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plein de colère, disant hautement que le maître de la cavalej^ie aurait vaincu bien moins les ennemis que la majesté de la dictature et la discipline militaire, si sa désobéissance demeurait impunie. Il part dans le moment, faisant contre le maître de la cavalerie les plus terribles menaces; mais , quelque diligence qu'il fit , il fut prévenu par des amis fle Fabius, qui accoururent de la ville pour l'avertir que le dictateur arrivait, résolu d'user de la dernière sévérité , et n'ouvrant la bouche que pour louer la rigueur de Manlius à l'égard de son fds.
Fabius , sur la prenn'ère nouvelle de l'arrivée prochaine du dictateur, assembla promptement les soldats, « les conjurant de faire voir que, s'ils avaient eu du « courage pour défendre la république contre deredou- « tables ennemis, ils n'en avaient pas moins pour sauce ver de la cruauté tvrannique du dictateur celui sous « la conduite duquel ils avaient remporté cette glo- « rieuse victoire». Il voulut leur faire passer l'indignation de Papirius pour un effet de jalousie. « Il vient , « disait-il , possédé d'une basse et maligne envie contre « le bonheur et la vertu qu'il voit à regret dans un autre ; « il est au désespoir que la républicpie ait eu quelque « avantage en son absence; iLaimerait mieux, s'il lui « était possible de changer le passé, transporter la 'j. victoire aux Samnites, que de la voir du côté des Ro- « mains. » Après quelques autres réflexions dans le même goût, il ajoute, pour intéresser toute l'armée dans sa querelle, «qu'en sa persoime ils sont eux-mêmes « attaqués: que le dictateur n'eu veut pas moins aux « officiers, et même aux soldats, (ju'au maître de la ca- « Valérie : (|u'il est la première victime que Papirjus
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« veut immoler à sa vengeance; mais que c'est pour « exercer ensuite plus librement les mêmes rigueurs « sur tous les atitres : (ju'il remet sa fortune , sa vie et « son honneur entre leurs mains ». Tous lui promettent de le défendre au péril de leur vie.
Cependant le dictateur arrive, et sur-le-champ con- Lodictaicr, voque l'assemblée. Il fait citer Fabius, et lui demande, cite Fahm's eu premier lieu, s'il n'est pas vrai qu'il lui a défendu lii^ c't'^v,"'.t de combattre : en second lieu , s'il n'a pas néanmoins '® ^^""^
' i mourir.
livré la bataille. Il lui ordonne de répondre nettement à ces deux questions. Fabius aurait été bien embarrassé à le faire; aussi il se jeta à l'écart. Tantôt il se plaint d'avoir, dans le même homme, son accusateur et son juge ; tantôt il s'écrie à haute voix qu'on peut bien lui ôter la vie, mais qu'on ne peut lui enlever l'honneur d'une illustre victoire; il mêle la justification aux reproches : mais ces discours vagues , et en même temps offensants , ne font qu'aigrir la colère du dictateur , qui ordonne aux licteurs de saisir le maître de la cavalerie. Fabius , en ce moment , appelle tous les soldats à son secours; et, s'étant débarrassé des mains des licteurs, il va chercher un asile dans le milieu de l'armée, qui le reçoit et l'environne. C'était un tumulte affreux dans le camp. Ici l'on entendait des prières, là des menaces. Ceux qui étaient près du dictateur, craignant d'être reconnus, comme ils le pouvaient être aisément, se contentaient de le conjurer de pardonner au maître de la cavalerie, et de ne pas condamner avec lui toute l'armée; mais ceux qui étaient à l'extrémité de l'assemblée , et la troupe qui entourait Fabius, faisaient hautement des invectives hardies contre la cruauté inflexible du dictateur. Enfin les lieutenants de Papirius,
(|Lii étaient autour de lui, le priaient « de remettre au « lendemain la décision de cette affaire, et de prendre « du temps pour y penser sérieusement et de sangce froid ». Us lui représentaient « que la faute du maître « de la cavalerie, qui venait plutôt de jeunesse que de « mauvaise volonté, avait été assez punie, et sa victoire « assez déshonorée)). Us le conjuraient « de ne pas pous- « ser les choses à l'extrémité, et de ne pas flétrir par « l'ignominie du supplice un jeune homme du plus rare « mérite, son père recommandable par tant d'endroits, « et toute l'illustre maison des Fabius ».
Voyant que ces motifs ne le touchaient point, ils le prièrent « de jeter les yeux sur cette multitude toute « prête à se révolter , lui faisant entendre qu'il ne con- « venait ni à son âge, ni à sa prudence, d'augmenter K le feu dans les esprits déjà trop échauffés , et de douce ner matière à une sédition qui était sur le point d'éc< dater ». Ils ajoutaient « que personne ne s'en prendrait « à Fabius, qui voulait éviter le supplice dont on le «menaçait, mais au dictateur, si, aveuglé par sa co- « 1ère, il irritait contre lui la multitude en s'opiniâtrant « à ne lui rien relâcher: qu'enfin, de peur qu'il ne pence sât que ce fût la complaisance pour Fabius qui les ce fit parier, ils étaient prêts à affirmer avec serment ce qu'ils croyaient qu'il n'était pas du bien de la répucc bliqueque, dans la conjoncture présente, il punît par ce le supplice la faute de Fabius ».
Ces remontrances irritaient plutek Papirius contre ses lieutenants, qu'elles ne le disposaient à se laisser ll('>(liir à l'égard du maître de la cavalerie. 11 huir commande de s'éloigner de son tribunal; il ordonne qu'on lui |)rctc silence; mais le bruit horrible ({ui se faisait
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empêche qu'on ne puisse ni l'entendre lui-même, ni entendre la voix des huissiers : enfin la nuit, comme il arrive queKiuel'ois dans les hatailles, sépara les combattants.
I.e maître de la cavalerie était ajourné au lendemain, pahius se Mais , par le conseil de ses amis , qui lui représentaient R^iJIffil. que la colère de Papirius, aij^rie par la contradiction, d'^'^teur ly n'en serait que plus violente, il s'enfuit à Rome pendant la nuit; et, de l'avis de son père, qui avait été trois fois consul et dictateur, il assemble le sénat. Pendant qu'il y déclamait contre la rigueur et l'injustice de son général, on entend tout d'un coup à la porte le bruit des licteurs qui faisaient écarter la foule. C'était le dictateur, qui ayant appris la retraite du maître de la cavalerie, l'avait suivi de près,
La querelle recommence, et Papirius ordonne à ses licteurs de saisir Fabius. En vain les premiers des sénateurs et le sénat entier lui demandent grâce. Toujours inflexible, il persiste dans sa résolution. Alors M. Fabius, père du maître de la cavalerie, eut recours à la dernière ressource qui lui restait, et adressant la parole au dictateur : a Puisque, dit-il, rien n'est capable « de vous toucher ni l'autotité du sénat, ni la vieillesse « d'un père infortuné que vous voulez priver de son «unique consolation, ni le mérite de la noblesse d'un « maître de la cavalerie nommé par vous-même, ni ence fin les prières, qui fléchissent souvent des ennemis i< opiiiiâlros et qui désarment la colère des dieux, je « me mets sous la protection des tribuns, et j'appelle « au peuple. Vous résistez et au jugement de l'ar- « mée et au jugement du sénat. Je vous donne donc « pour juge le peuple, qui certainement a plus de pou-
« voir que vous n'en avez par votre dictature. Voyons K( si vous céderez à l'appel auquel s'est soumis Tullus « Hostilius , roi de Rome. »
En consé(|uence de cet appel, on se transporte dans la place publique. Le dictateur monte à la tribune aux harangues, suivi de très-peu de personnes. Le maître de la cavalerie y monte après lui , accompagné de tout ce qu'il y avait de plus illustre dans la ville. Papirius lui ordonne d'abord de descendre, et de se tenir en bas comme subalterne et accusé. Fabius obéit, et son père l'ayant suivi : f^ous nous faites plaisir , dit-il en s'atlressantau dictateur, de nous faire descendre dans un lieu d'oîif quandmeine nous serions particuliers , nous pourrions faire entendre notre voix. D'abord ce ne furent pas des discours suivis, mais des querelles tumultueuses. Enfin la voix, du vieillard Fabius , animée par son indignation, surmonta le tumulte, et se fit faire silence. Il accusait Papirius d'orgueil et de cruauté. Il se citait lui-même pour exemple, représentant «qu'il «avait été aussi dictateur à Rome, mais qu'il n'avait « jamais maltraité qui que ce fût, ni homme du peuple, <c ni officier, ni soldat : que Papirius cherchait à rem- « porter la victoire sur un général romain comme sur « les chefs des ennemis : (juelle différence on voyait entre « la sage modération des anciens et la fière cruauté dont « maintenant on faisait gloire ! Et il rapportait à cette occasion plusieurs exemples de grands généraux qui ne s'étaient signalés que par leur douceur dans des cas où la sévérité aurait été juste et légitime. Il ajoutait « que le peuple romain, dont l'autorité est souve- « raine, n'avait jamais porté plus loin sa colère contre «ceux qui avalent perdu des armées par leur témérité
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« et leur ignorance qu'en les condamnant à quelque « amende; mais qu'aucun tl'eux jus([u'ici n'avait encore a été puni de mort pour avoir mal réussi : qu'on pré- « tendait maintenant employer les verges et les haches « contre des généraux du peuple romain qui avaient « remporté d'illustres victoires, traitement qu'on n'au- « rait point été en droit d'exercer contre eux quand ils « auraient été vaincus! Etait-il convenable que, pendant «que toute la ville était dans la joie, et offrait des « sacrifices dans les temples en action de grâces des « avantages remportés par Fabius sur les ennemis , Face bius lui-même fût mené au supplice en présence du « peuple, et à la vue de ces mêmes dieux qu'il n'avait M pas invoqués inutilement , et dont il avait senti la «protection dans les deux combats qu'il avait livrés? « Quelle douleur ce serait pour l'armée romaine ! quel « triomphe pour les ennemis » ! Il poussait ces plaintes en implorant et les dieux et les hommes , et , baigné de larmes, il tenait son fds tendrement embrassé.
Fabius avait pour lui la majesté du sénat , la faveur du peuple, la protection des tribuns, les vœux de l'armée. De l'autre côté , Papirius faisait valoir l'autorité du commandement, regardée jusque-là comme sacrée et inviolable, la discipline militaire, les ordres du dictateur toujours respectés comme des oracles , l'exemple de Manlius, et la tendresse paternelle sacrifiée à l'état. Il s'autorisait encore du supplice que Brutus, fondateur de la république, avait fait souffrir à ses deux enfants. « Mais aujourd'hui , disait-il , des pères mous et indul- « gents, des vieillards faciles comptent pour rien l'auto- « rite du dictateur méprisée et violée , et pardonnent « à un jeune homme le renversement de la discipline