‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 27 sur 141 · Tome XIF. Htsl. Rtmi. | j · texte numérisé non relu

Tome XIF. Htsl. Rtmi. | j

« nom qu'il portait , avait été obligé d'abdiquer le con- « sulat , et de se bannir de sa patrie : que quelques années «après, on y avait puni de mort Sp. Cassius, pour « avoir voulu se faire roi ; et que tout récemment ente core , on avait puni dans les décemvirs , par la perte (f de leurs biens, par l'exil et par la mort même, la hau- « teur tyrannique avec laquelle ils exerçaient leur poufc voir. C'est après de pareils exemples que Mélius a « entrepris de devenir notre roi et de monter sur le u trône. Et quel bomme que Mélius pour avoir conçu « de telles espérances ! Je sais qu'il n'y a ni noblesse , « ni dignités, ni services rendus à l'état qui puissent « ouvrir un cliemin légitime à la domination tyrannique. « Mais enfin, si les Claudius, si les Cassius ont porté « leurs prétentions à une élévation à laquelle ils ne poutf vaient aspirer sans crime, c'est qu'ils étaient enflés « par leurs consulats, leurs décemvirats, les honneurs « de leurs ancêtres , l'éclat de leurs familles. Ici qui peut « concevoir qu'un Mélius % qui pouvait plutôt soubaiter « qu'espérer devenir tribun du peuple , dont tout le mé- « rite était d'avoir fait de grands et de riches amas de « grains , se soit flatté d'avoir acheté par quelques livres « de blé la lil^erté de ses citoyens , et d'avoir fait accep- « ter à un peuple vainqueur de tous ses voisins la ser- « vitude pour un morceau de pain ? en sorte qu'un « homme, qu'on aurait bien de la peine à souffrir dans

' « Sp. Mreliaiii, cui tribunatus lici posse .•* ut, quem senatorem con-

plebis niagis optandusquàm speran- coquere civitas vix posset, regein

dus fuerit, frumeutarium divitem , fenet, Romuli conditoris, ab diis

bilibris lanis sperasse libertatem se oiti , recepti ad deos, insigniaatqne

ci vlum suorum émisse , ciboque ob- imperium babentein ! Non pro scelere

jiciendoratuin victorem finitiaiomui id niagis, qu.îm pro uioustro baben-

omnlum populum in seivitutem per- dura. » ( Liv. )

IIISTOIKE ROAIAINE. I 63

« le rang de sénateur, Rome l'aecepterait pour son roi, « et le verrait de bon œil revêtu de toutes les marques « {flionneur et de toute Tautorité de Ronudus son fonte dateur, né des dieux et mis e^leur nombre ! Une telle cf pensée ne doit pas être regardée seulement comme un <c crime, mais comme une folie et une frénésie qui tient <( du prodige ». Il ajouta « que ce n'était pas assez de « l'avoir expiée par le sang du coupable, si l'on ne reu- « versait de fond en comble une maison où avait été « formée une entreprise si folle et si criminelle, et si « l'on ne confisquait des biens souillés par l'usage crimi- « nel qu'il en avait voulu faire pour acheter la royauté : « (juc, pour cet effet, il ordonnait que ses biens se- « raient vendus par les questeurs, et mis dans le trésor a public ».

Ce sage magistrat , voyant que le chef de la conspiration étant mort , il n'y avait plus rien à craindre , ne jugea pas à propos d'informer contre ses partisans, de peur de trouver un trop grand nombre de criminels, et de faire éclater la conjuration en voulant punir trop sévèrement tous les conjurés.

La maison de Mélius fut rasée sur-le-champ, et la piin.iib. iS, place sur laquelle elle avait été bâtie appelée /Equimœlium, c ç,^\.-\-fX\vQ ^maison de Mélius rasée ^ afin que ce nom fût un monument subsistant et du crime et de la vengeance qui en avait été tirée. On fit présent à Minucius d'un bœuf aux cornes dorées , et on lui érigea iMic statue: à quoi le peuple ne s'opposa point, parce (|u'il lui avait fait distribuer à vil prix tout le blé qui s'était trouvé chez Mélius, pour lui ôter lieu de le regretter.

Outre (jue Mélius s'était rencki coupable et digne de mort par le refus qu'il fit d'obéir au dictateur , les lois

l64 HISTOIRE ROMAINE. '

mêmes , dès qu'il avait conçu le criminel dessein d'envahir un pouvoir tyrannique % armaient contre lui toutes les mains des citoyens. Un tyran était regardé à Rome connue un monstre qu'(g| ne peut trop tôt retrancher du corps de la société humaine, de même qu'on se hâte de couper impitoyablement un membre pourri capable de faire périr les autres. Les Romains n'oublièrent jamais le serment prêté au nom de toute la nation après l'expulsion des Tarquins , d'exterminer quiconque songerait à se faire roi.

Trois des tribuns du peuple , fort mécontents de tout ce qui venait de se passer, se déchaînèrent contre Minucius , et surtout contre Servilius , général de la. cavalerie, qui, sans aucune formalité de justice, et même sans ordre de son supérieur , avait tué un citoyen dans le sein de sa patrie : ils menaçaient hautement de le poursuivre criminellement sitôt que le dictateur serait sorti de charge, et ils excitèrent beaucoup de tumulte parmi la populace. Tout ce qu'ils purent obtenir , c'est qu'on nommerait des tribuns militaires au lieu de consuls , dans l'espérance que de six places , car il était permis de créerjusqu'à six tribuns militaires, ils en obtiendraient quelques-unes. Le peuple ne créa que trois tribuns militaires , tous patriciens , au nombre desquels il mit L. Quintius , fils de Cincinnatus , dont on cherchait à lui rendre la dictature odieuse.

' « Nulla nobis societas cum ty- tiir, si et ipsa sanguine et tanquain

rannis, sed potiùs summa distractio spiritu carcre cœpeiunt: sic ista in

est.... Hoc omne genus pestifenmi lîguia hominis feritas et immanitas

atque inipiuin ex honiinum coni- belluse a coramimi tanquain humani-

munitate exteiminanduni est. Eté- tate corporis segieganda est. >• (Crr.

nini , ut inembra (piaedam ampnlan- de Ofjic. lib. 3 , n. H2. )

HISTOIRE ROMAINE. l65

§ III. Ambassadeurs romains tués par V ordre de Tolumnius , roi des Féïens. Ce roi est tué dans le combat par Cossus , qui remporte les secondes dépouilles opimes. La censure est réduite à dixhuit mois. Loi singulière à C égard des candidats. Les consuls sont forcés de nommer un dictateur: ils choisissent Postumius Tubertus , qui remporte une grande victoire sur les Eques et les Volsques. Les Féïens remportent un avantage sur les Romains. Mamercus Mmilius est nommé dictateur: il rassure le peuple qui était fort alarmé , et remporte une grande victoire sur les Féïens et les Fidénates. Plaintes des tribuns du peuple. Malheureuse campagne de Sempronius chez les Folsques. Belle action de Tempanius qui sauve V armée. Sage réponse de Tempanius aux tribuns du peuple. Il est fait tribun du peuple. Sa conduite généreuse à V égard de Sempronius.

aiAMERCUS ^MILIUS. An. R. 317.

Page 1