Tome XIF. //'St. R-m. J Q
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des Cérites. Le troisième et dernier les privait nonseulement de suffrage, mais de toute autre prérogative attachée à la qualité de citoyen, ne leur en laissant d'autre marque que la nécessité de payer leur part des tributs : c'est ce qu'on appelait œrariinnjîeri.
Les sénateurs et les chevaliers étaient quelquefois condamnés à ces trois sortes de peines.
Comme la passion pouvait avoir lieu dans le jugement que portait le censeur, les lois avaient sagement établi des remèdes contre l'abus d'une autorité excessive \ dont l'injuste sévérité eut quelquefois besoin d'être réprimée. Les citoyens dégradés par l'un des censeurs pouvaient se faire réhabiliter par son collègue ou par les censeurs suivants, ou en obtenant des dignités qui les rétablissaient dans tous leurs droits.
L'histoire nous fournira un grand nombre de ces sortes de punitions employées légitimement. J'en rapporterai ici quelques-unes des plus remarquables. Aui. Geii. Les censeurs Scipion Nasica et M. Popilius , faisant .4,e. ao. j^ revue des chevaliers, aperçurent un cheval maigre et élancé, dont le maître était fort gras, et d'un merveilleux embonpoint. D'où vient donc, lui dirent-ils, une si grande différence enti^e vous et votre cheval? C'est, répliqua le chevalier, que c'est moi qui me soigne, et que c'est mon valet qui soigne mon cheval. La réponse parut, trop hardie, et elle l'était en effet. Sa négligence, jointe à ce manque de respect, fut punie par une entière dégradation, qui ne lui laissa plus d'autre droit de citoyen que celui de payer les tributs : Inter œnirios relatus est.
' << Censorii stvli mucronem nmltis roinedii.s majores tiostri retuderunt. >> ( Cic. pro Cillent, n. 1 2 3. )
HISTOIRE HOjMAIJVK. \ /^n
Caton , finrnommé le censeur, chassa du sénat L. Quiii- cic de Sen. lliis Flaininius, parce qu'étant consul il avait fait exé- ''^P'''^cuter au milieu d'un festin un criniii^I, pour procurer à une courtisane le plaisir inhumain de voir mourir un honnne. Selon Tite-Live, le fait était hien plus Liv. m,. 39, atroce.
Dans la censure dont nous avons parlé, oii Fabius la. lih. 27, rut nomme prince du sénat, il y eut liuit sénateurs dont les noms furent omis, du nombre desquels était Ij. Cœciliiis Métellus, qui avait proposé l'infâme et criïninel avis d'abandonner l'Italie après la malheureuse journée de Cannes.
IjC censeur Fabricius Luscinus retrancha du nombre vai. Max. des sénateurs Cornélius Rufînus, qui avait été deux ^' ''• ^ fois consul et une fois dictateur, parce qu'il avait en vaisselle d'argent le poids de dix livres % c'est-à-dire quinze marcs cinq onces de notre poids ; persuadé qu'un tel exemple pouvait être funeste à l'état, en y introduisant le luxe. Heureux siècle^, disait Caton d'Utique, où quelque légère vaisselle d'argent était regardée comme un luxe fastueux , digne de la répréhension du censeur !
D'autres censeurs exclurent du sénat Duronius, parce u ii,ia. qu'étant tribun du peuple, il s'était opposé à une loi qui prescrivait des bornes étroites aux dépenses de la table. L'historien, pour faire sentir toute l'injustice et toute l'indignité de l'action du tribun, le fait monter sur la. tribune aux baran£[ues ■*, et lui met ce discours dans la bouche : Romains, on met un frein a vos dè-
' 1 3 marcs , 2 onces , 7 gros.^L. argent! lamelhc. » (Sen. </c A/Va .6e«;. 2 « T.auilabat Cato seculuiu illud cap. 2 t.) in quo censorium crimen crat paucae '• .. Quàm impudenter Duronius
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sirs, et l'on vous impose un joug, qui est insupportable. Quoi! laisser passer une loi qui vous oblige a vivre dans la frugalité \ Non, Romains : aux dieux ne plaise. Nous cassons une ordonnance qui sent la rouille du vieux temps. Que déifient donc notre liberté, si , voulant périr par le luxe , on ne nous le permet pas? Un tel discours paraîtrait ridicule et insensé : la réalité l'est-elle moins ? Car c'est ainsi que pensent ceux qui autorisent le luxe.
Effets et uii- On ne peut point disconvenir que cette nécessité
lito de la , a i i • • i i i
censure. QC Comparaître dans de certains temps au tribunal des censeurs , pour y rendre compte de sa conduite, imposée généralement à tous les citoyens, en sorte que ni la naissance, ni les services rendus à l'état, ni les charges les plus importantes, comme le consulat et la dictature, exercées précédemment, n'en dispensaient personne, ne fût un puissant frein pour arrêter la licence et le desordre. Cette crainte salutaire était le soutien des lois, le nœud de la concorde, et comme la gardienne de la modestie, de la pudeur, de la justice, et en général, de l'intégrité des mœurs.
Il y a, dit un auteur moderne % de mauvais exemples, qui sont pires que les crimes : et plus d'états ont péri parce qu'on a violé les mœurs , que parce qu'on a violé les lois. A Rome, tout ce qui pouvait introduire des nouveautés dangereuses, changer le cœur ou
Rosira coii.sceiuiil , illa ilicturus ! iiiipcriuin. Etciiiiu qiiid opus liber-
Frcni siinl ' injecti voljis, Qiiirites, taie, si voleiillbus lux.u perire uou
nullo modo perpetiendi : alliç^ati et licet? >> (Vai,. Max. lib. 2 , c. 9.) coustficti eslis amaro vinculo servi- ' L'auteur des Considérations sur
liilis. l.exeniii) lala est , fpi;e vos esse les causes de In grandeur des Ro-
f'rii},'! juhet. Alirogaimis i^itur isHid mains et de leur décadence. hoiridic velustatis rubiciuu obsitum
IIISTOIRF r.OMAlNE. l/jC)
l'esprit (lu citoyen, et en empêcher, s'il était permis (Tuser (le ce ternie, la perp(''tiiitt', en un mot, les 'désordres domestiques ou publics , étaient réformés par les censeurs. Cette réflexion m'a paru fort solide.
Si le luxe et l'avarice, causes ordinaires de la ruine des états, se sont introduits si tard à Rome; si la pauvreté, la frugalité, la simplicité et la modestie dans la table, dans les bâtiments, dans les meubles et dans les équipages, y ont été si long-temps en honneur, je ne doute point qu'un si rare bordieur ne doive être principalement attribué à l'inexorable sévérité de certains censeurs rigidement attachés aux mœurs antiques, dont ils connaissaient combien il était important de ne se point départir. Quand on voit un Romain qui a passé par toutes les charges les plus considérables, dégradé de sa dignité de sénateur parce qu'il avait un peu plus de vaisselle d'argent que les autres, on est porté naturellement à taxer cette condamnation d'une rigueur outrée et excessive. Il faut se souvenir que le censeur qui prononça ce jugement était le célèbre Fabricius. Ces grands hommes , totalement dévoués au bien public, et qui, par une sage prévoyance, portaient au loin leurs vues dans les siècles à venir, se croyaient obligés d'arrêter par des punitions exemplaires les abus ([u'ils voyaient naître de leurs temps, et dont ils envisageaient toutes les funestes suites. Ils savaient que ces abus, faciles à réprimer dans leur naissance, mais devenus bientôt, par la négligence des magistrats et par une longue impunité, plus forts que toutes les lois, entraînent toute une nation avec une rapidité incroyable. Or, cjuand les choses en sont venues à ce point, et
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que ce qui était vice et désordre est devenu les mœius d'un état, il n'y a plus de remède à espérer \
Lorsque Cicéron accusa Verres^, les juges étaient si généralement décriés à Rome , pour leur avarice et pour leur vénalité, que le peuple même, quelque aversion qu'il eût toujours témoignée pour la censure, désirait ardemment qu'on en rétablît l'exercice, qui avait été interrompu depuis quelque temps, la regardant comme l'unique remède qu'on pût apporter aux désordres qui régnaient dans la judicature. Et elle fut rétablie effectivement cette année -là même, après un intervalle de seize ans, par les consuls Pompée et Crassus.
L'austérité de la censure produisait à Rome le même effet par rapport aux mœurs, que la sévérité de la discipline militaire dans les armées pour y maintenir la subordination et l'obéissance. Et ce furent là deux des causes principales de la grandeur et de la puissance Val. Max roiuaiue. En effet ^, de quoi sert le courage au-dehors, si le dérèglement et la corruption dominent au-dedans? Quelques victoires que l'on remporte, quelques conquêtes que l'on fasse , si la pureté des mœurs ne règne point dans les différents corps de l'état, si l'administration de la justice et le pouvoir du gouvernement ne sont point fondés sur une équité inébranlable et sur un sincère amour du bien public, quelque puissant que
' « Desiait esse remedio locus, ^ « Quid enim prodest foris esse
ubi, quae f'uerant vitia , mores suut. » slienuum , si domi malè vivitur? Ex-
(Sen. Epist. 39.) pugnentur urLes , corripiantur gen-
2 « Judicum culpà atque dedeco- tes, regnis iujiciantur inanus; nisi
re, etiam censoriuru nomen, quod foro et curise officium ac verecun-
asperius anteà populo videri sole- dia sua constiterit , parlaruni reruai
bat, id mine poscllur : id jain popii- sequatus cœlo cuniuliis sedem stabi-
lare atque plausibile factum est.» lemnon habebit. >> (Val. Max. 1. 2 ,
( Cir. de Divin, iu J'eir. n. S. ) cap. 9. )
HISTOJIM-; KOMAINK. l5l
soit un empire, il ne peut pas subsister long-temps. C'est un païen qui j)arle ainsi à l'occasion des grands biens que la censure produisait. Nous avons souvent remarqué que la sainteté des serments n'était nulle part respectée comme à Rome '. C'est, comme l'observe Cicéron, que nulle faute n'était punie si sévèrement par les censeurs , que le défaut de bonne foi et le mépris du serment.
Ije dénombrement se terminait par une cérémonie de religion dans le Champ-de-Mars. Tout le peuple s'y trouvait. On y offrait un sacrifice d'un porc, d'une brebis ou d'un bélier, et d'im taureau, appelé pour cette raison suovetaiirilia^ et, selon d'autres, solilaurilia. Cette clôture du dénombrement s'appelait lustrum : on trouve souvent cette expression dans les auteurs, lustrum condei^e. Varron fait venir ce mot de luo , qui signifie payer, parce que les baux des fermes de Ling. lat.