V. G35. Consessu çavcse , magnis circensibus actis
Addiderat.
C'est par anticipation que Virgile les appelle jeux du Cirque qui n'existait point encore.
• « Iq luclis quanta sacra , quaiita suecedunt. » ( Tertull. de Spcct. sacrlUcIa pr<x-ccduiit , iiitercedunt , cap. 7.)
HISTOIRE ROMAINK. s/iç)
Tarquin TAncicn bâtit le Cirque dans la vallée Mur- Liv lii». i, cia, entre les monts Palatin et Aventin. 11 y fît des nionys. i.3, sièges pour les spectateurs, sur lesquels on était assis r='«- ^""• à couvert. Avant ce temps-là on était placé sur de inauvais amphithéâtres , construits de planches , et soutenus de simples perches. Cet édifice devint dans la suite l'ouvrage le plus magnifique et le plus surprenant de Rome. Il avait deux mille cent quatre-vingt-sept pieds de long , et neuf cent soixante de large. Il pouvait contenir, selon les uns, cent cinquante mille spectateurs, selon les autres, deux cent soixante ou trois cent mille. On l'appelait le grand Cirque.
Le Cirque servait à la course des chevaux et des chariots, aux jeux gymniques des athlètes, aux combats à pied et à cheval. La course du char était le principal et le plus ordinaire des jeux. Le char de ces sortes de courses était extrêmement petit et bas. Il y avait des chars à deux chevaux, bigœ; d'autres à quatre de front, quadrigœ; quelquefois aussi, mais fort rarement, à six chevaux de front, sejuges. Sous les empereurs, ceux qui conduisaient les chars étaient divisés en factions , selon la couleur de leur habit. D'abord il n'y eh eut que deux, la blanche, alba^ et la rouge, rubra ou riissea. Puis on y en ajouta deux autres, la \<^rie^ prasina, et la bleue, veneta. Ces factions du Cirque divisaient le peuple , les uns prenant parti pour une faction, et les autres pour une autre ; et comme il faut peu de chose pour émouvoir la populace , ces disputes souvent s'échauffaient jusqu'à causer des séditions OÎ4 il y avait beaucoup de sang répandu.
Je n'entre point ici dans le détail de ces courses et Hisi.anf. de ces combats : j'en ai parlé ailleurs avec assez d'éten- i-'^j'allV
due. Je me contente de remarquer qu'ils faisaient un plaisir extrême au peuple romain, et qu'ils lui rendaient le séjour de Rome infiniment agréable. Je parle des pauvres mêmes , qui étaient contents , et se trouvaient heureux, pourvu qu'ils eussent du pain et des spectacles.
Juvuual. Duas tantùm res anxius optât,
Panem et circenses.
Il ne doit pas paraître étonnant qu'un peuple guerrier, et qui ne respirait que les armes, eût un goût si marqué pour des spectacles qui étaient une vive image de la guerre , et qui lui représentaient , dans Iv sein même de la paix, des combats et des victoires. Mais à ces combats innoceiits on en ajouta dans la suite de cruels et d'inhumains, qui déshonorèrent une nation d'ailleurs si estimable. En effet, comment pourrait-on pardonner aux Romains, ni allier avec le caractère de bonté et d'humanité dont ils se piquaient, surtout dans les derniers temps de la république et sous les empereurs, le plaisir inhumain et barbare qu'ils prenaient à voir couler le sang humain , à mettre aux prises des hommes avec des bêtes féroces, à faire déchirer par des ours et par des lions de jeunes vierges, uniquement parce qu'elles refusaient d'abjurer Jésus- Christ, et à repaître pendant des journées entières leurs yeux d'un spectacle qui fait horreur à la nature, sans que les personnes même du sexe, naturellement tendres et compatissantes, parussent en être touchées en aucune sorte?
Les jeux scéniques, c'est-à-dire les représentations de tliéâtre, offraient au peuple de Rome des spectacles
HISTOIRE IIOMAINE. u5l
plus doux, et plus humains, mais non moins pernicieux au.v bonnes mœurs. Ces jeux paraissaient ne pas convenir beaucoup à un peuple belliqueux comme étaient les Romains. Aussi ne furent-ils mis en usage parmi liv. lih. 7 , eux que près de quatre cents ans après la fondation an. R. 3(ji. de Home. Ce fut un motif de religion qui y donna lieu % pour apaiser la colère des dieux, et faire cesser une peste qui faisait de grands ravages dans la ville. On voit ici jusqu'où allait l'absurdité de la religion des Romains. Ils croyaient fléchir la colère des dieux dans la peste, dans la famine, dans les défaites des armées, et dans d'autres malheurs publics , en célébrant des jeux qui consistaient en danses, en chansons grossières et en bouffonneries. Les généraux d'armée et le sénat croyaient faire une action d'une vertu bien méritoire en vouant de pareils jeux pour obtenir la victoire. Quel aveuglement! quelle perversité!
Les commencements de ces jeux furent d'abord très -rustiques et très -imparfaits. C'étaient des farces grossières, sans suite, sans plan , sans unité de dessein. Plus de cent ans après, \e poète Livius Andronicus An. r. ;ît2. donna à ces représentations une forme plus régulière, en traitant un sujet , une action divisée, selon les règles de l'art , en actes et en scènes. Le poète était lui-même acteur, mêlant à la prononciation le chant et la danse. Les choses se perfectionnèrent peu à peu, et prirent une lace toute nouvelle , par les divers changements qu'on iïitroduisit dans la représentation de ces pièces. Les théâtres répondirent d'abord , comme cela était
» « Victis siiperstitlone anlmis, placaniina insfituti clicuutur. •> (Liv. ladi quoqiie scenici , nova res belli- lib. 7 , n. 2. ) coso populo... iutei alia cœlestis ira?
•25'2 lllSTOlllE ROMAINK.
naturel , à la grossièreté des pièces qu'on y jouait ' ; mais ils furent portés dans la suite , comme nous le verrons bientôt, à une magnificence qu'on a peine h comprendre.
Je me hâte de revenir aux édiles , dont je ne pouvais exposer les fonctions sans donner auparavant une légère idée des jeux du Cirque et du théâtre.
Pour commencer par les jeux du Cirque, il faut remarquer que les uns étaient ordinaires et réglés , d'autres extraordinaires , et célébrés pour différentes causes et différents besoins qui survenaient. Parmi les derniers, ceux qu'on appelait votifs ^ ludi votivi ^ sont ceux dont il est parlé le plus souvent dans l'histoire. Dans les malheurs publics , comme dans une maladie contagieuse , ou après la perte d'une bataille , on célébrait des jeux solennels pour apaiser la colère des dieux, à laquelle on attribuait ces malheurs. Souvent les généraux, en partant pour la campagne, et quelquefois dans le feu même du combat, s'engageaient par vœu à faire célébrer des jeux en l'honneur des dieux , s'ils leur accordaient la victoire : car ils étaient intimement persuadés que c'était la Divinité qui réglait tous les événej.iv. lii). 36, ments. Quand le peuple romain eut arrêté qu'on ferait la guerre contre Antioclius, roi de Syrie, le consul Acilius, à qui ce département était échu par le sort, fit, par l'ordre du sénat, le vœu suivant, dont le grandpontife lui dictait les paroles : Si la guerre que le peuple romain a déclarée a AiUiochus réussit et se termine selon les désirs du sénat et du peuple romain, alors,
' « Inter aliaruin jiarva principia ijuàm ab sano initio res ii» hanc %ix rerum, ludonim quoriiic prima oii- opulentis regnis tolerabilem insago poneuda visa est; ut apparcret , uiam veneiit. » (Liv. lib. 7 , c. 2.)
HISTOFRK KOMAIJVK. u53
^^raiid. Jupiter, le peuple romain fera célébrer les grands jeux pendant dix jours de suite , et l'on o/Jrira des présents à tous les grands dieux : et l'on emploiera pour ces cérémonies la somme d'argent qui sera fixée par le sénat.
Dans CCS jeux extraordinaires et votifs , c'était le j)ublic qni en faisait les frais; et la somme qu'on y employait était quelquefois réglée sur un nombre ternaire, fort respecté chez les anciens, et regardé comme religieux et sacré. Après la défaite de Flaminius par Annibal près du lac de Trasimène, les Romains , pour apaiser la colère des dieux, s'engagèrent par vœu à faire célébrer les grands jeux', et à y employer la somme de trois cent trente-trois mille trois cent trentetrois as et un tiers ^. Les généraux obligeaient les ennemi*s qu'ils avaient vaincus, et souvent même les alliés du peuple romain , à contribuer pour la dépense de ces jeux. M. Fulvlus avait tiré de plusieurs villes , pour cet lj^, m, ;,. usage, cinquante -cinq mille livres, centum deceni °* ''" poiido auri. Le sénat, qui trouvait cette somme trop considérable, consulta les pontifes pour savoir s'il était nécessaire de l'employer tout entière à cet usage. Ils répondirent que non , et en conséquence on permit à Fulvius d'en prendre ce qu'il voudrait, pourvu que cela ne passât pas la somme de quatre-vingt mille as, c'est-à-dire quatre mille livres. Quelques années après, i'' ''•';'"> le sénat fixa la même somme à Q. Fulvius sur celle '^"'- ^ ''' ^• qu'il avait tirée des Espagnols. Ce qui avait donné lieu à cette dernière fixation, c'étaient les dépenses extraor-
' " Ejusdem rti causa liidi ni.-ifrni (Liv. lib. 22 , c. 10.) voli, œris tri-cenlis tripiiita niillibiis ' Cette somme monte A un peu
Irecentis triijinta tribus, et trit- ntc. » plus île i<36fio livres.
dinaires ^ qu'on avait faites pour les jeux représentés par Ti. Sempronius, édile, et qui avaient été à charge non-seulement à l'Italie et aux alliés latins, mais aux provinces même du dehors.
Dans ces jeux votifs, nous ne voyons point quelle était la part qu'y prenaient les édiles, si ce n'est qu'il est vraisemblable qu'ils étaient chargés , en qualité de magistrats de la police, d'y maintenir le bon ordre. Il n'en était pas ainsi des jeux dont la représentation était attachée à leur charge, c'est-à-dire des jeux de C^érès , des jeux floraux, et des grands jeux ou jeux romains. La célébration de ces jeux se faisait aux frais et aux dépens des édiles, et il en était de même des jeux plébéiens pour les édiles du peuple.
Comme les jeux étaient toujours précédés d'une procession solennelle oii l'on portait en pompe les images et les statues des dieux, où les pontifes, les prêtres, les augures , et tous les officiers attachés au culte des dieux et de la religion marchaient en habits de cérémonie, les édiles étaient chargés de tenir les rues et les places par oii devait passer la procession, ornées le plus magnifiquement qu'il était possible de tapis, d'étoffes précieuses, de tableaux, de statues. Ils mettaient pour cela à contribution, pour ainsi dire, tous leurs amis, et les provinces même où ils avaient quelque crédit. C'était aussi aux édiles à fournir les chars, les chevaux, les écuyers{[ui les conduisaient, les gladiateurs, les récompenses qu'on donnait aux vainqueurs. Une de leurs grandes attentions était de ramasser le plus qu'ils pou-
I «Decreverat id scnatus , propter modo Italiœ ao sociis latini nuiuiuis, effusos sumptos factos iu ludos Ti. scd etiani provinciis externis fue- Sciiipronii a;dilis , qui graves non rant. » ( Liv. )
valent (le brtcs rares et curieuses, comme des lions, (les tigres, des panthères, spectacle fort agréable au peuple. Svlla attribuait le refus qu'il avait éprouvé la piui.inSviia, première fois qu'il demanda la préture au dessein qu'avait le peuple de le forcer à prendre l'édilité, parce que son amitié avec Bocchus faisait espérer au peuple de ])eaux jeux , où l'on verrait des bêtes rares qui lui seraient envovées d'Afrique. On peut voir dans les lettres de Crelius avec quelle vivacité il pressait Cicéron % qui était dans son gouvernement de Cilicie, de se donner du mouvement pour lui procurer des panthères. Tous ces soins, et beaucouj) d'autres que je passe, entraînaient nécessairement de grandes dépenses.
Il en faut dire autant àe^jeux scéniques. Il n'y avait point à Rome de théâtre. Il fallait que les édiles en fissent construire un nouveau tous les ans ; et , vu la quantité du peuple qui devait y trouver place , h quels frais un tel ouvrage ne montait - il point! Il fallait l'orner et l'embellir de tout ce qu'il y avait de plus précieux et de plus magnifique. C'étaient les édiles ({ui payaient les acteurs ou comédiens aussi-bien que la musique; car on n'exigeait rien des spectateurs. C'étaient eux aussi qui payaient au poète Te prix de la pièce qui devait être représentée. Suétone nous apprend que ïé- Sncton. in renée eut, pour la comédie intitulée V Eunuque , huit mille pièces, octo millia nummilm (ou sestertiiun ^ ce (jui est la même chose), c'est-à-dire mille livres^, ce qui était en ce temps-là une somme fort considérable.
Quiconque aspirait aux honneurs ne pouvait se dispenser de ces dépenses. L'édilité était la première des
• .. Keiè litteiis omnibus libi de pantheris sciipsi.» ( Cic. Ep. famil. 8. )
• 1^37 Ir. — L.
dignités curules de Rome : l'âge d'entrer dans l'exercice de cette charge était trente-sept ans. Deux ans après venait la préture , et , après un pareil intervalle de deux autres années , le consulat. Or , la manière dont on s'était conduit dans 1 edilite et dans la représentation des jeux contribuait beaucoup à gagner ou à aliéner le peuple par rapport aux dignités qui devaient suivre. i)e0ffic.i.2, Maniercus, homme très-riche et très-puissant, dans la demande qu'il fit du consulat , essuya un refus honteux, parce qu'il s'était dispensé de passer par l'édilité , dans la crainte des dépenses que cette charge entraînait nécessairement. Le peuple, comme je l'ai déjà remarqué, était infiniment sensible au plaisir des spectacles, soit du Cirque, soit du théâtre, et il y passait des journées entières sans s'ennuyer. La comédie de Térence dont j'ai parlé fut représentée deux fois en un seul jour, d'abord le matin , puis l'après-midi ; et c'était sur les demandes empressées du peuple que les pièces de théâtre étaient ainsi réitérées. Ce peuple voulait être obéi et l'était. L'Hécjre ^ , autre comédie du même poète, eut un sort tout contraire , et fut deux fois interrompue , parce que le peuple voulut voir des danseurs de corde, ou autre spectacle pareil. Il préférait ceux du Cirque à ceux du théâtre ^, et aimait heaucouj)
' . . . . Novum liitervenit vitium et calamitas, Ut ueque spectari , ueqac cognosci potuerit : Ita pojiulus studio .stu])idu.s iu funainbulo Aiiiiniim occupârat.
( In Prolog. )
'■'■ Media iuter carinina poscuiit
Aut ursuiii , aut piigiles : liis nain pleLecula gaudet... si foret, in terris, rideret Uemocritus, scu Diversum confusa gcuus panllicra caniclo, Sivc clcphas albus vulgi convertcrct ora : Spectaret populum ludis atteutiùs ip.sis , Vt sibi prndjcntcni miino spcctacula phira.
( Hf)RAT. Ei)ibt. ad Aiigiisi. I II , V. i,S;î-i()4 ]. )
HISTOIJIJ'; IIOJMAIWK. uS?
mieux voir des bêtes extraordinaires , des tigres , des panthères, un éléphant blanc, que d'entendre déclamer les meilleurs acteurs. C'est ce qui fait dire agréablement à Horace, que si Démocrite eût assisté à ces jeux, ce n'auraient été ni les panthères ni les éléphants qui lui auraient servi de spectacle, mais le peuple, qui lui aurait paru plus stupide et plus bête que les bêtes mêmes.
Cicéron affectait de ne se pas montrer si rigide. 11 n'est pas étonnant % dit-il, que la multitude soit si fort sensible à la magnificence des jeux , puisque nousmêmes , à qui les affaires ne laissent aucun moment de loisir, et qui d'ailleurs pourrions trouver au milieu de nos occupations beaucoup d'autres délassements, sentons néanmoins du plaisir dans les spectacles du cirque et dans les représentations du théâtre. Cicéron plaidait contre le jurisconsulte Servius Sulpicius, qui voyait avec dépit que Muréna avait gagné les suffrages et la faveur du peuple par la magnificence des jeux qu'il avait représentés en qualité àe préteur^ ^ et qu'en conséquence il lui avait été préféré dans le consulat. « Croyez-vous ^ , lui dit-il , que cette scène ornée par «Muréna de décorations d'argent, sur laquelle vous « vous efforcez de jeter du ridicule , ne lui ait pas a donné de l'avantage sur vous par rapport au con-
' "Si nosmetipsi , qui et ab de- aussi de donner de certains jeux,
lectatione omninegotiis inipediniur, Ceux dont il s'agit ici étaient les
et in ipsa occupatione delectationes jeux apollinaircs.
alias multas habere possumus, luilis ^ «Tibi, qui casu nullos ( ludos )
tamen oblectainur et ducimur; quid feceras, nihil hujus istam ipsuni,
tuadmirere de multitudine indoctà ?» quani irrides, argeuteam scenani ad-
(Crc. /7ro Mh/-. n. 39.) versatam putas ? » (Cro. /jro Mur.
^ Les préteurs étaient chargés n. 4o.)
Tuine XI F. Hist. Rom. i n
«sulat, d'autant plus que vous ne vous êtes jamais ce trouvé dans le cas de donner des jeux au peuple ? » Cicéron, dans ce qu'il dit ici de son goût particulier pour les spectacles , parle comme orateur , ayant besoin pour-lors de relever l'agrément de ces jeux pour le bien de sa cause : mais dans le fond il pensait bien différemment , comme on le voit par une fort belle lettre qu'il écrit à un de ses amis % dans laquelle il le félicite de ce qu'il ne s'est point trouvé aux spectacles que Pompée avait donnés au peuple pour la dédicace de son tliéâtre, supposé que ce ne soit point la maladie qui l'en ait empêché,' mais que ce soit par choix et par jugement qu'il ait négligé ce que les autres admirent et recherchent sans raison. « Au reste, lui dit-il, les jeux ont cf été fort beaux , mais point du tout de votre goût, car « j'en juge par le mien... En effet, quel plaisir une perce sonne sérieuse et raisonnable peut-elle prendre à voir (( ou un homme faible déchiré par une bête très-forte , « ou une bête fort belle percée par un javelot ? »
C'était donc un puissant moyen de plaire au peuple et de se le rendre favorable dans la distribution des charges que de lui procurer des jeux et des spectacles qui lui étaient si agréables. Les citoyens les plus sages et le mieux intentionnés étaient obligés de ménager sa
' «Si te dolor aliquis corporis , alii, ncglexciis... Onininô,siqiiaen.s,
.-lut infirinîtasvaletudinistuaeU'nuJt, ludi apparatissinii , scd non tui sto-
quominùs ad ludos venires, fortuna; niachi : conjccturaiu enim facio de
magis tribuo, quàni sapientia; tuœ. lueo... Qua- potest esse horaini poli-
Sinhœc, qua; ca-teii niirantur , con- tico delectatio, qiiinu aut honio im-
temnenda duxisti , et quum per vale- becillus a valentissima bestia lacera-
tudinem posses , vei""^ tamen nobii- tur, aut pia'clara bestia venabulo
sti : utriimque laetor , et sine dolore tiansverberatui? >> (Cic. Epist. i,
corporis te fuisse, et animovaluisse, lib. 7.) (|iium ea, quse sine causa mirantur
M ISTOI HT. IIOMAIIVE. 9.5c)
(Iflicatosse , cjui sur ce point était oxtivnie : mais ils le faisaient avec retenue et modération % évitant avec un égal soin les deux excès ojDposés d'une avarice sordide et d'une prodigalité fastueuse, et réglant la ([uantité de leurs dépenses sur celle de leurs revenus. C'est ainsi que Cicéron se conduisit dans son édilité ^. Il nous apprend lui-même que les frais qu'il y fît ne montèrent ([u'à une somme très - médiocre , et que cependant la préture et le consulat lui furent déférés par le peuple avec des marques de distinction très-flatteuses pour lui. Julius Agricola se conduisit avec la même prudence <lans les jeux que sa charge de préteur l'obligea de donner au public. Il garda dans cette frivole cérémonie un sage tempérament entre une raison trop austère qui interdit tout ^, et une magnificence qui ne connaît point de bornes, évitant un luxe fastueux, mais employant pour ces jeux une noble dépense capable de lui faire bonneur. Cicéron avait su mériter l'estime et la faveur de ses concitoyens par des qualités plus solides et plus essentielles , dont le peuple même , tout léger qu'il paraît , marque dans l'occasion qu'il fait réellement plus de cas que de l'appareil des jeux le plus superbe et le plus magnifique , qui ne le touche que pour des moments, et dont il perd le souvenir presque aussitôt que le spectacle a disparu.
' " In liis mediocritatis régula op- suffragiis adepti sauius nostro qui-
liina est... Si postulatur a populo.... dt'in aiino... sanc cxigiius sumptus
(aciendum est, modo pro facultati- a-dilitatis fuit.» (Id. ihid.) l)us, nos ipsi ut fcciraus. » (Id. de ■* « Ludos et inania houoris modo
O^f. lib. 2 , n. iiS , Sg.) lafionis alque abundantiœ duxil ,
* ■< Nohis qunrjue licet in hoc uti longé a luxuria, itâ fania- pio-
qnodauiraodo gloriari. Nam pro ani- jiior. » ( Tacit. in Agric. cap. 6. ) pliludiuc hononiiii , quos cunctis
Les petits esprits, dont tout le mérite consiste dans leurs richesses , font consister leur gloire à en faire parade et à les donner en spectacle au peuple. C'est ce qui fit porter, dans les derniers temps de la république, la magnificence des jeux à des dépenses énormes et incroyables , auxquelles Tite-Live a raison de dire que le revenu des princes les plus opulents aurait à peine suffi. L'édiiité de M. Scaurus, que l'on peut placer l'an de Rome 694 -, nous en fournit un mémorable exemple.
iMiii.iib.3f), Le bâtiment qu'il construisit était % selon Pline, le plus grand ouvrage qui eût été fait jusque-là de main d'homme , aussi solide que s'il eût dû subsister éternellement , et il ne devait néanmoins durer qu'un mois tout au plus : c'était un théâtre. La scène avait trois rangs de colonnes , dont le nombre montait jusqu'à
id. lih. 17, trois cent soixante. La partie inférieure de la scène *"P' '■ était de marbre; celle du milieu, de verre ou de cristal, luxe inouï devant et après; celle d'en-haut, de planches dorées. Les colonnes d'en-bas avaient trentehuit pieds de hauteur. Il y avait trois mille statues d'airain placées entre les colonnes. Le parterre et l'amphithéâtre pouvaient contenir quatre - vingt mille hommes. Les étoffes précieuses, les tapis et tapisseries, les tableaux, en un mot, tout l'appareil et l'ornement du théâtre montait à une somme si énorme, que ce qui en resta, après que Scaurus en eut employé une grande partie pour orner sa maison de la ville , ayant été transporté à Tuscule dans sa maison de campagne, et entièrement brûlé dans un incendie, la perte fut
' <• Hic l'ecit in ,xdilit;ite .sua ojmi.s poraiiâ iiiorà, verùin etiam aelcrniinaximuin oinniiiin , qua; uiiqiiaia latis dcstinalioiie. » (Plin, ) fuère buniaiià manu lartâ , non ti-m-
HISTOIIU: IIOMAINK. 26 1
«•stiiuéo douze millions ciiKj cent mille livres : HS millics ^ c'est-à-dire sestertiâni milites centetia inillia^ . Quand le temps du spectacle fut fini , Scaurus fit conduire toutes les colonnes dans sa maison. L'entrepreneur chargé de l'entretien des égouls exigea de cet édile (ju'il s'engageât à payer le dommage que le transport de tant de colonnes si pesantes pourrait causer aux voûtes qui, depuis Tarquin l'Ancien, c'est-à-dire depuis près de cinq cents ans , étaient toujours demeurées fermes sans aucune altération, et elles soutinrent encore une si violente secousse sans s'ébranler.
Pline a raison de s'écrier que l'édilité de Scaurus Piin. lib. ii;, acheva de ruiner et de renverser les mœurs publiques : * ^' " cujiis ncscio an œdililas maxime prostraverit mof^es civiles. Croirait-on qu'en si peu de temps le luxe eût pu faire de si rapides progrès? On avait fait un crime m. ibid. à L. Crassus d'avoir fait porter dans sa maison six petites colonnes de marbre, qui n'avaient que douze pieds de hauteur ; c'étaient les premières qu'on eût vues à Rome : et trente ans après ou environ , les magistrats voient porter dans celle de Scaurus trois cent soixante colonnes d'une hauteur^ extraordinaire. Ils le voient et le souffrent ^ ; et cela , dit Pline , à la vue et sous les yeux du grand Jupiter et des autres dieux , dont les statues n'étaient que de terre et d'argile. Mais les magistrats reconnaissent leur impuissance, et avouent que le luxe est plus fort que les lois , et ils
20,468,000 fr. — L. ista oinisèrc inoribus victls : fruslrà-
' '< Tacuère tanfas moles in pri- que interdicta quœ vetuerant ccrnen-
vatam domiim trahi praeter fictilia tes , nidlas potiiis, qiiàni irritas , esse
deonim fasiigia... Ficlilem efligiem Icges raalueruut. » (Pmn. lib. 3^,
Jovis (lib. 35, cap. 12)... Niiuirùin c. 3.)
aiment mieux 11e point faire de règlements qne de les voir violer avec hardiesse et impunité.
C'est une maxime quelquefois nécessaire dans la politique , dont Tibère fit usage dans une occasion assez semblable à celle-ci. Sur les plaintes des édiles , au sujet du luxe porté à un point qui ne pouvait plus se souffrir, le sénat, qui avait été consulté, remit l'affaire à la prudence de l'empereur. Tibère ^ , après avoir long-temps délibéré de l'ordre qu'on y pourrait apporter ; si le remède ne serait point plus dangereux que le mal ; combien il lui serait honteux d'entreprendre une chose dont il ne pourrait venir h bout, ou dont l'exécution serait fatale aux plus illustres familles, insinua au sénat , dans une belle et longue réponse qu'il lui fit, que, dans l'état où étaient les choses, il serait peut - être plus sage de ne point toucher à des désordres qui, par une longue impunité, avaient pris le dessus, que d'entreprendre une réforme qui ne servirait qu'à mettre en évidence la faiblesse et l'impuissance des réformateurs.
offic.i, 2, Cicéron, dans le second livre des Offices, nous apprend le jugement que nous devons porter de ces ouvrages magnifiques et de ces dépenses énormes qui n'ont pour but que le divertissement du peuple ; et je finirai par là ce petit traité sur les fonctions des édiles. Comme il respectait le souvenir de Pompée, il ne veut
' « Tiberius , sa'pi; apud se pensi- coinposiiit. » (Taiut. /tnital. lib. 3 ,
tato, an coeiceri tam eff'usx cupi- cap-^s.)
tlines possent; nuiii coercîtio plus « Nescio an suasurus f'uerim omil-
damni in rempublicam f'erret , (juàni terc poliùs jirœvalitla el adulta vilia ,
indccorum attreclaie fjiiod non ob- qiiàm hoc adsequi, ut palàin fieift
tinei'etur , vel retentiiin îguoniiniain quibus flagitiis impaies essemus. »
etinf'anuam vironiiii iHii.stiimii po- (Ibid. cap. .î3.) sceret , postremù littcras ad .scnatiiiii
u. 5fi.
iris roiiiK iioiMMNi:. nG'i
pas concianincr par hii-inciiie les grands ouvrages par lesquels cet illustre ami avait prétendu éterniser la mémoire de son nom; mais il le fait d'une manière moins expresse par la bouche des autres. « Quant aux dé- « penses % dit-il , qui se font en théâtres, en portiques , «et même en nouveaux temples, la considération de « Pompée me rend plus réservé à les blâmer : mais je «f vois de très-habiles gens qui ne les approuvent pas. » Pompée, au retour de la guerre contre Mithridate, avait fait bâtir un superbe théâtre, qui, selon Pline, pouvait contenir quarante mille spectateurs. Il était à. demeure et pour toujours , au lieu qu'auparavant les théâtres, ceux - mêmes qui avaient coûté \e plus, n'étaient que pour un temps fort court. A la vue d'un ouvrage si grand, et en apparence si nécessaire, ne s'attendrait-on pas que Cicéron se répandît en louange et en admiration ? On a vu comme il s'explique.
Il avait mis auparavant sur la scène deux célèbres philosophes , qui étaient partagés de sentiments sur cette matière. « Je ne puis assez admirer , dit Cicéron , « que ïhéophraste, dans un livre qu'il a fait sur les « richesses , où il dit beaucoup de bonnes choses , ait « pu tomber dans une aussi grande absurdité que de « louer l'appareil et la magnificence des spectacles que « l'on donne au peuple, et de faire consister l'avantage « de l'opulence à pouvoir faire de ces sortes de pro- « fusions.
« Combien y a-t-il plus de sagesse et de vérité dans « les reproches qu'Aristote ^ nous fait de n'être point
' •■ Theatia, porlicus, nova teni- ' <• On croit qu'il y a faute dans
pla vereouudiùs ii-prehendo ju-opter ce nom, parce cju'ou ne trouve point
Poinpeiuni : sed doctissiaii non pro- dans les ouvrages d'Aristyle ce pasbaut. »
« épouvantés de voir faire de telles profusions pour le « divertissement du peuple ! Quand on apprend , dit ce « philosophe , que , dans une ville assiégée , un verre « d'eau a été acheté cinquante francs ( minam ^ ) , il n'y « a personne qui n'en soit frappé , et on ne le pardonne « qu'à la nécessité qui y contraint. D'où vient donc « qu'on trouve si peu étranges ces dépenses prodi- « gieuses , qui ne sont pour le soulagement d'aucune (( sorte de nécessité , et qui ne sont point capables « d'augmenter ce qu'on peut avoir de considération et « de dignité ? Le plaisir même qir'elles font au peuple « n'est qu'un plaisir de quelques moments ^ , qui ne « touche que ce qu'il y a de moins solide et de plus a méprisable parmi ce peuple , et dont il perd la mé- « moire aussitôt presque qu'il a cessé d'en jouir, »
A ces dépenses frivoles , et en même-temps énormes , Cicéron en substitue d'autres qui entraînent moins de frais et font plus d'honneur : « La construction des murs (c de la ville , celle des havres et des ports , les con- « duites d'eaux , les grands chemins , et toutes les autres « choses qui sont utiles à la république. Les largesses « qui sont comme des présents de la main à la main « font un plaisir plus vif et plus sensible , mais celui « qui revient de ces autres ouvrages est bien plus solide f( et plus durable. »
Liv. ep. 48- Cicéron parle ici en vrai Romain , et en Romain des bons siècles. Six - vingts ans avant lui , P. Cornélius
Vell. lib. 1 caf
sage que Cicéron eu rapporte. := thudinis sit ad brève exiguumque
Mais ce passage peut appartenir à tempus, eaque a levissimo quoque :
un ouvrage d'Aristotc que nous in quo tainen ipso, unà cuin satie-
avons perdu. L. tate,memoria quoque morlatur vo-
' 91 f'r. — L. Inptatis. >■
' << Quuni ipsa illa delectatio inul-
Scipio Nasica pensait de même. Les censeurs précédents A^pian. avaient chargé des entrepreneurs de bâtir de pierres de pag. 367. taille un tliéatre stable et permanent. J'ai déjà remarqué qu'auparavant on en élevait à mesure qu'on en avait besoin. Les censeurs représentaient qu'il paraissait bien plus raisonnable et bien plus conforme à la dignité de la république d'en avoir un qui fût à demeure : que cette entreprise , à en bien juger, était une épargne juste et nécessaire, et que, par une dépense faite une fois pour toujours , on épargnait aux édiles et aux magistrats la nécessité presque inévitable de se ruiner chaque année , ou du moins d'affaiblir considérablement leurs revenus : outre que, de la sorte, les spectateurs se trouveraient bien plus à leur aise.
Il faut l'avouer, ces raisons paraissaient fort plausibles. Cependant Scipion Nasica, alors grand-pontife, homme d'un rare mérite et d'une sagesse généralement reconnue , s'opposa vivement à cette entreprise , comme à une nouveauté contraire aux anciens usages, pernicieuse aux bonnes mœurs, et qui pourrait avoir de trèsfâcheuses suites. Il exhorta les sénateurs à ne pas donner lieu au luxe et à la mollesse des Grecs , d'énerver et de corrompre le courage mâle des Romains, et à ne pas Inviter en quelque sorte le peuple, déjà trop porté par lui-même au plaisir des spectacles , à s'y livrer sans mesure , et à y passer les journées entières avec d'autant plus de satisfaction , qu'il y trouverait désormais toutes ses commodités.
Le sénat, touché de ces remontrances % fit paraître
' « Cai , in demoliendo , exiiiiia ma publicae voluntatis argumenta civitads severitas et consul Scipio nuineraverim.» ( Vell. lib. i , c. i5.) r«stiteiunt. Quod ego intcr clarissl-
une sage et ferme sévérité , que Paterculus regarde comme une preuve des plus éclatantes du zèle de cette compagnie pour le bien public. H ordonna que l'ouvrage , qui était déjà fort avancé , serait interrompu ; qu'on abattrait ce qui était bâti , et qu'on en vendrait les démolitions. Il défendit de plus d'élever , soit dans la ville , soit au-dehors , a plus près que mille pas de la ville , aucun tbéâtre où il y eût des sièges pour s'asseoir , et ordonna que le peuple assisterait , comme auparavant , debout aux spectacles , afin que ^ cette attitude et cette posture peu commode montrassent que les Romains portaient jusque dans leurs divertissements mêmes un caractère de vigueur mâle , et d'une patience capable de soutenir les plus dures fatigues; et sans doute aussi pour ne leur pas laisser la tentation et l'envie de prolonger la durée des spectacles.
Pompée ne fut pas si délicat. Tertullien, dans son livre des Spectacles, rapporte que Pompée n'osa pas, dans son édit d'invitation a la dédicace de cet ouvrage, nommer le tbéâtre , mais fit mention expresse seulement du temple de Vénus, auquel, dit-il , nous avons joint des degrés et des sièges pour la commodité de ceux qui assisteront aux spectacles. Aussi Tacite nous apprend-il que les anciens ^ et les plus sages de la république lui surent fort mauvais gré d'avoir construit un tbéâtre à demeure, au lieu qu'auparavant on attendait,
' "Ul scillcet reniissioni animo- posuisset : nain anteà subitariis gia-
runi jiincta slandi virilitas propria dibus , et scenâ in teiupus struclà ,
romanac gentis nota esset. » (Vai,. ludos edi solitos ; vel , si vetustlova
Max. lib.2, c. /J.) répétas ,stanlcm populumspectasse :
^ «Erant qui Cn. rpioque Pom- ne , si consideret , ibeatro dies totos
peiuni încusatuin a senioribus fer- ignaviâ continuaret. » (Tac. Annal.
rent, quod niansurani theatri sedem lib. i4,c. 20.)
HisToir. i: r.OMAiNE. 267
pour en préparer un , (ju'il fallût célébrer les jeux. Et même, en remontant plus haut, on trouvait (jue le j)cuple avait assisté debout aux spectacles ; et que de lui préparer des sièges, c'était comme l'exhorter îi passer les jours entiers au théâtre dans l'oisiveté et la nonchalance.
ARTICLE m.
Entre les monuments' de la magnificence romaine, les trois qu'on admirait le plus étaient les grands chemins de l'empire, les aqueducs, et les cloaques ou les égouts : nous avons vu qu'ils avaient quekjue rapj)ort à l'édilité. Je les traiterai succinctement, pour en donner une légère idée , et ne pas ensevelir tout-à-fait dans le silence une matière plus capable qu'aucune autre de (aire connaître la grandeur du peuple romain. Je ferai usage de ce qu'en a écrit le savant bénédictin don Bernard de Montfaucon.
§ L Les grands chemins.
Le premier de tous les Romains qui s'est rendu célèbre par la construction d'un grand chemin est le censeur Appius Claudius , dont nous verrons bientôt Tliistoire. Ce chemin fut appelé, de son nom, la voie Appienne. Il la conduisit depuis la porte de Rome nonnnée Capene jusqu'à la ville deCapoue : le domaine des Romains ne s'étendait pas alors plus loin. Elle fut ensuite continuée, soit par Jules César, soit par Auguste,jusqu'à la ville deBrundusium (Brindes). Sa longueur, dans toute cette étendue, était d'environ trois
'i68 HISTOIRE ROMAINE.
cent cinquante milles, c'est-à-dire de cent quinze de nos lieues. C'était la plus ancienne et la plus belle de toutes les voies romaines ; aussi en était-elle appelée la reine.
Siatius Sylv. Quà limite noto
' ■ ^' Appia longarum tcritur regina viaruin.
Dio. 1. 53, Le centre de tous ces grands chemins était la pierre ''■ ' milllaire, qu'on. appelait milliarium aureiiin , plantée au milieu de Rome par Auguste. De là les chemins se divisaient en un grand nombre de branches, qui s'étendaient dans toutes les parties de l'empire romain. pi.it. in Q Gracchus s'appliqua avec un soin particulier à
vitaGracclu, i i i i
pag. 837. rétablir et à redresser les grands chemins. Il les partagea par espaces égaux, qu'on appelle milles, parce qu'ils contiennent mille pas géométriques. Le mille est à peu près de huit stades^. Pour marquer ces milles, il fît planter de grands piliers de pierre , des colonnes , sur lesquelles était inscrit le nombre des milles : de là cette locution si fréquente dans les auteurs, tertio, quarto, qiiinto lapide ab Urbe. Ces milles sont encore aujourd'hui d'une grande utilité dans la géographie, pour connaître la véritable distance des lieux dont parlent les auteurs anciens. Ils étaient aussi fort commodes pour les voyageurs', qui sont bien aises de savoir au juste ce qu'ils ont fait de chemin , et combien il
' Il en faut vingt pour notre lieue spatia. Nam et exhaustl laboris nosse
commune, qui est de 9.5oo pas. = mensiiram, voluptati est, et horta-
II en faut 3(> pour la lieue de ■?.o au tur ad reliqua fortiùs exsequenda ,
dé{;ré; et u/| pour la lieue comnnine scire quantiini supersit. Niliil euim
de 25 au degré. — L. longum videri necesse est, in que
^ «Facientibus iter multuin detra- quid ultimum sit certum est. »
huut fatrgationis iuscripta lapidibus (Quint, lib. 4, c. 5.)
iiisToiRf; uonT/viNE. 269
leur en reste encore à faire ; ce qui est pour eux une espèce de délassement.
Graceluis ajouta encore à ces chemins un secours d'une grande commodité, en y faisant planter aux deux côtés de belles pierres debout, à une médiocre distance Tune de l'autre, afin qu'elles aidassent les voyageurs à monter à cheval sans le secours de personne : car anciennement on ne se servait point d'étriers.
I^a longue et stable durée de ces ouvrages , dont une partie s'est conservée jusqu'à nous , montre avec quelle attention et quelle habileté ils avaient été construits, ce qui n'a été imité depuis par aucune nation. Quoique la voie Appienne ait environ deux mille ans d'antiquité, on la voit encore en son entier l'espace de plusieurs milles du coté de Fondi, sans parler de quelques autres endroits où l'on en trouve de grands restes. Mais les pierres de dessus étant ébranlées ou détachées , on évite ce pavé , comme extrêmement incommode aux calèches et aux autres voitures roulantes.
En d'autres endroits on trouve de longs espaces où la surface du pavé s'est très-bien conservée, et est unie par-dessus comme une glace. Les pierres de ce pavé sont de couleur de fer, et d'une dureté qui passe le marbre. Elles sont si bien jointes ensemble, qu'en plusieurs endroits on ne saurait faire passer entre deux pierres la pointe d'un couteau. I^a surface en est , comme nous avons dit, tout unie comme une glacx^; ce qui fait qu'en temps de pluie les chevaux glissent, et qu'en tout temps, dans les endroits les plus nets et les plus unis, on ne peut guère y aller vite. Les pierres qui font la surface ont d'épaisseur environ un pied de roi; les chemins sont plus élevés que le terrain voisin.
Il est des endroits où l'on a coupé des montagnes , et même de grandes roches pour les continuer. Cela se voit principalement à Terracine , où le rocher coupé a près de six-vingts pieds de haut. On a laissé en has pour chemin la roche plate, mais sillonnée, afin que les pieds des chevaux y pussent tenir sans glisser.
Cette solidité merveilleuse de la voie Appienne et des autres vient non-seulement de la grosseur et de la dureté des pierres bien unies, mais aussi du grand massif qui les soutient. J'ai observé, dit le P. de Montfaucon , une partie de la voie Appienne, dont on avait ôté toutes les grandes pierres de dessus , ce qui me donna lieu de considérer à loisir la structure de ce massif. Le fond en est de moellon , ou de blocaille mise en œuvre avec un ciment très-fort , et (ju'on a grande peine à rompre. Au-dessus est une couche de gravois cimenté de même, entremêlée de petites pierres rondes. Les grosses pierres qui faisaient le pavé s'enchâssaient aisément dans cette couche de gravois encore molle ; on y trouvait la profondeur nécessaire pour ces pierres d'épaisseur inégale. Tout ce grand massif, avec les pierres, pouvait avoir environ trois pieds de haut.
11 y avait des lieux où ces grands chemins avaient des banquettes pour les gens de pied. Leur largeur était de moins de deux pieds , et la hauteur d'un pied et demi , ou environ. La largeur ordinaire des chemins est d'un peu moins de quatorze pieds ; ce n'est précisément que ce qu'il fallait pour deux chariots : cette largeur répond mal, ce semble, à la beauté du reste de l'ouvrage.
Nous avons dit que les Romains se faisaient de grands chemins à travers les montagnes. Nous en avons un
Il I ST (J I K i: Il ( ) M A I N i: . 2 r i
t\i'iii|)k' permanent en la grotte de Pouzzol ' , où la montagne escarpée qui est entre celte ville et Naples est percée cl un bout à Tautre, en sorte ({u'on y va de plain-pied. Aux. deux extrémités, l'ouverture, fort liante et relevée, va toujours en baissant, et cela poiu' donner ihi jour au passage le plus loin <{ue l'on a pu. Et comme cela n'empêchait pas que la route ne fût extrêmement obscure lorsqu'on avançait lui peu endedans, on a fait vers le milieu des ouvertures qui percent la montagne et portent le jour du haut en bas. Malgré toutes ces précautions, l'obscurité règne toujours sur le milieu; en sorte que les voitures roulantes qui viennent à la rencontre les unes des autres s'y entre-choqueraient, si les voituriers et les cochers n'avaient soin de s'avertir les uns les autres de prendre ou du côté de la mer, ou du coté de la montagne.
L'attention des Romains à rendre commodes les grands chemins dans toute l'étendue de l'empire, a fait un honneur infini à ce peuple , et doit nous donner une idée bien avantageuse de la sagesse d'un gouvernement dont les vues étaient si grandes, si nobles, et occupées uniquement du bien public. C'est un beau modèle pour ceux qui tiennent les rênes d'un état.
§ 11. Des aqueducs.
Un aqueduc est une construction de pierre faite dans un terrain inégal, pour conserver le niveau de l'eau et la conduire par un canal d'un lieu à un autre. Il y a des aqueducs sous terre, et d'autres qui sont portés par des arcades.
' Connue sous k- nom de grotte de Pausilippe. — L.
Les aqueducs étaient une des merveilles de Rome. La grande quantité qu'on y en avait construit , les frais immenses pour faire venir des eaux de plusieurs endroits , éloignés de trente , quarante , soixante milles , et encore plus , sur des arcades ou continuées jusqu'à Rome, ou suppléées par d'autres travaux, tout cela nous surprend et nous étonne, d'autant plus que nous ne sommes point accoutumés à faire de si hardies entre- ^ prises , ni à acheter si chèrement la commodité publique. Si l'on considère % dit Pline, la quantité incroyable d'eaux qu'on avait fait venir à Rome pour l'usage du public, pour les fontaines, les bains, les viviers , les maisons particulières , les jardins , les maisons de campagne ; si l'on se représente des arcades construites à grands frais et conduites pendant un trèslong espace de chemin , des montagnes coupées , des roches percées , des vallées profondes comblées , on avouera qu'il ne s'est rien vu de plus merveilleux dans tout l'univers. Pline fait mention , dans le même endroit, d'un aqueduc achevé par l'empereur Claude, conduit à Rome pendant l'espace de quarante milles, et qui y portait de l'eau jusque sur les montagnes les plus élevées : ouvrage qui revenait à des sommes immenses.
Front de ^^^^ Romains , pendant plus de quatre cent quarante Aquaduct. gj^g gg contentèrent des eaux que leur fournissaient le Tibre, les puits, les fontaines de la ville et celles qui se trouvaient dans le voisinage; mais la ville s'étant
' « Si quis diligentiîis sestinia- ctos arcus , montes perfossos , con-
verit aquarum abundantiam in pu- valles aequatas ; fatebitur nihil magis
blico, balneis, piscinis, domibus, luirandum fuisse in toto orbe terra-
euripis , hortis, suburbanis , villis, lura. » (Plin. lib. 36 , c. i5.) spatioque adveiiienlis aquœ extru-
IIISTOIUK ROMAINi:. O.'jZ
considérablement augmentée par le nombre des habitants et par l'étendue du terrain , on fut obligé d'y faire venir des eaux de loin par le moyen des aqueducs. L'an de Rome [\l\'i , Appius C-laudius, pendant sa cen. sure (car le soin des eaux regardait les censeurs et les édiles), fît venir des eaux depuis la source de Préneste ^ jusque dans la ville par des canaux , ou soutenus sur des arcades, ou conduits dans des voûtes souterraines. Trente-neuf ans après, Man. Curius Denlatus, qui était pour-lors censeur avec Papirius Cursor, y en fit venir aussi des environs de ïibur'^, et employa à cet ouvrage une partie des sommes qui se trouvèrent dans le butin fait ^ur Pyrrhus. D'autres travaillèrent encore depuis sur le même plan et dans les mêmes vues.
Mais Agrippa enchérit infiniment sur tous ceux qui l'avaient j)récédé. On connut alors que la véritable gloire des édiles ne consistait pas tant à faire célébrer les jeux solennels, fonctions que le devoir de leur charge exigeait d'eux indispensablement, qu'à construire des ouvrages utiles au public , et dont la vue seule fît passer leur nom et leur mémoire jusqu'à la postérité la plus reculée. Il semble que c'était pour en donner un illustre exemple qu'Agrippa, qui était tout-puissant piin.iib.36, auprès d'Auguste, qui avait été consul, et qui avait •^'^i*'^passé par tous les emplois les plus brillants , voulut bien exercer fédilité. Il la rendit célèbre par tout ce que les édiles avaient coutume do pratiquer, mais principalement par le soin ([u'il prit d'enrichir Rome d'une (juantité infinie de belles eaux , soit en nettoyant les anciens canaux et les anciens aqueducs, soit en y en
' PalestiLne. > Tivoli.