‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 75 sur 141 · Tome Xiy. Hist. Rnm. 2 2 Ealisqiu · texte numérisé non relu

Tome Xiy. Hist. Rnm. 2 2 Ealisqiu

Liv.iib. :7, fort incommodés pendant le siège. Camille fut envoyé Plut. cette année contre eux:, et les ayant d'abord battus en

p."i33!'i34- pl^iï^^ campagne, il s'empara de leur camp % dont il fit vendre tout le butin au profit du trésor public. Ses soldats en furent fort irrités; mais, obligés de plier sous une discipline sévère , ils ne pouvaient s'en>péclier ni de haïr ni d'admirer la vertu de leur général. Restait à former le siège de la ville qui était très-forte, et en état de se défendre peut-être aussi long -temps que Véies, si le bonheur de la république et la vertu de Camille connue jusqu'alors dans l'art militaire, mais qui se montra en cette occasion sous une nouvelle forme , n'eussent hâté la victoire.

Traliison du ToilS IcS jcunCS gCUS dcS pluS illuStrCS maisons de Fa-

maître qui 1' • '. • . I 1 "i 1' A A^ >", ,

livre ses dis- lerics etaicut sous la conduite d un même maître. Cel rllsWdr";!- homme les faisait sortir ordinairement, pendant la paix, nidic,quiics ]jQj,g (|(^tj muraillcs , afin qu'ils s'exerçassent dans la

renvoie ,i 'la

lems camiîasne à des ieux convenables à leur âffe. Il n'avait

parents. . P

point interrompu cette coutume pendant la guerre , préparant les voies à une traliison dont il espérait être bien récompensé ; et il les menait tantôt plus près , tantôt plus loin , pour se mettre en état d'exécuter son dessein sans qu'ils s'en pussent douter. Enfin, un jour (pi'il trouva l'occasion favorable, il amena à Camille toute la jeunesse qui était confiée à ses soins, acctJinpagiiant cette action criminelle d'un discours qui ne l'était pas moins. Il lui dit « que c'était proprement la (( ville de Faléries qu'il livrait en sa j)uissance en lui « livrant ces enfants, dont les pères y avaient la prin-

' " C.istra capta, pnvda ad (|iia*- dem virtulciu et odeiant , et mirastores redacta , cuni iiiaijna inilituni haiilur. » (Liv. lib. 5, cap. •>.!>.) ira : sed servitate impcrii victi , eain-

IIISTOIRK ROiMAlJVK. V^()

V rij)al(' autorité». Mais Gain il le le regardant (l'un visage nienaeant :« Perfide ' , lui dit-il, tu ne t'adresses « avec ton indigne présent ni à un général ni à un « peuple qui te ressemble. Nous n'avons pas , il est vrai , « avec les Falisques d'alliance fondée sur des conven- « lions humaines et arbitraires; mais il y a entre eux c( et nous celle que la nature a mise entre tous les rt hommes , et elle subsistera toujours. La guerre a ses « lois comme la paix; et nous faisons gloire d'y mon- « trer autant de justice que de valeur. Nous avons les « armes à la main, non pour nous en servir contre un « âge qu'on épargne même après la prise des villes , rt mais contre des ennemis armés comme nous, ([ui sont (f venus attaquer notre ("unp devant Véïes, sans que « nous leur en eussions donné aucun sujet. Tu les as « vaincus, autant qu'il a été en toi, par un crime inoui «jusqu'à présent : mais moi, je prétends les vaincre, « comme j'ai vaincu les peuples de Véïes, par la force « des armes, par les travaux, par le courage, par la « persévérance, seules voies dignes des Romains. » Le scélérat n'en fut pas quitte pour cette réprimande. Camille le fît dépouiller , lui fit attacher les mains derrière le dos, et ayant armé de verges les mains de ses jeunes disciples, il leur ordonna de le remener dans la ville

' « Non ad siuiilein , inquit , tuî bcmus , non adversùm eam aetateni .

uec populum , nec iiuperatorein , ciii etiam oaptis urbibus parcitur ,

sceleslus ipse cum scelesto munere sed adversùs artnatos et ipsos, qui

M'iiisti. Nobis cum Fallscis , qu;e nec liesi , nec lacessiti a nobis , cas-

pacto fit humano , socielas non est : tia roiuana ad Veios oppuguàrunt.

i|uam ingeneiavit natura , utrisquc Eos tu, quantum in te fuit, novo

est eiitque. Sunt et belli , sicut pacis, scelere vicisti : ego romanis artibns ,

jura: justèque ea non minus quàni virtute , opère, airais, sicut Veios,

lorlini didicimus gcrere. Arma ba- \ incam. •> ( Liv. lib. 5, cap. 27.)

Fali

Ro

inaïus.

en le frappant sans relâche : ce qu'ils firent sans cloute de bon cœur.

Les A ce spectacle , les Falisques , à qui la perte de leurs

reû'deù'raux enfants avaient causé une douleur inconcevable , jettent des cris de joie. Ils furent tellement charmés d'un si rare exemple de justice et de vertu, ([u'en un moment, ils changèrent totalement de disposition à l'égard des Romains : et au lieu qu'auparavant ils étaient possédés d'une aveugle fureur contre eux , presque jusqu'à mieux aimer périr comme Véies que de se réconcilier ave-c eux comme avaient fait les Capénates , ils résolurent tous sur-le-champ d'avoir la paix, à quelque prix que ce fût , avec de si généreux ennemis. Ils envoyèrent donc des députés , d'abord dans le camp , et ensuite à Rome, où , ayant été introduits à l'audience du sénat, ils parlèrent en ces termes: « Messieurs % vaincus par « vous et par votre général d'une manière qui ne peut « donner aucune prise à l'envie ni des dieux ni des « hommes , nous venons nous remettre entre vos mains, « dans cette persuasion, la plus liatteuse qui puisse être « pour des vainqueurs , que nous serons plus heureux « sous votre empire qu'en vivant sous nos lois. L'événe- « ment de cette guerre donne deux grands exemples à «tout le genre hmnain. Vous , messieurs, vous avez « préféré la bonne foi dans la guerre à une victoire pré-

' "Patres ronsnipli , Victoria, hello , qnàni pra'seuteui victoriain , cui ncc deiis vec. honio qnisqnain inaluislis, nos /itle pro\ocati, -viciiivideat , vicli a vobi.s et inij)eralore toriain iiltrô (Ictuliiniis. Siib ditione vestro , dedimiis nos vobis: lali, fjiio vestrà sanius. Mittite (jui arma, qui niliil victori |»nlrhrins est, meliùs oI>sides,qul urliem pateutibiis pornos suh imperio veslio. qiiàm I<!gi- lis accipiant. iNec vos fidei noslrae, liiis noslris, vicliHos. Eventii hujiis nec nos imperii vcstri pœnitebii. >• belli duo saliitaiia exenij)la prodita ( Liv. lib. 5, eaj>. 27.) hniiiano gencri sunt. V«)s fidem in

IIISTOIRK ROMAINE. 3^ \

«sente et certaine : et nous, attaqués de générosité, « nous y avons répondu en vous déférant volontairece ment la victoire. Nous nous soumettons pleinement « à vous. Envoyez des gens qui reçoivent nos armes , « qui enmiènent des otages, et qui prennent possession « de la ville dont ils trouveront les portes ouvertes. « Vous aurez lieu d'être contents de notre fidélité , « comme nous comptons bien que nous aurons tout « sujet de l'être de voire empire. »

Il n'y a point en effet, comme l'observent ici les députés des.Falisques , de louange plus flatteuse ni plus glorieuse pour un état ou pour un prince que de pouvoir dire avec vérité que les peuples conquis sont plus tranquilles et plus lieureux sous l'obéissance de leurs vainqueurs (ju'ils ne l'étaient lorsque , libres et indépendants, ils vivaient sous leurs propres lois. C'est ce qui arriva réellement aux peuples qui se soumirent à Rome. Plus nous avancerons dans son histoire, plus nous reconnaîtrons que la réputation de bonne foi , d'équité, d'humanité, de clémence, a contribué plus que toute autre chose à la grandeur de l'empire romain.

Tel fut le succès de la guerre contre les Falisques , qui attira à Camille des remercîmcnts de la part des ennemis comme de la part de ses concitoyens. On imposa aux Falisques une certaine somme d'argent , que l'on destina à payer la solde due aux troupes romaines pour cette année, afin d'en décharger le peuple romain; après quoi l'armée fut reconduite a Rome.

On voit dans le célèbre événement que nous venons de rapporter ce que peut la vertu, et quelle impression elle fait sur les esprits quand elle est solide et sincère. Il n'y a personne qui, au simple ré<it de cette histoire,

34^ HISTOIRE R03IAINE.

ne se sente vivement touciié et d'indignation contre le perfide maître qui livre ses écoliers, et d'admiration pour Camille qui les renvoie à leurs parents. Ces sentiments ne sont pas libres», et ne dépendent pas de nous; ils sont gravés dans le cœur, et naissent avec nous. Il faut donc renoncer à la nature et en étouffer la voix, pour croire ou pour dire que la vertu et le vice ne sont que des noms sans force et sans réalité.

Camille, révéré et admiré de tout le monde pour sa justice et sa bonne foi , rentra à Rome avec une gloire bien plus solide que celle de ce triomphe superbe et fastueux où il avait semblé prétendre s'égaler aux dieux qu'il adorait.

Les aé )uté.s Aussitôt après son retour , le sénat fit partir sur un quiporta-.eut yaisscau dc iTuerrc trois députés pour porter la coupe

liuc coiijic '-' 111 r

a'orajjci- d'or à Delphes. Ils furent pris dans le chemin par des

])hcssont ai- *■

idttspar les piratcs dc Lipare, et conduits dans cette île. Leur coupirates. , . , I 1 1 • 1 (iViioicusc tume était de partager entre les habitants toutes les

Tiinasitiiée priscs qui se faisaient. Ils avaient cette année pour pre- Liv.'^iib'.'V, ^^^^^' magistrat un certain Timasithée, homme, dit cap. 28. Yite - Live , plus semblabi^; aux Romains qu'à ses concitoyens ' ; cet homme , pénétré de respect et pour le dieu à qui la coupe d'of était destinée, et pour ceux qui la lui envoyaient , et pour le motif qui les avait portés à lui faire cette offrande , inspira les mêmes sentiments de religion à toute la populace , qui se règle ordinairement sur ceux du chef qui la conduit. Après avoir traité magnifii{uement les députés, il voulut leur servir lui-même d'escorte, les accompagna jusqu'à Delphes, et ensuite les reconduisit à Rome. Il y fut reçu

* '< KoiiiJini.s vir siinilior quàui suis. »

lIlSTOlIUv r.OMAlAK. 343

(l'imo manière fort lionorahlo : il fut admis au droit d'iiospitalilé par un décret du sénat, et on lui fit do grands présents.

Un des tribuns militaires remporta un avantage assez considérable sur les E({ues. Le peuple songeait toujours à faire passer la loi (jui ordonnait qu'une partie des citoyens iraient s'établir à Véïes. Pour y réussir, il continua ceux des tribuns qu i la soutenaient , sans que les patriciens , par tous leurs efforts , pussent venir à bout de faire aussi continuer ceux qui s'étaient opposés à la demande de leurs collègues. Le sénat, pour s'en venger, donna un décret pour nommer des consuls : il n'y en avait point eu depuis quinze ans.

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