‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 3 sur 141 · L. LUCRÉTIUS TRICIPITINUS. An. R · texte numérisé non relu

L. LUCRÉTIUS TRICIPITINUS. An. R

T. VÉXURITJS GÉMINUS. Av.J.C.460.

On tira une prompte vengeance des ennemis. Ils

furent battus tH pleinement défaits en plusieurs actions,

et perdirent la plus grande partie de leurs troupes.

Le tribun L» paix du dehors donna lieu aux troubles du de-

propose ime daus. L'objct en fut nouveau, il regardait les lois et le

îi.'u'rTsf.ru- ^'•^o'^- fîoine n'avait point encore une forme constante

,. 'l''"'^'^- d'administrer la iustice. Dans les premiers temps les

l.altairc est •' ' ^

.iifi(-r«';c n/is la rendaient eux-mêmes, et leurs lucements avaient

Dl-.UTS.I.IO, . . , . ,

|.. (;27,f;>8. force do loi. I)('|)uis ([ue Tautorité royale eut passé aux

J,iv. lil». 3, . , „ . , ■ ' 'III

n.9,10. consuls, |);iiiiii les lonctions de la royauté celle de rendre la justice leur fut attribuée, et, comme les rois, ils jugeaient pres(juc arbitrairement. Les lois étaient en petit nombre, et n'étaient connues que des patri- <;iens, seuls"€n possession des magistratures, de tout ce (|u'il y avait. alors de science dans Rome, et de l(iute la religion.

(!. Térenlillus Arsa, tribun du peu|)le, entreprit de (ixer la jurisprudence et d'astreindre les jugements à des lois (jui fussent connues de tous. Il prit le temps ((ue les consuls étaient absents. Il échauffait les esprits du peuple par les invectives qu'il faisait de jom* à autre; contre la hauteur des patriciens, et surtout contic l'autorité consulain', portée, selon lui, à un excès criant , et devenue intolérable à une ville libre. Il faisait remarquer « qu'elle ne différait du pouvoir « despotif|ue des rois que par le nom , mais cpi'en effet « elle avait (|uel([ue chose de plus odieux : (ju'au lieu M d'un seul maître on en avait deux, <[ui s'arrogeaient " un pouvoir sans mesure et sans bornes, (pii , étant « eux - mêines indépendants et sans IVeln, faisaient « loniber sur le |)eu|)le toute la t. rieur ci toutes les (( peutc.s (les lois : ([lie, j)our arrêter celte* lice'ice, il « (leiu.indeiail (|u on nonun.il (in(| comniissaires , cpu

« seraient chargés de dresser des lois pour régler l'au - « torité consulaire : qu'en conséquence les consuls n'au- « raient de droit sur le peuple que celui que le peuple « même aurait bien voulu leur donner , n'étant pas «juste qu'ils n'eussent d'autre loi que leur passion et « leur caprice ».

Ce nouveau plan de loi effraya les sénateurs , et leur fit craindre que le tribun ne profitât de l'absence des consuls pour leur imposer un nouveau joug. Q. Fabius, sans perdre de temps , convoque le sénat en qualité de gouverneur de la ville; car sa charge lui donnait ce droit lorsque les consuls se trouvaient absents. Il se livra à toute son indignation contre l'entreprise téméraire et séditieuse du tribun, qui n'allait à rien moins qu'à renverser toute la disposition et tout l'ordre du gouvernement présent. (fEt quel temps encore avait-il «■ pris pour attaquer la république? Un temps oii elle « était sans chefs et sans défense. Que si, l'année pré- «cédente, au milieu de la peste et de la guerre, les « dieux dans leur colère eussent donné un pareil tribun , «l'état était perdu. Les deux consuls étant morts, la « ville affligée de maladie et dans une confusion géné- « raie, il aurait proposé au peuple d'abolir le consulat, «et se serait mis à la tête desVolsques et des Éques «pour attaquer la ville. De quel prétexte pouvait-il «couvrir un si pernicieux dessein? Si les consuls mal- « traitaient quelque citoyen , et abusaient de leur auto- « rite , ne pouvait-on pas les assigner devant le peuple , « après qu'ils étaient sortis de charge , et leur donner « pour juges les plébéiens mêmes, du corps des({uels « était le complaignant? Qu'agir comme faisait Tércn- «tillus, c'était rendre odieuse, non l'autorité consu-

6 HISTOIRE ROM VITVE.

« laire, mais la puissance tribunitienne, et troubler « gratuitement la paix et l'union qui était rétablie entre « les deux ordres. Fabius ensuite , prenant des manières «plus adoucies, s'adressa aux autres tribuns, et les (< pria d'agir auprès de leur collègue, pour obtenir de « lui qu'il attendît le retour des consuls. » Ils le firent, et l'affaire demeura suspendue.

On manda aussitôt les consuls. I^ucrétius revint chargé de butin et de gloire. Le triomphe lui était destiné d'un consentement général : mais, plus occupé de l'intérêt public que du sien , il ne songea qu'à pacifier les esprits et à terminer les disputes. 11 se tint plusieurs assemblées du sénat et du peuple. IjC tribun céda enfin à l'autorité du consul , et se désista de sa poursuite. Pour- lors on rendit à Lucrétius l'honneur dont il paraissait encore plus digne par le délai que lui-même y avait apporté. Il triompha des Voisqucs avec son armée. On accorda à l'autre consul le petit triomphe, appelé ovatio.

Ax. R. a(,l. P. VOLUMJVIUS.

Av.J.C.45q.

-* SER. SULPICIUS

i'r.,.!i-(. On vit au commencement de cette année plusieurs

' '• '" ' prodiges effrayants : le ciel tout en ("en , de grands treml)lemenfs de terre , une va<;he ([ui parla. Il tomba une pluie effroyable, non pas de neige ou de grêle, mais de morceaux de chair. Des oiseaux de toute espèce en dévorèrent une partie : ce (jui en resia dans la ville et dans la campagne y demeura long-temps sans changer de couleur, sans se corrompre, et sans causer de mauvaise odeur. Les livivs des sibylles furent <'onsidtés : et la i-éponse (|ue les j)rêtres qui en avaieni la

HISTOlKIi ROMAINE. -7

garde prétendirent y avoir trouvée , contenait (|ue la ville était menacée d'une irruption d'ennemis étrangers , qui la réduiraient à deux doigts de sa perte : que surtout il fallait faire cesser les séditions. Les tribuns ne manquèrent pas de dire que ce dernier article était ajouté exprès pour empêcher la promulgation de la loi ; et ils n'avaient pas tort.

Tite-Live rapporte souvent dans son histoire de ces sortes de prodiges; ce qui a donné lieu de l'accuser d'une stupide et superstitieuse crédulité. Mais il était bien éloigné de croire tout ce qu'il en rapportait , comme il le témoigne en plusieurs endroits. Il se^fit, liv. lib. 21. soit a Boine^, dit cet historien, soit aux environs, " **^' pendant cet Jiiver, plusieurs prodiges, ou (ce qui ci coutume d'arriver quand une fois la superstition a saisi les esprits) on en annonça plusieurs , et ils Jurent crus légèrement. D'ailleurs , trouvant ces prodiges rapportés dans les annales des pontifes , et dans les décrets du sénat qui en ordonnaient l'expiation , la fidélité de l'histoire ne lui permettait pas de les supprimer : Je me ferais un scrupule'^, dit-il encore, de regarder Lib. 43, comme indignes d'être rapportés dans mes annales, des prodiges autorisés par les décrets de personnes si remplies de prudence , qui ordonnent qu'ils seront ex- , pies par des sacrifices publics. On sait que ces prodiges faisaient partie de la religion des anciens. Je ne crois pas qu'on exige de moi que je les rapporte scrupuleusement.

' << Romae , aut circa urbeni , milita ^ « Qusedam religio est, qa* illi

eâ hieme prodigia facta, aut (quod prudentissliui vù'i publiée suscipien-

evenire solet itiutis scniel in religio- da censuerint,eaproiudigiiisbaber<'

neni aniniis ) limita nunciata, et te- quae in meos annales referam. >> luerè crédita sunt. "

Les disputes Lcs troubles domestiques recommencèrent au sujet icu^ru sujet de la nouvelle loi, que tous les tribuns de concert re- Térentiiià. mettaient en vigueur. Voici ce qu'elle portait : « Que ^"j'."''^- g3°' « le peuple , dans des comices légitimement convoqués, Liv.iib 3, «choisirait des décemvirs (c'est-à-dire dix commis-

n. io-i3. ^

« saires) respectables par leur âge et par leur sagesse : « que ces magistrats seraient chargés de dresser un « corps de lois pour servir de règles dans les affaires « tant publiques que particulières : qu'ils en feraient « leur rapport au peuple, et qu'ensuite elles seraient a affichées dans la place publique, afin ([ue chacun en « pût prendre connaissance, et ([ue les magistrats au- « raient ordre de s'y conformer, dans tous les différends « et toutes les contestations (jui arriveraient. »

Cette loi, comme l'on voit, ne faisait aucune mention de l'intervention du sénat pour rétal)lisseraent du nouveau code. Les consuls et les patriciens l'attaquent par cet endroit, et protestent qu'ils ne permettront jamais qu'on publie des lois où le sénat n'ait point eu de part. Ils remontrent que les lois sont des conventions dans lesquelles toute une ville doit entrer, et non pas simplement une partie. Les disputes n'avaient jamais été plus vives. Il semblait que, de part et d'autre , on se préparait comme à un combat, qui devait décider de la liberté.

c.'.sonQuin- Parmi la jeunesse patricienne, celui qui avait alors p.lt'rii -KMMini plus de partisans et plus de crédit dans Rome , c'était la'ûouvèiie'' t)és() Quintius, fils de L. Quintius Cincinnatus. Sa loi estcon- naissance et ses grands biens le rendaient recommanà l'exil, dable. D'ailleurs , il était bien fait de sa j)ersonne , d'une bravoure et d'une capacité sans égale dans le métier i\v. la guerrr : et il joignait à fous ces avantages

le talent de la parole. Ce jeune sénateur ' , environné d'une troupe de patriciens , se faisait remarquer pardessus tous les autres : et , comme s'il eût porté dans sa voix, et dans ses forces tous les consulats et toutes les dictatures , il soutenait seul tous les orages de la fureur tribunitienne. Il ne cessait d'invectiver contre les plébéiens, sans épargner les paroles les plus dures, ni les traitements les plus outrageux.

Les tribuns, poussés à bout, jurèrent sa perte. Un d'eux, il s'appelait Virginius, l'assigne à comparaître devant le peuple. Cette assignation, loin de lui al^attre le courage , ne fit que l'irriter. Il s'oppose à la loi encore plus vivement qu'il n'avait fait, il redouble ses reproches injurieux contre les plébéiens, et poursuit à toute outrance les tribuns ^ comme ayant alors un légitime sujet de leur faire la guerre. Ils n'en étaient pas fâchés, voyant que par là il aigrissait les esprits de plus en plus , et fournissait matière à leurs griefs. Quand le jour de l'assignation fut venu , et que Céson vit le danger de près , il rabattit beaucoup de sa fierté , et prenant l'air et le ton de suppliant , il implora humblement la clémence du peuple. Tout ce qu'il v avait de plus illustres sénateurs s'intéressent pour lui vivement , et rendent un ténîoignage authentique à son mérite éclatant. Lucrétius surtout, le consul de l'année précédente , encore tout brillant de la gloire récente de son triomphe, en partage l'honneur avec lui, vantant le courage qu'il avait fait paraître dans la bataille, et rapportant connue témoin oculaire les actions de bra-

' «Hic quuin in medio patrum latusque gereus in voce ac virilius agmine constitisset , emlnens inter suis, unus impetus trlbunirios popualios, velut oinues dictaturas consu- laresque procellas sustiuebat. .>(Liv.)

lO HISTOIRE ROMAINE.

voure par lesquelles Céson s'était signalé. Il exhorte le peuple à ne pas laisser passer chez les étrangers un jeune patricien cloué de si excellentes qualités, et qui de plus ou de moins dans une ville pouvait faire une très-grande différence. Il ajoute « que ce caractère im- « pétueux qui choquait en lui diminuerait tous les «jours par le temps; et que ce ({ui lui manquait, « c'est-à-dire le sang-froid et la prudence , prendrait « cliaque jour de nouveaux accroissements : que ses de- « fauts s'affaihlissant , et ses bonnes qualités s'avançant « toujours vers leur maturité , ils laissassent un jeune rt homme d'un si grand mérite croître et vieillir dans «sa patrie M. Quintius, son père, surnommé Cincinnatus , ne touche point aux louanges de son fils , de peur d'aigrir l'envie. « Mais, tâchant de calmer les esprits et de les porter à la douceur par les plus instantes prières et par ses larmes, il conjure le peuple, si lui il n'a jamais offensé personne ni d'action ni de parole, si sa vie et sa conduite ont été jusque-là sans reproche, de lui accorder la grâce d'un fils digne de compassion, et de pardonner quelque chose à son âge et à son imprudence. »

Le peuple , touché de la vue et des pleurs de ce respectable vieillard, paraissait incliner vers la douceur. Le tribun, qui s'en aperçut, produisit dans le moment un témoin (juil avait suborné; c'était Volscius , qui avait été tribun du peuple quelques années auparavant. Ce faux témoin déposa que lui et son frère, ayant soupe chez un ami, et revenant ensembli;, avaient été atta- ({ués par Cé.son , (jui était aceomj)agné de jeunes insolents comme lui : (pu- .son hère avait été tué sur la place, et que lui-même, laissé pour mort, n était

revenu en santé qu'à grande peine. Ce narré changea entièrement la disposition des esprits, et peu s'en tallut que le peuple sur-le-champ ne condamnât le prétendu coupahle à la mort. Les consuls arrêtèrent cet emportement et cette fureur en représentant ' qu'on ne devait point traiter ainsi un accusé qui n'était point condamné , et à qui l'on n'avait pas donné le temps de se défendre. On remit le jugement à un autre jour, et , à la requête du père, on laissa aller son fds sous caution. Le lendemain les tribuns assemblèrent le peuple dans la place , où Céson n'ayant point comparu , il fut condamné par défaut, et ceux qui s'étaient rendus cautions pour lui, au nombre de dix, furent contraints à payer l'argent dont on était convenu. Ainsi ce jeune patricien , par les intrigues des tribuns et les artifices de Yolscius, qui rendait un faux témoignage, comme on le reconnut dans la suite, fut chassé de sa patrie, et alla en exil dans l'Etrurie.

Le père de Céson, obligé de vendre la plus grande Ciuciunatus, partie de ses biens pour lournu' aux cautions les sou, se resommes qui avaient été stipulées, se retira dans un re;,'rct'.Ua village au-delà du Tibre, où d avait une pauvre ca- '^'■^^i'^""^bane et un petit champ , les seuls biens qu'il sauva du naufrage. Là , vivant du travail de ses mains , avec un petit nombre d'esclaves qui lui aidaient à cultiver sa terre, il menait une vie obscure et pénible, sans que sa douleur et sa pauvreté lui permissent d'aller jamais à Rome, ni de revoir ses amis, ni d'assister aux jours de fêtes. Les tribuns , au reste , n'en furent pas mieux pour s'être défaits de Céson! La jeunesse patricienne

' " Cui ix'i capitalis dies dicta sit, cium , euiii indemnatum non dcbcrc et de quu futuium propedieui judi- violari.- ( Liv. )

12 IIISTOIRK ROMAINE.

n'en devint que plus fière ; mais elle se conduisit d'une nouvelle manière , et usa d'un sage artifice. Quand , après l'exil de Céson , on commença à proposer la loi , et que les tribuns , pour écarter ceux qui apportaient obstacle, voulaient leur faire quelque violence, alors les jeunes patriciens, qui s'étaient fait accompagner d'im grand nombre de clients , repoussaient vivement les tribuns, mais tous ensemble, et sans qu'aucun se distinguât des autres : de sorte que le peuple se plaignait de retrouver mille Césons au lieu d'un. Les autres jours , rien de plus doux ni de plus modéré que cette môme jeunesse. Elle saluait honnêtement les ti'ibuns, liait conversation avec eux, leur rendait toutes sortes de services , et les invitait même à des repas. Nulle dureté, nulle violence, sinon lorsqu'on proposait la loi. Du reste, ils étaient parfaitement populaires. Les tribuns ne purent donc venir à bout , pendant tout ce consulat, d<^ fiire j)ronmlguer la loi. Le peuple continua les mêmes tribuns Tannée suivante.

II 1 s T O I H !• R () ]>r M N K. 1 3

^ M. Les tribuns répandent un faux bruit de conjuration de la part des patriciens. Herdonius , Sabin , s'empare de nuit du Capitole : il est vaincu, et tué. Les tribuns recommencent leurs mouvements. Quintius Cincinnatus , père de Céson , est tiré de la charrue pour être fcdt consul. Il apaise le tumulte. Il refuse d'être continué. Nouveaux troubles. L. Minucius consul , étant assiégé dans son camp par les Éques , on crée dictateur Quintius Cincinnatus. Il délivre le consul, défait les ennemis, j'emporte le triomphe, et se démet de la dictature au bout de seize jours. On crée dix tribuns du peuple au lieu de cinq. On abandonne une partie du mont Aventin au peuple pour y bâtir. Les tribuns proposent de nctuveau la loi agraire. Raisons pour lesquelles le sénat s'y opposa toujours fortement.

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