‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 73 sur 141 · L. ATILIUS · texte numérisé non relu

L. ATILIUS

Camille est On avalt accompli exactement tout ce que les dieux

dictateur. Semblaient exiger des Romains. Les fériés latines avaient

cap.'ij!' ^té célébrées avec toutes les cérémonies prescrites. On

. i*'"'-,, avait fait écouler dans les terres les eaux du lac d'Albe.

in i i 3 rn 1110,

p. i3i-i33. Qii QYi était à la dixième année du siège de Véïes. Tout semblait, annoncer aux Romains une victoire prochaine.

11 arriva néanmoins , au commencement de cette année , un triste événement ([ui pouvait faire échouer pour toujours l'entreprise. Deux des tribuns militaires, Titinius et Génucius , chargés de la guerre contre les Capénates et les Falisques, s'y conduisant avec plus d'ardeur et de bravoure que de prudence, donnèrent tête baissée dans une embuscade. Cette témérité coûta cher à Génucius , qui y fut tué en combattant courageusement à la tête de ses troupes. Titinius, s'étant retiré sur une hauteur, y rassembla ses soldats revenus enfin de la terreur qui les avait saisis, et les rangea en bataille , mais sans oser descendre dans la plaine. L'ignominie fui plus grande que la perte; cependant la renommée, qui se plaît à exagérer surtout les malheurs, causa une alarme incroyable , et dans Rome , et dans le camp devant Véïes. Le bruit se répandit parmi les soldats que l'armée romaine avait été taillée en pièces avec

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ses deux généraux, et que les Capénates et les Falisques, enflés de leur victoire, étaient en marche avec l'élite de toute la jeunesse étruscjuc pour venir attaquer les lignes. L'épouvante fut si grande dans l'armée , que peu s'en fallut qu'elle ne se débandât tout entière, et qu'il y en eut plusieurs qui effectivement s'enfuirent du camp.

La frayeur causa dans Rome encore plus de trouble et de confusion. On crut que le camp devant Véïes était déjà attaqué , qu'une partie de l'armée ennemie marchait contre Rome enseignes déployées. On court sur les murs ; on place des corps-de-garde aux portes de la ville; les temples sont remplis de femmes éplorées, qui ont recours à la miséricorde des dieux , et les prient de faire tomber sur Yéïes les maux dont Rome était menacée.

C'est dans de si tristes conjonctures que les Romains mirent à la tête de leurs armées ce général marqué ^ , dit Tite-Live , par les destins pour prendre Véïes et pour sauver sa patrie : Camille fut créé dictateur. Il nomma pour général de la cavalerie P. Cornélius Scipion. Le changement de chef changea tout à coup la face des affaires : espérance , courage , fortune même , tout sembla se renouveler en un moment. On voit ici camiiie réce que peut un homme. On avait déjà observé que, 'î-armée'de'' dans tous les emplois où Camille avait eu des col- ^^'"• lègues, sa rare valeur et sa haute capacité lui avaient fait déférer tout l'honneur du commandement , comme

' M Igîtur fatalls dnx ad excidium perator mutatus. Alla spes , alias

illius arbis, servandaeque patriac, anlmus homiaum , fortuna quoqiie

M. Furius Camillus dictator die- alia Urbis videri. » (Ltv. 11b. 5,

tus... Omuia repi-nlè uiutaverat im- c. 19. )

3^4 HISTOIUE ROMAINE.

s'il eût commandé en chef; et l'on remarqua depuis que , pendant ses dictatures ( car il fut revêtu plusieurs fois de cette charge suprême ) , il gouvernait avec tant de douceur et de modération , que les premiers officiers qui étaient soumis à ses ordres croyaient partager son autorité.

S'étant rendu d'abord au camp , qui était devant Véïes, il commença par punir selon toute la rigueur de la discipline ceux qui avaient abandonné le camp dans cette terreur subite dont j'ai parlé; et il apprit au soldat à craindre encore plus la juste sévérité de son général que les forces de l'ennemi , quelque formidable qu'il parût. De retour à Rome , il fait des levées , sans qu'aucun refuse de donner son nom. Le peuple courait à l'envi s'enrôler sous ses enseignes. La jeunesse des Latins et des Herniques vint offrir ses services au dictateur, qui les accepta, et leur en marqua sa reconnaissance en plein sénat. Tout était prêt pour le départ. Camille promet et voue aux dieux que , s'ils donnent une heureuse fin à cette guerre , il célébrera les grands jeux (c'étaient les jeux du Cirque), et rebâtira le temple de la déesse que les Romains appelaient la Mère Matuia^.

Après avoir fait ces vœux, Camille marche contre les Falisques et les Capénates, et leur livre bataille. Tout s'y passa de sa part avec prudence et bonne conthiite , et le succès y répondit , comme c'est l'ordinaire. Nonseulement il mit les ennemis en déroute , mais il se rendit maître de leur camp, et y fil un buliii <onsidé-

• C'ét.iit 1.-» même fm'Iiio, sœiii de S«'-m»le , tante deBaochus, et femme d'Atliamas.

rahle , dont l;i plus graïuic* partie fut réservée pour le livsor public : il accorda le reste au soldat.

De là il conduisit son armée à Yéïes,cpi'il commença à serrer de plus près. Il rétablit dans le camp la discipline , ({ui y était peu régulièrement observée. Il fit cesser les petits combats qui se donnaient au hasard et sans règle entre le mur de la ville et les lignes , ayant défendu de combattre sans ordre. Il employa les soldats à des travaux utiles et nécessaires , et fit ajouter aux retranchements un beaucoup plus grand nombre de forts et de redoutes qu'il n'y en avait auparavant.

Le plus important de tous les ouvrages , et celui qui coûta le plus de peine , fut une mine. Camille , voyant qu'il V aiu'ait beaucoup de danger et de difficulté à forcer les murailles de la ville, entreprit de s'ouvrir des chemins sous terre , le terrain se trouvant propre à être creusé, et pouvant l'être assez profondément pour dérober la connaissance du travail à l'ennemi. Pour avancer davantage , et pour ménager aussi les travailleurs , il les partagea en six bandes , dont chacune travaillait pendant six heures, puis était relevée , par une autre. L'ouvrage ne fut interrompu ni jour ni nuit , et fut heureusement conduit jusqu'à la citadelle.

Le dictateur, se voyant près de devenir maître de la Camille, ville de l'Italie la plus opulente, où l'on ferait un butin prendre la plus considérable qu'on n'en avait fait jusque-là dans suiteiesénât toutes les guerres précédentes réunies ensemble, pour L^îv^^ib^^s" ne point s'attirer la colère des soldats en partageant '"^i'- '^°le butin avec trop de réserve , ni le mécontentement des sénateurs en le distribuant avec trop de largesse , écrivit au sénat pour l'informer « que , par la protection a des dieux immortels, par ses soins, et |iar la patience

« des soldats , Véïes serait bientôt au pouvoir du peuple « romain : qu'il priait qu'on lui marquât l'usage qu'il « devait faire du butin ». Il y eut deux avis dans le sénat : l'un de P. I^icinius le père , lequel , interrogé le premier par son fils „ répondit que son sentiment était « qu'il fallait faire savoir au nom de la république , à « tous ceux qui voudraient avoir part au butin , qu'ils « eussent ri se rendre au camp de Véïes». L'autre avis fut ouvert par Appius Claudius. Il trouvait « que cette « façon d'abandonner le butin à quiconque aurait des « mains pour le prendre , outre qu'elle était nouvelle , « avait de grands inconvénients , la profusion , l'inéga- « lité , une distribution sans règle et sans cboix , et « dirigée par le basard : que , si l'on ne jugeait pas à « propos de remettre l'argent qui se retirerait du butin « dans le trésor public , épuisé par tant de guerres , il « était d'avis qu'on destinât cet argent pour la paie des « soldats , ce qui tournerait au soulagement du peuple , « et le déchargerait d'une partie des tributs : que, par « là toutes les maisons sentiraient également le fruit de « cette largesse ^, et que les mains avides d'une multi- « tude de citadins oisifs n'enlèveraient point aux sol- « dats les récompenses justement dues à leurs travaux , « étant assez ordinaire que les plus braves et les plus « hardis dans le combat soient les moins prompts et « les moins habiles à piller ».

A cela Licinius répliquait « que cet argent , s'il était a remis dans le trésor , fournirait au peuple une ma-

' «Ejus enim doni societatemsen- fermé eveniat , ut segnior sit prse-

suras aequaliteromniuni donios ; non dator, ut qulsque laboris peri-

avidas in dlreptiones niauus otioso- culique pra-cipuam petere partem

inm uibanoruiupra-'iepturas fortium soleat. » ( Liv. ) bfllatorum pracmia esse : ( quum ita

« tièrQ.éternelle de plaintes, de murmures, de séditions : « qu'il valait donc mieux regagner son amitié par une « largesse , laquelle , épuisé comme il était par les con- « tributions de tant d'années , lui fournirait un soulage- « ment présent : qu'il était juste de faire partager à tous « les citoyens la douceur du butin fait dans une guerre « où ils avaient presque vieilli : que ce que chacun rap- « porterait à sa maison , après l'avoir pris de sa propre « main sur l'ennemi , lui ferait beaucoup plus de plaisir « que le double et le triple qui lui serait donné par « une main étrangère : que le dictateur , en renvoyant « l'affaire au sénat , avait vovdu se mettre à l'abri de « l'envie et des reproches ; que le sénat , de son côté , « devait pareillement remettre le tout à la disposition « du peuple, en lui permettant d'aller prendre dans le « butin tout ce que le sort ferait échoir à chacun ».

Cet avis, qui rendait le sénat populaire, parut le plus sûr. On déclara donc par un édit public que ceux qui voudraient prendre part au butin de Véïes n'avaient qu'à se transporter dans le camp. On juge aisément combien fut grande la multitude qui s'y rendit.

Alors le dictateur, étant sorti après avoir consulté La viUe est les auspices, et avoir ordonné aux soldats de prendre moyeud'une les armes : « C'est sous votre conduite , dit-il , o Apollon ^jv. i,b! 5 , « Pythien , et par vos ordres, que je m'avance pour '"^p-^^tf ruiner la ville de Véïes : je vous consacre par vœu « la dixième partie du butin. Et vous , reine Junon , « qui maintenant habitez Véïes, je vous prie de voûte loir bien nous suivre ^ vainqueurs dans notre ville,

' Les païens croyaient qae les ennemis, s'en retiraient, dieux tutélaires d'une ville, lors- Excessèrc omnes, adviis arisque relicUs, qu'elle était près d'être prise par le» Di quibus impciiuiu hoc stcierat.

(ViRO. yf 71. lib. 2, V. 35 1.)

« qui sera bientôt la vôtre , et où vous serez^ reçue o dans un temple digne de votre majesté. »

Après avoir achevé ces prières , comme il avait une armée très-nombreuse, il donne un assaut général, et fait attaquer la place de tous côtés pour attirer les assiégés sur les murailles et leur dérober la connaissance du seul danger véritable qu'ils eussent à craindre. Les Véiens, qui ne savaient pas qu'ils touchaient à leur dernière heure , s'empressent à l'envi de courir sur les murs, ne pouvant deviner pourquoi les Romains, dont aucun depuis plusieurs jours n'avait paru hors des lignes , venaient tout d'un coup , comme des forcenés , attaquer la place de toutes parts.

On insère ici un récit fabuleux, et l'on dit que dans ce moment-là même le roi des Véïens sacrifiait aux dieux : que son deviii , ayant considéré les entrailles des victimes, s'écria que les dieux donnaient la victoire à celui qui ferait l'oblation du sacrifice : que les Romains, qui étaient encore sous terre, ayant entendu ces paroles, percèrent promptement la mine, et, sortant avec de grands cris et un bruit effroyable d'armes, épouvantèrent tellement les Véïens, qu'ils les mirent en fuite, ravirent les entrailles des victimes, et les portèrent à Camille. «Mais ^ , dit Tite-Live, dans des « choses si anciennes, je me contente qu'on prenne

Virgile parle dans ces vers delà ville inarqueque cette évocation des dieux

de Troie. Les Tyriens, assiégés par tutélaires d'une ville assiégée était

Alexandre, s'imaginèrent qu'Apol- ordinaire aux Romains, et il rap-

lou voulait lesquilter, et passer dans porte la formule qu'on y employait

le camp de ce prince. Ils tirent en- (Mac.rob. Satiirn. lib. 3, c. 9). On

chaîner sa statue avec une chaîne la trouvera au xxvi* livre de cette

d'or à l'autel d'Hercule, pour em- hist. § 3.

pêcher ce dieu de s'enfuir (Dion. ' « Inseritur huic loco fabula...

Sic. lib. 17, pag. 720. ) Macrobe re- Sed, in rébus tam antiquis, si, quae

IIISTOIUK ROMAINE. 32t)

« pour vrai ce qui est vraisemblable. Ces incidents, (c plus propres au théâtre, qui aime le merveilleux , « qu'à l'histoire, je ne veux ni les assurer ni les ré- « futer. »

J'ai rapporté exprès ce passage de Tite-Live pour faire voir qu'il n'est; pas si crédule ({ue quelques personnes le pensent. Il établit ici un principe fort raisonnable , et il nous met en garde contre la pente qu'ont les hommes pour le merveilleux , source de tant d'erreurs dans l'histoire.

Les troupes d'élite étant entrées heureusement par le souterrain dans la citadelle, où était le temple de Junon , se répandent de là dans toute la ville. Les uns attaquent par derrière les soldats qui défendaient les murs ; les autres arrachent les barrières et les verroux des portes pour donner entrée à leurs compagnons : plusieurs mettent le feu aux maisons pour empêcher les femmes et les esclaves de lancer sur eux des tuiles du haut des toits. Les Romains entrent en foule, ou par les portes, ou par les murs qu'ils escaladent sans résistance , les ennemis les ayant abandonnés. Toute la ville retentit de pleurs et de cris lamentables; ce n'est partout que meurtre et carnage, jusqu'à ce que Camille eut fait crier par un héraut qu'on épargnât ceux qui auraient mis bas les armes. Tout ce qui restait de Véïens se rendirent prisonniers, et Camille donna le signal aux vainqueurs pour piller la ville.

Pendant qu'ils couraient au pillairc, le dictateur , Belle parou»

,• , ,,••.• '1 'le Camille.

(pu , par kl grandeur du butni , comprit mieux qu il

similia verî sunt , pro verls acci- aptiora quàin ad (Ideno, neque aflirpiantur, satis babeani. Hacc ad osten- mare, neque refellere , opéra; praetationem scena- gaiidentis miraculi.s tiuiii est. » (Liv. lib. 5, c. ai.)

33o HISTOIRE ROMAINE.

n'avait fait encore quelle était ropiilence de la ville dont il venait de se rendre maître , et l'importance de sa conquête, leva les mains au ciel % et demanda aux dieux « que, si son bonheur, ou celui de la république , « leur paraissait trop grand , et qu'il dût être contre- « balancé par quelque disgrâce , ils se contentassent de « frapper sur sa tête, mais qu'ils épargnassent la ré- « publique ». On ajoute qu'après cette prière, Camille, faisant un tour sur lui-même du coté droit, selon l'usage des Romains en pareille occasion , tomba par terre, et que dans la suite cette chute fut regardée comme un présage de son exil et de la prise de Rome par les Gaulois. Il n'est pas difficile d'adapter après coup de tels présages aux événements.

Le lendemain de la prise de Véïes, on vendit à l'encan les prisonniers, et l'argent qui revint de cette vente fut mis en réserve pour le trésor public : c'est tout ce qui fut excepté du pillage d'une ville si opulente ; cependant le peuple en sut fort mauvais gré à Camille. Pour le butin que les citoyens remportèrent en leur maison , ils ne crurent point en avoir obligation ni au dictateur, lequel ,en renvoyant au sénat une affaire qui ne dépendait que de lui, avait marqué clairement sa mauvaise volonté, ni au sénat, qui n'avait pas paru ])ar lui-même trop bien disposé à leur égard; mais uniquement aux deux Licinius , père et fils , dont l'un , comme tribun militaire, avait mis la matière en délibération, et l'autre avait ouvert le premier un avis si populaire.

' « Dicitixr inaniis ad cœluni toi- invldiuin Icuirc suo privato i/icoin-

Ifns precatus esse, ut, si, eut deo' modo, quàm (id est , potiîts quàmj

rum hominuinque nimia sua fortuna miniino publico popuU romani, li-

pof/uliquc romani videreutr , cam ce/rr. » (Liv. )

HISTOIRE ROMAINE. 33l

Après qu'on eut enlevé de Véies toutes les richesses profanes, Camille songea à accomplir le vœu qu'il avait fait de transporter à Home la statue de Junon. Il choisit dans toute l'armée les jeunes gens les mieux faits, lesquels, après s'être bien purifiés, et vêtus de robes blanches, s'approchèrent de la statue avec toute sorte de respect et de vénération, n'osant y porter la main qu'avec un religieux tremblement, parce que, selon la coutume des Étrusques, il n'y avait qu'un prêtre d'une certaine famille qui pût la toucher. Pour jeter du merveilleux dans cette histoire, on ajoute que, quelqu'un de ces jeunes gens ayant demandé à la déesse. Voulezvous bien aller a Rome ^ Junon? elle avait répondu par un signe de tête , ou , selon d'autres , de vive voix, quelle le voulait bien. Ce qui est certain, c'est qu'elle y fut transportée sur le mont Aventin, où on lui bâtit un magnifique temple , dont Camille fit ensuite la dédicace.

Tel fut le sort de Véïes , la plus opulente ville de toute l'Étrurie, dont la ruine même fait voir quelle 'était sa grandeur, puisqu'elle ne put être réduite qu'après un siège de dix ans, pendant lequel elle fit souffrir plus de maux aux Romains qu'elle n'en souffrit elle-même ; et qu'enfin elle ne fut point emportée de vive force et par assaut, mais surprise par une sorte de stratagème.

Quand on apprit à Rome que Véïes était prise , quoi- j,jjp extraor- (pie les réponses des devins, l'oracle de Delphes, l'exac- '^'"ro^^^"'' tltude avec laquelle on avait satisfait à tous les devoirs ^''- li^- 5,

. . cap. 23.

de religion, le choix du plus habile général qui fût alors, les sages mesures qu'il avait prises ; quoique tout, en un mot, eût dû, ce semble, pféparer les es-

prits à cet événement, cependant la longueur et les difficultés du siège, jointes aux disgrâces des autres généraux qui avaient conduit l'entreprise avant Camille, firent que cette nouvelle causa dans Rome une joie incroyable, comme si elle avait été inespérée et contre l'attente commune. Le concours des dames romaines dans tous les temples, où elles se rendirent en foule pour remercier les dieux, prévint le décret du sénat, qui ordonna des supplications et des actions de grâces solennelles pour un plus grand nombre de jours que l'on n'avait jamais fait jusqu'alors, c'est-à-dire, pour ({uatre jours de suite.

Triompiie Le triomphe du dictateur fut maa^nificme, et tous

de Camille. ' ,, . ,

les ordres de l'état se firent un devoir de l'honorer à l'envi. Il voulut lui-même en relever la pompe , en se faisant traîner dans un char attelé de quatre chevaux de poil blanc. Il faut remarquer que c'était la couleur qu'on attribuait aux chevaux du Soleil et de Jupiter ; tout le monde en fut choqué ^ On jugea que le dictateur s'élevait par là , non-seulement au-dessus de l'état de citoyen d'une ville libre, mais même au-dessus de la condition humaine. On crut la religion offensée par cette usurpation d'un honneur qui appartenait aux plus grands dieux; et, par cette seule circonstance, son triomphe eut plus d'éclat qu'il ne fit de plaisir aux Romains.

Ce qui arrive ici à Camille, d'ailleurs plein de modération et de sagesse , nous avertit qu'il y a dans la pros-

' « Parùm id non civile raodô, phusque ob eain unani niaxiiuè rem

sed huinanum etiaui visuni, JovlsSo- clarior quàiii gratior fuit.» ( Liv.

li.squfi equis irquijjarari diclatoreiii , llb. 5, cap. 23.) inreliglonemetianitrahebant : trium-

périté et dans les aj)plau(lissements publics un poison subtil qui se glisse imperceptiblement dans le cœur, et qui y cause une secrète enflure dont les plus grands liomnies , et même les plus sages , ont peine à se défendre. D'un autre coté, ce mécontentement général du peuple pour une chose qui pourrait jiaraître assez légère mar([ue jusqu'où allait le respect des Romains pour la divinité.

Camille, après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour la construction du temple de Junon , et avoir dédié celui de la déesse Matuta , abdiqua la dictature.

On traita ensuite dans le sénat du vœu qu'avait fait Dciadimc Camille' de consacrer à Apollon la dixième partie du fa"t uV".r7bulin. L'accomplissement de ce vœu, que les pontifes à ApoîLa. déclarèrent nécessaire , n'était pas aisé dans l'exécution , car comment faire rapporter par le peuple tout le butin pour en extraire et en séparer la portion qui était due au dieu? Après une longue délibération, on se fixa à un moyen qui parut le plus facile et le plus naturel ; et il l'était en effet : ce fut d'avertir, par un décret public , ceux qui voudraient libérer leurs consciences , et ne point attirer sur eux et sur leurs maisons la vengeance divine , de faire de bonne foi l'estimation du butin qui leur était échu , et d'en apporter la dixième partie au trésor public, afin qu'on en préparât un présent d'or massif, digne de la majesté du temple et du dieu auquel il était destiné, et digne de la grandeur du peuple romain. Cette nécessité de contribuer à ses dépens au don qu'on destinait à Apollon indisposa encore les esprits du peuple contre Camille; car, quand on touche à l'intérêt , le respect pour les dieux n'est plus si vif

On accorde la paix aux Volsques et aux Éques, moins parce qu'ils la méritaient que pour ne pas engager le peuple clans une nouvelle guerre après celle qu'il venait d'essuyer et dont à peine il était sorti.

An. R. 36o.

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