‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 99 sur 141 · L. VÉTURIUS · texte numérisé non relu

L. VÉTURIUS

Camille créé ^ès le Commencement de l'année , la dispute sur les dictateur j^j^ ç^^ Dousséc à la demièrc extrémité. Les sénateurs .

poursoppo- r ^-.v,^ ^■i^i.iiu» .,», o ^

ser aux vojant quc les deux tribuns , auteurs des lois , sans Liv. lib. 6, avoir égard à l'opposition de leurs collègues, étaient résolus de passer outre , véritablement alarmés d'un acbarnement si opiniâtre, eurent recours aux deux dernières ressources de l'état, la dictature et Camille. Camille donc , nommé dictateur, choisit pour général de la cavalerie L. iEmilius, Les deux tribuns, de leur coté, s'arment de courage contre un si terrible appareil, et se préparent à combattre pour le peuple avec une fermeté invincible. Le dictateur, environné d'une troupe de patriciens, prend place et paraît ne respirer que menaces et terreur. L'attaque d'abord commence par les tribuns , dont les uns portent la loi , les autres s'y opposent, mais avec cette différence, que les derniers n'avaient pour eux que la rigueur du droit, au lieu que tout était favorable aux premiers , la nature de la loi en elle-même, et le penchant de ceux à qui elle était proposée. Les premières tribus qui sont appelées pour donner leur suffrage l'acceptent sans hésiter, employant la formule ordinaire. Qu'il soit fait selon que vous le requérez ^ . Alors Camille prenant la pa-

' «Uti rogas», id est, «fiai uti logas. »

rôle : «Romains, dit -il, puisque c'est le caprice de « vos tribuns, et non les privilèges de la puissance du « tribunat ([ue vous considérez, et que ce droit d'oppoa sition que vous avez extorqué autrefois par votre re- « traite sur le mont Sacré, c'est vous maintenant qui « l'abolissez par les mêmes voies qui vous l'ont ac({uis , «en qualité de dictateur j'en prendrai la défense, au- « tant pour votre intérêt propre que pour celui de la « république. Si Licinius et Sextius se rendent à l'op- « position de leurs collègues, je n'interposerai point « mon autorité dans vos assemblées , et je vous y lais- « serai une liberté entière. IMais , si vos tribuns préten- « dent donner ici la loi comme dans une ville prise «d'assaut, je ne souffrirai pas que le pouvoir tribuni- « tien travaille lui-même à se ruiner. » Comme les tribuns, d'un air de mépris, allaient toujours en avant, Camille ordonne aux licteurs d'écarter la foule du milieu de la place, et menace d'enrôler toute la jeunesse et de l'emmener hors de la ville. Cette menace alarma la nudtitude, mais ne fit que relever le courage de ses chefs.

Avant que la victoire se fût déclarée de part ou d'au- CamiUe abtre, Camille abdiqua la dictature, soit que, considérant taXe.Manson âge avancé , et peut-être se souvenant encore de ''"bstîtu^*' son exil, il ne vouliit pas se commettre de nouveau avec des furieux, ou, ce qui a paru plus vraisemblable à Tltc-Live , qu'on l'eût averti qu'il y avait eu quel({ue défaut dans la manière de prendre les auspices, lorsqu'il avait été nommé dictateur. On sait assez à quel point de superstition les Romains avaient poussé ces observations scrupuleuses. Si l'augure, dans ses oraisons préparatoires, prononçait une seule parole pour une

autre, s'il manquait à aucune des formalités prescrites pour cette cérémonie, et le nombre en était grand, cela suffisait pour déclarer nulles les délibérations ou les élections qu'on avait faites en conséquence de cet acte de religion. Certains auteurs néanmoins, au rapport de Tite-Live, avaient attribué l'abdication de Camille à une amende de cinq cent mille as\ que le peuple, à la requête de- ses tribuns , avait prononcée contre lui , s'il faisait aucune fonction de sa cbarge. Mais ce qui paraît réfuter cette manière de raconter la cliose, c'est que peu de temps après Camille accepta de nouveau la dictature, et dans un temps oii l'affaire du consulat n'était point encore terminée. D'ailleurs nous voyons que dans toutes les disputes les plus vives qui se sont ' depuis élevées ^ , l'autorité de la dictature a toujours été respectée , et que jamais on ne lui a donné la moindre atteinte. Quoi qu'il en soit, on nomma presque aussitôt après un autre dictateur: ce fut P. Manlius. , . -, Pendant ce court intervalle il se tint quelques as-

l.cs tribmis 1 1

exigent semblées du peuple, dans lesquelles il se manifesta

f[ii on dtli- 11' 1

ii.re con- tout-à-fait uiic divcrsité d'intérêt et de goût entre le

jointeincnt , ^

sur les trois peviplc ct Ics tribuns par rapport aux différents chefs

chi'A's (le -II'/' • 5 •

leurs lois, quc comprcuait la loi. Ceux-ci n avaient en vue pro- ' r. Vf). ' prement que de s'ouvrir une entrée au consulat, et n'avaient proposé d'abord le partage des terres et la diminution des dettes que pour faire passer le dernier article à la faveur des deux premiers, en y intéressant le peuple : c'est pourquoi ils étaient convenus de lier ces trois propositions ensemble. Au contraire, la mul-

' Vinfjl-cinq mille Ihres. certaluin viribus est, dictalurac seiu-

' « Qiioailustjue ad rneiiioriam per altius fii.stigium fuit. »(Liv. ) nostriiiii tril)iii)itii.s consularihuscjue

mSTOIRF ROMAlNi;. /j/jc)

titutle, qui souliaitait passionnément le partage des terres et quelcpu; soulagement dans ses dettes, ne nion- Irait que de l'indiffércnee pour le consulat, qui ne j)ouvait jamais regarder que les plus puissants de son ordre. Ainsi , dans les assemblées qui se tenaient à ce sujet, on vit que les deux premiers chefs étaient acceptés, et que le troisième, qui regardait le consulat plébéien, était rejeté; et l'affaire se serait terminée de la sorte, si les tribuns n'eussent déclaré qu'ils ne séparaient point les trois chefs de délibération, et qu'il fallait se résoudre h les passer conjointement. Le dictateur Manlius sembla tlonner un avantage au peuple en tirant de son corps le général de la cavalerie, ce (jul était jusqu'alors sans exemple. II choisit C. Licinius ' , qui avait été tribun militaire. I^es sénateurs lui en surent fort mauvais gré. L'affaire ne fut point encore terminée cette année.

Quand il fallut créer les tribuns du peuple pour l'année suivante, Licinius et Sextius, mécontents de l'indifférence que la multitude témoignait pour leur intérêt personnel , en feignant à l'extérieur de ne vouloir plus être continués, agissaient et parlaient en effet de la manière la plus propre là leur faire accorder par le peuple ce qu'ils désiraient très-vivement , quoiqu'ils parussent le refuser. Ils représentaient « que « c'était là la neuvième année que, les armes à la main , « ils bataillaient contre les patriciens, non sans un « grand danger pour leur personne , mais sans aucune « utilité pour le public: qu'ils avaient vieilli dans le « combat, et que leur loi et toute la force de l'autorité

' Pliilarque le confond mal à pro- de Fabius, et l'un des tribirns aupos avec C. Licinius .Stolo , gendre tcurs des nouvelles lois.

Page 1