‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 74 sur 141 · Q. FURIUS. III · texte numérisé non relu

Q. FURIUS. III

Liv. lib. 5, c. 24, i5.

Plut, in Caniillo, pag. i33.

Le peuple demande

d'être

transporté

à Véïes.

Liv. Ub. 5 ,

cap. 24.

Les ravages faits sur les terres des Capénates les obligent à demander la paix : ils l'obtiennent. La guerre contre les Falisques est continuée.

Afin d'apaiser la sédition qui commençait à s'élever dans Rome , le sénat consentit à envoyer dans le pays des Volsques une colonie , qui devait être composée de trois mille citoyens, à chacun desquels on destinait plus de trois arpents et demi de terre. Les citoyens refusent d'y aller , et veulent qu'on les établisse à Véïes , au lieu de les reléguer dans un pays éloigné. Ils vont même jusqu'à demander que de Rome et de Véïes on ne fasse plus qu'une même ville et une même république, en transportant dans la dernière la moitié du peuple et la moitié du sénat; demande qui sera |5oussée dans la suite bien plus vivement, et (pii excitera bientôt de grands tumultes à Rome. Elle trouva dès-lors une opposition très-forte de la part des patriciens, qui protestèrent qu'ils mourraient plutôt que de souffrir qu'on mît jamais en délibération devant le peuple une telle proposition.

HISTOIUK ROMAINE. 335

Camille s'écriait , dans presque toutes les assemblées , Nouvelle

»-i)/... /^ .1 -i IT '» difficulté sur

qu il n était pas étonnant de voir le peuple livre a une ivtcndue sorte tie fureur et de frénésie; que c'était une punition Ximl^raù' visible de sa nécliffcnce à accomplir le vœu fait à Apol- ^°\'l ^^ ^^ Ion : que , sans parler de la dîme du butin , qui désor- ^iv. lib. 5 , mais ne regardait que les particuliers, sa conscience ne lui permettait pas de se taire sur un autre article qui regardait le corps de la nation; c'est que dans la dîme de Véïes même on ne comprenait que les effets mobiliers , au lieu (pie et la ville et son territoire y devaient être compris et faisaient partie du vœu. T^a difficulté parut très - sérieuse au sénat. Il la soumit à rexamen et au jugement des pontifes, qui tous furent du même avis que Camille ; en conséquence , on fit une estimation de la ville de Véïes et des terres qui en dépendaient. On tira du trésor public la somme à laquelle montait cette estimation, et les tribuns militaires furent chargés d'en acheter de l'or pour l'employer au présent destiné à Apollon de Delphes.

Comme dans ces temps l'or était fort rare , et qu'on Les dames

, . . y 1 , , . ,. romaines se

n en trouvait point a acheter, les dames romaines se dis- défout de tinguèrent ici par une générosité bien louable. S'étant jfo"ur fôi^nir assemblées entre elles , elles résolurent d'un commun '°'^°*'^*'"?'"

' re au pre-

conseiitement de porter au trésor imblic tout leur or et ^^°\ «^çfmé

* i a Apollon.

tous leurs bijoux, et elles allèrent en faire la déclaration Elles en sont

avantageuse-

aux tribuns militaires. Jamais rien ne fit tant de plaisir meutrécomau sénat. En effet , le courage était grand , vu l'attache ordinaire des dames pour leurs bijoux. Elles en firent de bon cœur le sacrifice , non-seulement à la patrie , mais, ce qui en relève beaucoup le mérite, à la religion. Le sénat, pour les en récompenser, leur accorda plusieurs privilèges : comme d'aller aux sacrifices et aux

jeux sur des chars couverts et suspendus, qu'on appelait pilenta ^ ; d'aller les jours de fêtes et les jours ouvriers dans les rues sur des chars découverts , qu'on appelait carpenla; et de pouvoir, après leur mort, être louées par des oraisons funèhres , honneur qui n'était accordé auparavant qu'aux hommes. On pesa l'or ^ qu'elles firent porter au trésor, pour leur en rendre la «valeur, et l'on fit faire une grande coupe d'or pour l'envoyer à Delphes. L'histoire romaine nous a déjà fourni et nous fournira encore plusieurs exemples du zèle des dames pour la patrie , et de l'attention du sénat à récompenser avec éclat toutes les actions marquées au coin de l'amour du bien public. Rien ne contribuait tant à lier étroitement toutes les parties de l'état entre elles et à les attacher à l'intérêt commun.

Je ne puis finir cet endroit sans faire remarquer jusqu'où les Romains , et Camille en particulier , portaient la délicatsse sur la matière des vœux. Ils savaient que le vœu est un engagement qu'on prend avec la Divinité même , et une promesse solennelle qu'on lui fait , dont il n'est plus permis de rien retrancher ; et que , si c'est un crime de manquer de parole aux hommes , c'est une Impiété et un sacrilège d'en manquer à l'égard de Dieu.

Quand , à Rome , on eut satisfait aux devoirs de la religion , les tribuns du peuple recommencèrent à troubler , et à pousser leur proposition de transporter

I Pilentis tnaties in mullibus. plus , c'est-à-dire , quatrc-vingt mille

(ViEG.) écus, ou deux cent quarante mille

' Cet or montait à huit talents, livres, purement en bijoux. = Les

selon Plutarque, somme qui paraît huit talents d'or équivaudraient à

presque incroyable pour ces temps- 4^5 livres pesant , ce qui est en effet

là. Huit talents d'argent font huit bien considérable. — L. mille écus ; huit talents d'or, dix fois

à Véïes une partie dos (itoyens de tous les ordres de l'état. Et comme le peuple voyait qu'on ne pourrait rien terminer avant la fin de l'année, il nomma pour la suivante les mêmes tribuns qui avaient commencé à mettre l'affaire en mouvement. Les patriciens , de leur côté , employèrent tout leur crédit pour faire continuer ceux des tribuns qui s'opposaient à l'entreprise de leurs collègues , et ils y réussirent.

§ III. Expédition de Camille contre les Falisques. Trahison du Jiiaitre qui livre ses disciples : générosité de Camille qui les renvoie à leurs parents. Les Falisques se rendent aux Romains. Les députés qui po7 talent une coupe d'or à Delphes sont arrêtés par les pirates : généreuse conduite de Timasithée leur chef. Deux tiibuns du peuple sont condamnés à une amende. Camille s'oppose fortement au dessein de passer à Véïes. Le sénat ^ par ses prières y obtient du peuple que la loi pour passer à Véïes soit abrogée. Mort d'un des censeurs. Foix qu'entend Cédicius au sujet des Gaulois. Camille y accusé injustement par un tribun du peuple, prévient sa condamnation, et se retire en exil à Ardée.

M. FIIRIUS CAMILLUS, 111.

An. R. 3()i.

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