Tome Xiy. Ilist. Rom. I
l[\1 HISTOIRE ROMAINE.
toutes ses mesures pour faire traîner l'affaire jusqu'à l'année suivante, où il devait être consul avec Q. Métellus , et où M. Métellus devait être préteur ; tous trois dévoués entièrement à Verres. Cicéroif, pour rompre ces mesures et faire rendre justice à la Sicile , demanda qu'il lui fût permis de plaider d'abord sa cause tout simplement , en produisant sur chaque chef d'accusation les témoins et les preuves , et obligeant Hortensius de répondre sommairement sur chaque fait. Il la plaida en effet de la sorte. Le discours qui a pour titre, Actio prima in C. Verrem , est l'exorde de cette première plaidoirie , qui eut tout le succès qu'il en avait espéré. Hortensius, déconcerté par cette manière de plaider, n'osa pas entreprendre d'y répondre, et Verres, n'ayant pu venir à bout de corrompre le plus grand nombre des juges, se condamna lui-même à l'exil. Les admirables plaidoyers contre Verres que Cicéron nous a laissés lui auraient attiré un applaudissement universel, s'il les avait prononcés; mais ils auraient occupé plusieurs audiences, et conduit l'affaire jusqu'à l'année suivante. Il sacrifia le soin de sa propre réputation à l'intérêt de ses parties. Mais, après leur avoir fait gagner leur cause , il travailla à se dédommager de la perte volontaire qu'il avait faite, en donnant au public ses plaidoyers, où il suj)pose que Verres avait comparu devant les juges dans une seconde action appelée compcrendinalio : parce que, quand la première action était achevée, trois jours ^^vh?' ,perefidino die % on commençait la seconde. Nous avons ces plaidoyers au nombre de cinq , sous ce titre : Liber 1 (ictio/:is secundœ in Ferrent. Liber II , etc.
'« Scies igitui vras, ant ad sinuiiiuiii ptrcudiè.» (Cic:.«rf-'/^^ 1. 12, n. 34.)
HISTOIRE ROIMAINF. a/jH
11 y avait quelquefois plusieurs avocats pour plaider la inêiiie cause. Cela n'arrivait pas seulement quand il y avait plusieurs personnes intéressées dans la même affaire, ce ([ui se pratique encore* tous les jours : ou distribuait à différents avocats les différentes parties tl'un même plaidoyer. Cicérou ^ dit qu'en ce cas on le chargeait ordinairement de la péroraison, parce qu'on le jugeait propre à exciter les passions. Quintilien ' en dit autant de lui-même par rapport à la narration. Cette coutume paraît assez bizarre, et est blâmée par DcOrat.
^. , in 1-1 lil». 2,.-ii3.
Ciceron en plus d un endroit de ses ouvrages.
On laissait pour l'ordinaire aux avocats tout le temps qu'ils voulaient pour plaider. Je suis effrayé quand je lis que Pline le Jeune parlait des sept heures de suite Piiu.pp. /, , sans (\\\o personne que lui en fût fatigué. Quelquefois on marquait un temps précis , qu'il n'était pas permis de passer. Cicéron se plaint que dans une certaine ProRab. cause on l'avait resserré dans l'espace d'une demiheure. Pour marquer ce temps on se servait d'une horloge à eau appelée clepsydra. De Là viennent ces expressions de Quintilien, en parlant d'un avocat qui Quint. i.n, perd son temps en digressions \u\\\.\\e?, ^ femporibiis prœ- Jinitis aquam perdit : et de celui qui , ayant travaillé un trop long plaidoyer , n'en peut prononcer qu'une \)\\y\\^. : Inhoratam coTi^estnmque dieî'Uin ac noctiwn la. lib. i?., studio nctionem aqua déficit.
Quand les avocats avaient fini leurs plaidoyers et les répli(|ues, s'il y en avait, le préteur donnait aux juges les billets ou bulletins où étaient les marques du suf-
* "Si plures dicebaimis , pciora- har. .. {De Orat. r\.\'io.^ tioiiem milii tameii omnes reliiiquc- ' " l-'erè ponendae a me causae of-
bant. lu quo iil vidcrer excellere, iieiiim exigebatur. » (Quintii,. 1. 4 ,
• non iiigeulo , sed dolore asseque- c. 2.)
iG.
frage qu'ils devaient porter. Celle pour absoudre était marquée d'un A , celle pour condamner d'un C , la troisième de N. Ij. ce qui signifiait , Non Uquel , la cause n'est point assez éclaircie. Après avoir reçu ces bulletins , les juges s'abouchaient ensemble pour conférer sur la cause , in consiliwn ibaiit : puis chacun d'eux jetait dans l'urne le bulletin qui marquait son sentiment. Cette coutume avait été établie afin que le juge eût pleine liberté de prendre son parti , n'ayant point de témoins : mais aussi il ne devait pas en abuser pour juger contre la justice. Sur quoi Cicéron fait cette belle réflexion. « Alors le juge \ en donnant son « suffrage , ne doit pas se considérer comme étant seul, «ni comme pouvant prononcer à son gré; mais se « représenter qu'il a autour de lui la loi, la religion, « l'équité, la fidélité, qui forment son conseil, et qui « doivent lui dicter son suffrage. »
Enfin le préteur ramassait les petits bulletins qu'on avait jetés dans l'urne, et il prononçait selon la pluralité. La formule de prononcer était, pour l'absolution. Non videtur fecisse , « Il ne paraît point avoir fiiit telle action»: ou. Jure videtur fecisse^ «Il paraît avoir agi justement» : povu- la condamnation , Videtur fecisse , « Il paraît avoir fait telle action », on. Non jure videtur fecisse, « il ne paraît pas avoir agi justement» : pour un plus ample examen, et une seconde plaidoirie, ^w^//«.v cognoscendum , ou en un seul mot , Ampliîis , d'où est venu le terme ampliare. Il faut remarquer ce tour modeste que l'usage avait prescrit dans la formule de
' «Est illud'bominis magni atque concupiveril licere , sed h;ibeie in
sapienlis , (juuiu illain judicaiidi caii- consilio Icgem , religionem , îequita-
sâ tabellam sunipsciit , uou se putaie tem, fidcin. » ( Pro Clitcnt. n. iSp.) esse solum , uequc sibi quodcuniquc
HIST(J)Ki; JlOMAlNii. '2l\Ci
prononcer. Comme les connaissances des liomnies sont toujouis bornées et souvent sujettes à erreur, on avait voulu que le préteur ne prononçât pas d'un ton affirmatif, 7/ a agi injustement^ etc.; mais d'un ton plus inodesle , Il paraît avoir agi injustement, etc.
Pour l'ordinaire le préteur ajoutait au jugement qu'il avait prononcé la peine à laquelle était condamné le coupable : Jl paraît avoir fait violence: c'est pourquoi l'eau et le Jeu lui sont interdits.