A. CORNÉLIUS COSSUS
LesVcïcns Les trois premiers partirent avec l'armée contre les remportent y^jgj^g Q^ Fcconnut bientôt combien la mulliplicité
un avantage i
sur les jyg commandants est nuisible, étant rare qu'ils s'en-
Romaiiis.
Liv. lib. 4, tendent bien ensemble. Les Véïens prolitèrent de la
mésintelligence de ceux - ci , et remportèrent sur eux un avantage qui les obligea de s'enfuir dans leur camp, et de s'y renfermer. L'ignominie fut plus grande que
' <- Novos ritus saeiificamli , vati- bus qnaestui siint capti suj)erslitione cinando infeientibus iu doiuos,qui- animi. » (Liv.)
nicrriis (VEinilins est iioininc (liotaUnir.
HISTOIRi: ROMAINE. I -yÇ)
la perte. Mais la ville, qui n'était pas accoutumée à être vaincue, en fut fort affligée, et demanda un dictateur. Cossus nonuua Mamercus yEmiliiis, (jui le clioi- Ma sit lui-même pour général de la cavalerie. Mamercus (tait celui-là même que les censeurs avaient prétendu déshonorer par le traitement injurieux qu'ils lui firent. Mais la note d'infamie retomba sur eux seuls, et Kome montra bien ici le peu de cas qu'elle faisait de leur sentence injuste, en mettant à la tête de la république celui qu'ils avaient indignement ilétri.
Les Fidénates s'étaient joints aux Véïens; et, connne si la guerre ne pouvait être bien commencée que par 1(> crime, ils souillèrent leurs armes par le sang de tous les nouveaux habitants que Rome avait envoyés dans leur ville en colonie , de même qu'ils avaient tué auparavant ses ambassadeurs. Les ennemis établirent le siéee de la cjuerre h Fidènes.
Rome était dans une grande alarme. On avait fait , ,.
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revenir du pays des Véïens les troupes qui y avaient rassure lo si mal fait leur devoir. L'échec qu'elles avaient reçu émit fort leur avait abattu le courage. On les fait camper devant Liv. lib. 4 , la porte Colline. On dispose des corps-de-garde sur les rnurs, on suspend l'exercice de la justice, on fait fermer les boutiques : tout ressemblait plutôt à un camp qu'à une ville. Le dictateur, voyant le peuple dans une si grande consternation, crut devoir le rassurer avant cjue de partir, et convoqua l'assemblée. Quand les citoyens s'y furent rendus , il monta sur la tribune aux harangues, et commença par leur fane des reproches a de ce qu'ils se laissaient tellement déconcerter par les « moindres accidents, qu'une légère perle, causée, non « par la valeur des ennemis, ni par la lâcheté de l'ar-
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« mée romaine , mais par la discorde des généraux ^ « leur abattait tout d'un coup le couiage, et leur faisait « redouter des troupes qu'ils avaient tant de fois vaince eues. Il leur représenta que les Romains et les enne- « mis étaient les mêmes qu'ils avaient été pendant tant « de siècles : qu'ils avaient le même courage , les mêmes ((■ forces de corps, les mêmes armes : que lui Mamercus « yEmilius était le même dictateur qui auparavant avait « mis en déroute les armées des Véïens et des Fidé- (f nates, soutenus des Falisques : que son général de «la cavalerie était le même Cossus qui, auparavant «simple tribun de légion, après avoir tué, à la vue « des deux armées, Lars Tolumnius, roi des Véïens, « avait décoré le temple de Jupiter Férétrien par de « nouvelles dépouilles opimes : qu'ainsi ils se souvins- « sent qu'ils avaient avec eux les triompbes , les dé- « pouilles, la victoire; et que les ennemis n'avaient que « le crime du meurtre des ambassadeurs tués contre le « droit des gens , le massacre des habitants de Fidènes «commis en pleine paix, le violement de la trêve, et «une révolte réitérée jusqu'à sept fois, et toujours « avec un succès contraire : que, pleins de ces pensées, « ils prissent les armes et le suivissent : qu'il leur ré- « pondait que, dès que les deux armées seraient en « présence, les ennemis ne se réjouiraient pas long- « temps du léger avantage qu'ils avaient remporté : et « que, d'un autre côté, le peuple romain comprendrait « aisément que les magistrats qui l'avaient nommé dic- « tateur, pour la troisième fois, avaient rendu un meil- « leur service à la république que ceux (jui avaient « voulu flétrir sa seconde dictature, à cause qu'il avait « mis des bornes à la tyrannie des censeurs ».
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Le dictateur , étant parti après avoir fait des prières victoire
X • . 1 V I remportée
ot des vœux, va camper a (juinze cents pas en tleca de s,ir l''i{lènes,ayant appuyé sa droite aux montagnes, et sa Jp'i,STn"aU'. «auclie au Tibre. Il donne ordre à Quintius Pennus , qui ^^j^'^^j^* ' servait sous lui comme lieutenant-général , de s'emparer des montagnes et de se rendre maître de la hauteur qui était derrière les eiuieinis, et où l'on pouvait se cacher aisément. Le lendemain , les Etrusques, fiers de la victoire qu'ils avaient remportée tout récemment, s'étant présentés en bataille rangée, le dictateur, dès qu'il eut été informé que Quintius était maître de la hauteur, donne aussi le signal, et fait avancer son infanterie, après avoir recommandé au général de la cavalerie de ne point conmiencer le combat qu'il n'en eût reçu l'ordre ; qu'il lui donnerait le signal quand le temps en serait venu; qu'il songeât seulement à soutenir l'honneur de ses dépouilles opimes.
Les légions en viennent aux mains, et combattent de |)art et d'autre avec une grande ardeur. Un juste désir de vengeance, mêlé de mépris et d'indignation , anime vivement les Romains contre les Véïens et les Fidénates, qu'ils appellent de perfides alliés et de lâches ennemis, infracteurs de la trêve, souillés du sang des ambassadeurs et de ceux qui habitaient une même ville avec eux. Ils avaient déjà commencé à les ébranler par le premier choc , lorsque les portes de Fidènes s'étant ouvertes tout à coup , il en sort une troupe de gens armés de feux et de torches ardentes, ([ui se jettent sur l'ennemi comme des furieux et des fanatiques. Cette nouvelle forme de combat étonna d'abord et déconcerta les Romains. Alors le dictateur, après avoir mandé Cossus avec sa cavalerie, et donné ordre à Ouintius de descendre des mon-
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tagnes , court à l'aile gauche , que cette espèce d'incendie inopiné avait mis en désordre. « Quoi ! soldats, s'écric- « t-il, vaincus par la fumée comme un essaim d'abeilles, « et chassés de votre poste, vous céderez à un ennemi « sans armes? Où est donc le courage romain? S'il faut « combattre avec le feu et non avec le fer, allez arracher « des mains de l'ennemi ces torches ardentes, et portez- (f les contre Fidènes, afin de détruire par ses propres a flammes une ville que vous n'avez pu gagner par « vos bienfaits. » A ces mots , les Romains reprennent courage : ils s'arment à leur tour des torches ([u'on avait jetées contre eux , ou qu'ils ont arrachées à l'ennemi. Ce n'est plus un combat, mais un incendie général. En même temps Cossus fait avancer sa cavalerie à bride abattue, et, se jetant avec une impétuosité incroyable au milieu des flammes, qui n'effraient point les chevaux comme d'abord elles avaient effrayé les hommes, il renverse et écrase tout ce qu'il rencontre.
Cependant/ de nouveaux cris se font entendre, qui surprennent et épouvantent également les deux armées. Le dictateur avertit les siens que c'est Quintiusqui, par son ordre, attaque l'ennemi en queue; et, ayant jetéluimême avec ses troupes de grands cris, il recommence le combat avec plus d'ardeur encore qu'auparavant. I^e trouble était grand parmi les ennemis, qui se voyaient attaqués en même temps en (jueue et de front, et qui ne pouvaient se retirer ni dans leur camp, ni sur les montagnes, d'où le nouvel ennemi était descentlu sur eux. La plus grande partie des \éïens se jette en désordre du côté du Tibre poiu' le passer et retourner en pays ami ; mais il en échappa fort peu ; les uns sont tués sur le bord ; les autres, poussés dans la rivière, sont emportés
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p:»r les flots et noyés; et ceux même qui saviiieut nager, la lassitude ;, les blessures , la frayeur les font aller à fond. il
l*<)ur les Kidénates, le peu (jui en restait piend le ellemin de Fidènes en traversant le camp. Les Romains les y poursuivent, Quintius surtout, dont les troupes t'taient encore toutes fraîches, parce qu'elles n'étaient descendues des montagnes que sur la fin du combat. Etant entrés pêle-mêle avec les ennemis , ils montent sur les murs, et avertissent par un signal que la ville est prise. Dès que le dictateur l'eut aperçu , il y mène ses 1 roupes , et s'avance vers la citadelle , où les soldats et les bourgeois se réfugiaient en foule. Le carnage fut grand, jusqu'à ce qu'ayant mis bas les armes , ils se rendirent à discrétion, ne demandant que la vie sauve. La ville et le camp furent abandonnés au pillage. Le dictateur rentra à Rome en triomphe , où il reconduisit son armée victorieuse et chargée de dépouilles. Mamercus, ayant déposé la dictature seize jours après l'avoir reçue, fit douter si sa modération n'était pas encore plus grande ([ue sa valeur , et laissa dans une grande paix et une parfaite tranquillité la ville qu'il avait trouvée dans une extrême consternation.
A. SEMPRONIUS ATRATINUS. An. U. 33o.