes ad sangiUneni civilem. Cette fureur, cette barbarie était réservée pour les derniers et malheureux temps de la république , où l'on verra les armées romaines marcher ', enseignes déployées, les unes contre les autres, et Rome nager dans le sang de ses citoyens.
Au reste, on ne peut trop admirer l'adresse et la prudence avec laquelle toute cette affaire est conduite , soit par le consul, soit par le dictateur. Je ne sais si l'on peut trouver un discours plus éloquent, plus touchant, plus persuasif que celui de Valérius Corvus à ces troupes mutinées. C'est un grand talent et une science bien nécessaire à ceux qui sont chargés du gouvernement de connaître bien le cœur humain, de savoir manier les esprits, et de les amener par des voies douces et insinuantes au point où l'on veut les conduire.
' Infestis obvia signis
Signa, |)nrp.s aqiiilas, et pila miiiantia pili.s.
(I.iîrAN.)
HISTOIIU-: JIOMAINF. C}'^ \