‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 10 sur 61 · Tome XXI F. llist. Rom · texte numérisé non relu

Tome XXI F. llist. Rom

8'1 HISTOIRE ROMAIJVE.

Tac. Ann. Venir, a tracé un plan fidèle de la conduite d'Octa- Suet. Aug. vien , tel précistunent que je le suis. Suétone parle aussi ''■ " assez rondement. Mais ils s'en tiennent l'un et l'autre à une idée générale. Appien et Dion , qui entrent dans les détails, ont puisé dans des sources infectées d'adulation, et par conséquent ne doivent pas être crus sans de bons garans. Aussi leur arrive -t- il souvent de se trouver en contradiction avec le peu qui nous reste de monuments authentiques du temps dont il s'agit ici; c'est-à-dire, quelques lettres de Cicéron et de ses amis, surtout des deux Brutus.

Comme je ne prétends point charger mon ouvrage de dissertations qui sont du ressort des savants, je ne discuterai point les faits sur lesquels je pense que se sont trompés ces deux écrivains grecs. Je regarderai ce qu'ils ont écrit comme le plaidoyer d'Octavien ; j'en ferai la comparaison avec les pièces que nous avons du parti contraire; et par là je tacherai de démêler la vérité, que je présenterai seule à mon lecteur. Je reprends le fil de l'histoire.

Décimus n'eut pas plus tôt cessé de craindre Antoine, qu'il commença à craindre Octavien. Pouréclaircir ses soupçons, il voulut avoir une conférence avec lui : et il paraît par la manière dont il s'en exprime Cic.adFara. daus uuc lettre à Cicéron, qu'il crut avoir lieu de n'en *'' ' ' pas être mécontent. Octavien, (jui était bien plus (in

que lui, l'avait trompé.

Mort Cependant Pansa se mourait à Boulogne des hles-

de Pan5a. g^j^es qu'il avait reçues dans le conïhat (Ui Fdiuui Gallorum. Se voyant sans espérance, il manda ()ita\ic'n; et si nous en croyons Appien, il lui révéla le conq)l()t des sénateurs, et leur dessein de détruire les chefs du

parti (le César les uns par les autres. Il ajouta que sa vue et celle de son collègue, en faisant la guerre à Antoine, n'avait été que de l'humilier pour le forcer de se réconcilier avec le fils de son bienfaiteur. Il finit eu lui déclarant qu'il lui rendrait ses deux légions, la Martiale et la Quatrième, et qu'il ferait remettre à Décimus toutes les nouvelles levées.

Ce dernier fait est constant, et, après la mort de Pansa, les troupes se distribuèrent selon le plan exprimé dans le discours de ce consul. Pour ce qui est des intentions de Pansa et d'Hirtius , elles peuvent avoir été telles qu'Âppien les suppose. Mais, s'il en est ainsi, on a lieu de s'étonner que Cicéron n'eu ait eu aucun soupçon. Dans les lettres qu'il a écrites, soit pendant leur consulat, soit depuis leur mort, il les loue souvent; il ne suspecte leur fidélité nulle part, et il ne leur reproche autre chose que d'avoir manqué en quelques occasions d'activité et de prudence. D'ailleurs toute leur conduite, depuis la mort de César, annonce des hommes sans doute attachés à sa mémoire, mais ^

cunemis des violences d'Antoine et de la tyrannie. S'ils ont eu des desseins secrets, c'est une chose sur laquelle on ne peut que deviner.

En effet, dans un temps de factions et de troubles, toutes sortes de bruits trouvent créance auprès de ceux dont ils flattent les préventions. Ainsi , pendant qu'Appien nous fait regarder Hirtius et Pansa comme dévoués à Octavien, celui-ci a été accusé par d'autres d'être Tau- Tac. Ann. teur de leur mort; d'avoir fait tuer Ilirtius dans la nié- suct.'Âug. lée par les soldats mêmes de ce consul, et d'avoir en- "• gagé le médecin de Pansa à empoisonner ses plaies. Ces faits n'ont jamais été prouvés; et nous avons même une

CiP.a«iBrut. lettre de Brutus clans laquelle il prend soin de dis- '' ■ culper Glycon, le médecin de Pansa. On voit seulement, par ces bruits si étranges, de quoi bien des gens croyaient capable un jeune ambitieux tel qu'Octavien.

La mort funeste des deux consuls était une grande plaie pour la république, qui se trouvait tout d'un coup privée de ses clicfs. On porta leurs corps à Rome, et on leur fit de magnifiques obsèques, où éclata la Val. Max. douleur publique. Tous les ordres de l'état parurent y ' '' prendre part : et l'on a remarqué que les crieurs, dont le ministère doit intervenir dans les cérémonies des funérailles, ne voulurent point en cette triste occasion recevoir leur salaire. La douleur était pourtant plus vive et plus sincère parmi le peuple que parmi ceux qui étaient à la tête des affaires. Hirtius et Pansa avaient tenu une conduite mitoyenne, qui n'avait dû pleinement satisfaire ni le sénat, ni Octavien. Celui-ci les avait trouvés trop attacbés au sénat; et le sénat, trop tièdes pour la cause de la liberté. Cicéron exprime ce dernier sentiment en disant, au sujet de leur mort: « Nous avons perdu de bons consuls * , mais qui n'é- « taicnt que bons. »

Ce nui occupait alors les zélés républicains, c'était

Antoine est l ' .,.,.,

cjiciarécu- la pensée de profiter de la disgrâce d'Antoine, qu ils

ucmi i>H- *^ 11- 1 ^

biic. regardèrent dans le premier moment comme complète. Dès que l'on sut la nouvelle de la levée du siège de Modène, on reprit dans la ville l'babit de paix, comme la iiuerre étant finie, et l'on ordonna des fêtes de soixante jours. Anloine, et tous ceux (|ui l'avaient se-

» «Consules tltios , bouos (luideiu, seJ (Uinta.v;il honos, aiiiisimus. .. (Ctf:. ad liriit. t, 3.)

condé, furent déclarés ennemis publics; et il fut ré- cic.ad Fam.

, , ... . ,v X , •;>. I, et ad

solu quon les poursuivrait vivement jusqua ce que limt. i, 5. Ton eût entièrement achevé leur ruine.

En même temps on établit une commission pour Appian. faire la recherche de toute la conduite ([u' Antoine avait tenue dans son consulat, et pour réparer les torts et les injustices dont il s'était rendu coupable, soit envers la république, soit envers les particuliers. Le but que l'on se proposait en annulant ses ordonnances, c'était que le contre-coup portât sur les actes de César, dont il s'était autorisé dans tout ce qu'il avait fait.

Dans une telle circonstance, où personne n'osait se céuérosité dire ami d'Antoine, et où ceux qui lui avalent le plus Coru.Vep. d'obligation l'abandonnaient, et se joignaient même à *" ^"* ^"• ses ennemis, Atticus, malgré ses liaisons intimes avec Cicéron et avec Brutus , se montra ami fidèle d'un malheureux. 11 protégea Fulvle, sa femme, que des * créanciers assaillaient de toutes parts, et à qui l'on suscitait mille avanies pour la dépouiller de ses biens. Tl mit en sûreté ses enfants qui couraient risque de leur vie. Et on ne peut pas dire, comme le remarque fort bien Cornélius Népos, qu'en cela U agît par aucune vue d'Intérêt personnel : car il n'y avait point alors d'apparence qu'Antoine dût jamais se relever de sa chute ; et tout le monde le croyait perdu sans ressource.

Les républicains rigides, qui suivaient à la lettre les Lcsinattramaximes et les impressions de Brutus, n avaient guère abaisser ocmoins à cœur de tenir bas le jevine César que de dé- cie. adFam. truire Antoine. Comme donc ils dominaient alors dans '^'i-rut." le sénat, tous les honneurs furent pour Déclmus. Il fut ^^l'r'au.Uio.

86 HISTOIUK ROMAINE.

chargé de la poursuite d'Autolue : et le hasard ayant voulu que le jour anniversaire de sa naissance concourût avec celui du combat de Modène, par lequel il avait été délivré, on ordonna que ce jour fût marqué de son nom dans les fastes publics : enfin, sous prétexte de quelques avantages remportés par lui, plusieurs mois auparavant, sur les peuples qui habitaient les Alpes, Cif.adFaui. on lui déccma le triomphe. Au contraire, Cicéron , ^''■^ qui gardait plus de mesures, ayant opiné pour accorder à Octavien l'honneur de l'ovation, eut contre lui presque tous les suffrages. Et ce qui montre manifestement le dessein d'affaiblir le jeune César, c'est qu'on entreprit de lui ôter et de faire passer sous les ordres de Décimus la légion Martiale et la Quatrième. Mais les sénateurs ne réussirent qu'à faire connaître leur mauvaise volonté. Ces légions se trouvaient trop ■ bien avec le général qu'elles s'étaient choisi pour se laisser persuader de le quitter. Le sénat ne s'en tint pas là , et il se porta jusqu'à faire une espèce d'affront à Octavien.

Il s'agissait d'acquitter les récompenses promises aux légions victorieuses. Cet objet parut de si grande conséquence, que, pour avoir de l'argent, on chargea d'un rir. ad Fam. tribut la ville même de Home, qui en avait été exempte a,i Bnï T, depuis le triomphe de Paul Emile, vaincpieur de Persée, F'iMt 'IvmW ^^ 4"' "^ ^"^-"^ ^'"^'^ regret un joug qu'elle avait ignoré cic.'dtoffic. pendant plus de vingt-six ans. Poiu' distribuer ces récompenses, on nonnna dix commissaires : et il était, ce semble, bien naturel de mettre de ce nombre les commandants des troupes ({ue l'on récompensait. I.oin de cela , il fut dit (|ue ceux (|ui étiiient à la iTtc des armées

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ne pourraiciil être nommés à cet emploi. On aima inioux vu exclure Décimus, pour n'être point clans la nécessité d'y admettre Octavien.

Cette résolution fut encore prise contre l'avis de Cieéron , qui était l'un des commissaires. Il insista en faveur des deux généraux , et ne fut point écouté. Sa prudence passa pour une politique intéressée, et lui attira dans la suite des reproches assez vifs de la part de Brutus. Et cependant il était d'un autre coté en hutte aux vétérans, qui le regardaient comme fauteur des meurtriers de César.

Les vétérans avaient raison : et il lui échappa , dans Mot équice temps-ci même, un mot qui peut-être lui a coûté cérîT alT s^'la vie. En parlant d'Octavien, il dit qu'il fallait louer ^^'célir*^^ ce jeune homme, le décorer; il ajoute un troisième terme, dont le sens est équivoque en latin, et peut signifier également l'élever ou s'en défaire. Ce mot parvint aux oreilles d'Octavien ^ , qui promit bien de ne se pas mettre dans le cas d'être élevé de la façon que Cicéron l'entendait.

En effet, il se préparait actuellement à quitter le masque dont il s'était couvert jusqu'alors, et à rompre avec le sénat. On peut même dire qu'il y était comme forcé. 11 paraissait manifestement que cette compagnie se proposait d'accabler le parti de César, et de faire triompher les ennemis de sa mémoire et de son nom. Le commandement général des mers donné à Sextus Pompée , la puissance formidable qu'avaient acquise Tîrutus et Cassius, autorisée par les décrets du sénat,

' « Ipsum Cx'sarera niliil saoè de tem , ornandiim , tollendum ; se non te qucslum , nisl dictum quod dice- coinniissuniiu ut tolli possit. >. ( De r»t te dixisse laudaiidum adolescen- Uritt. ac/Cir. xr, (u/ Fam. ao. )

les honneurs accumulés sur Décimus, l'indifférence que l'on témoignait pour Octavien depuis qu'Antoine n'était plus à craindre, tout cela annonçait à l'héritier de César, non-seulement des obstacles, par rapport à ses projets ambitieux, mais mcme des périls pour sa personne. Il avait donc raison de se défier des sénateurs, comme les sénateurs avaient raison de se défier de lui. Leurs intérêts réciproques étaient directement contraires : et comme c'est l'intérêt qui gouverne les hommes, surtout ceux qui manient les grandes affaires, l'inimitié devenait entre eux irréconciliable. 11 fallait, ou que le sénat fût écrasé, ou qu'Octavien pérît.

C'est ce que celui-ci avait vu dès le connnencement. Son plan embrassait la destruction de l'autorité du sénat.

Suct. Aug. Et il en est convenu en quelque façon lui-même, puis- '" qu'il s'est fait gloire toute sa vie d'avoir toujours e« vue

de venger la mort de son père adoptif; ce qui ne pouvait s'exécuter tant que le sénat conserverait (juel([iie pouvoir. Il dissimula d'abord, pour ne pas avoir à combattre en même temps it le sénat et Antoine. Il poussa même la dissimulation jus(}uà concourir à la délivrance

cicKiiirut. de l'un des meurtriers de César : et il joua si bien son '• '"• rôle dans cette guerre, que Cicéron lui rend témoignage ([u'il n'y avait rien à reprendre dans la manière dont il servait le parti sous lequel il s'était rangé.

Après la défaite d'Antoine il suspendit tout d'un coiqj son activité ; il ne profita point de la victoire : et c'est le premier signe (pril donna de ses intentions cachées. Mais ce signe était encore équivoque, puisque le sénat chargeait Décimus, et non pas lui, de poursuivre Antoine. Du reste, il se tint couvert, et prit patience durant (|ui'l([ui- Icinps : voulant sans doulc s'ac(Hicrir

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contre le sénat, qui ne le ménageait plus, quelque prétexte spécieux, et paraître avoir été abandonné et même offensé par cette compagnie, avant que de l'abandonner lui-même, et de s'en déclarer l'ennemi.

Il ne tarda pas à trouver le prétexte qu'il chercliait. Le sénat

1 • • douuc a Oc-

et les sénateurs prirent soin de le lui iburnir. Toujours taviea un

1 ' 1 1 1 • 1 "1 prétexte,

renqîlis du projet de détacher de" lui les troupes qui le dont il proreconnaissaient pour chef et de les attirer à eux, ils déèiarer'.'^

, ^ 1' 1' '•! • M. ^ V ' Vell. ii,6a.

ordonnèrent aux députes quils envoyaient a 1 armée ^^^ pour la distribution des récompenses, de parler aux soldats sans qu'Octavien fût présent. Lorsque les députés furent arrivés, et qu'ils eurent notifié leurs ordres au jeune général , il protesta qu'il ne les empêcherait point de faire ce qui leur était commandé, mais il les avertit qu'ils prendraient une peine inutile , et que certainement ses soldats sans lui ne les écouteraient pas, ou ne leur donneraient aucune réponse. Il ne s'avançait point trop, et sans doute ses mesures étaient prises. Les députés s'en étant donc retournés sans avoir rien fait, Octavien saisit cette occasion de faire toucher au doigt à ses troupes tout le manège du sénat et le dessein formé de semer la division entre les soldats et leur chef Son discours fut reçu avec applaudissement, et la tentative faite pour lui enlever son armée lui en >. assura davantage l'affection.

Dans le même temps il fit des démarches pour se Ortavien so

1 T 4 1 • 1 i •. ra[)i)roclie

rapproclier d Antoine , sans pourtant entrer encore en d'Àutoino. négociation directement avec lui. Il commença à cares- ^i'i"^"scr beaucoup les prisonniers, tant officiers que soldats, ({ii'il avait en son pouvoir, recevant dans ses troupes < eux (jui voulurent prendre parti avec lui, et accor-

cordant aux autres la liberté de se rendre auprès de leur général. Vcntidius était sorli du Pieénum avec ses trois légions pour aller se joindre à Antoine. Rien n'eût été plus aisé à Octavien que de le couper dans sa marche. Au contraire, lorsqu'il le sut près de son camp, il Tenvoya inviter à se ranger de son coté; ou si Ventidius l'aimait mieux , il lui permettait de continuer sans rien craindre sa route vers Antoine , et il le chaigeait de lui reprocher l'ignorance de leurs communs intérêts. Ventidius profita de cette permission, et ne manqua pas de s'acquitter fidèlement de son message. Cette conduite d'Octavien était parlante. Aussi un officier du nombre des prisonniers, nommé DéciUs, partant d'auprès de lui pour aller retrouver Antoine, et lui demandant une explication de ses sentiments : « J'en ai assez fait, répondit Octavien, pour les esprits A

« sensés et intelligents. Aux imbécilles et aux aveugles « rien ne suffirait. »

iiiuviteàse II s'ouvrit davantage dans des lettres à Lépidus et tmf!Ji,1dus à PoUion, avec lesquels il n'avait eu aucun différend, cti'oiiiou. çj. ^^jj jusque-là avaient paru demeurer neutres. Il leur représenta a que tous les chefs du parti de César de- « vaicnt se réunir pour empêcher l'agrandissement des a meurtriers de son père, et pour leur propre sûreté: « que sans cela il était à craindre qu'ils ne fussent « tous ruinés les uns après les autres, comme il venait a d'arriver à Antoine, par un effet de son audace effré- « née, de sa présomption, de son opiniâtreté : (pril « était bon de garder les dehors avec le sénat, et d'en r a reconnaître l'autorité, mais à condition de ne se pas

« négliger cuv-niénies, et de se précautionner contre

irrSTOIHE ROMAINE. QI

« les périls dont ils étaient menacés ». Octavien les priait, en finissant, de connnuniquer ces réflexions à Antoine, et de l'engager à y faire attention.

Lépidus était très-disposé à conformer sa conduite aux avis d'Octavien. Pour ce qui est de PoUion , si nous jugeons de ses dispositions par les trois lettres AdFam.x, que nous avons de lui sur les mouvements dont je parle, et même par la fierté de son caractère, républicain dans le cœur, et plein d'estime pour Cicéron, quoiqu'il conservât du respect pour la mémoire de (>ésar, il se montrait très-résolu de servir le sénat contre - , Antoine. Mais son éloignement au fond de l'Espagne •.

ne lui permit pas de prendre part à la décision de l'affaire, ou lui donna moyen de fattendre.

Octavien, outre les vues générales qui regardaient ii aspire au

. .., consulat.

tout le parti, en avait alors une particulière par rapport à lui-même, c'était de parvenir au consulat, qu'Ilirlius et Pansa avaient laissé vacant par leur mort. Cette suprême dignité était bien capable de tenter un jeune ambitieux. Mais de plus il la jugeait une espèce pj^t. ciV. de sauvegarde absolument nécessaire pour lui dans la ^''i'' ^"'* situation oii il se trouvait. 11 se voyait comme isolé , ennemi d'Antoine , peu assuré des dispositions des autres chefs du parti de César, en butte au sénat. Le consulat, s'il pouvait l'obtenir, le fortifiait, et donnait à ses armes l'appui des lois et de l'autorité publique. La difficulté était de réussir. H se tourna d'abord du côté de Cicéron, qui se laissa persuader de le seconder dans une demande si contraire aux règles et aux intérêts de la faction républicaine.

C'est ici l'endroit de la vie de Cicéron (lui donne le < ■'•'■'•ou e^t

' sa ilupu, l't

plus de prise à ses censeurs. Il faut avouer (jn'il avait l'appuie.

Cic. adBrut. Un penchant décidé pour Octavien, qui s'était insinué ' ■ dans son esprit par les caresses les plus flatteuses , et qui feignait de mettre en lui toutes ses espérances , et de le prendre pour son seul conseil. 11 me semble néanmoins que tout ce que Cicéron avait fait jusque-là en faveur de l'héritier de César peut se justifier, et que les raisons qu'il allègue pour se défendre contre les reproches de Brutus à ce sujet ont de la solidité.

La nécessité l'avait forcé de se jeter entre les bras d'Octavien, dans le danger pressant dont la ville et la république étaient menacées lorsque Antoine amenait ses légions de Brindes à Rome, Le jeune César fut alors manifestement le libérateur du sénat. Aussi toute la compagnie fut-elle d'accord avec Cicéron pour le combler dans cette circonstance de toutes sortes d'honneurs. « Mais je ne sais comment il arrive % dit Cicéron à « Brutus , que nous sommes plus portés à accorder li- « béralement dans le moment du péril qu'à témoigner « de la reconnaissance lors([u'il est passé. » Après la levée du siège de Modène, le sénat changea totalement de conduite à l'égard d'Octavien. Cicéron ne s'écarta ])oint du système qu'il avait embrassé. Il voulait que l'on décernât au vainqueur le petit triouq)lie, et il prétend que cet avis n'était pas nioins prudent que conforme aux. lois de la reconnaissance. Il ne s'explique pas davantage. Mais, indépendannnent des autres raisons qu'il pouvait avoir, il est constant que, si le sénat avait eu la complaisance, pour Octavien, de lui accorder un honneur (|ui ne tirait pas si fort à consé- , quence, il se iiicllail \)his en droit de tenir ferme «on-

> .. S('(l ncsiio (nudiiDilo (iiciliùs in tiiiKiii' lniil^ni , qiiàin in \ictoii.i {•fiiti ri'periinur. »

HISTOIRK ROMAINE. qS

tre la cl«Miiancle irrrgulièrc et dangereuse du consulat. C'est à cette demande que Cicéron se prêta; et, ce qui est plus inexcusable, par ambition et par vanité. Le jeune et artificieux Octavien lui proposa de demander ensemble le consulat, donnant à entendre que, pour lui, il se contenterait du simple titre et de l'iionneur, et qu'il laisserait à Cicéron toute l'autorité. Il ajoutait que, s'il désirait cette grande place, c'était pour avoir une occasion de mettre bas bonorablcmcnt les armes, connue il avait recbercbé le triomplie par ce mêuie motif. Il est difficile de comprendre comment Cicéron fut la dupe d'une ruse si grossière, si ce n'est que la passion favorite aveugle les plus sublimes esprits. Plutarque est d'accord avec Appien sur le fait; et il est constant que le bruit se répandit alors que Cicéron allait être consul : car Brutus, dans une lettre, lui en fait compliment. Ce vieillard si éclairé, trompé i.4 par un jeune bomme qui n'avait pas encore vingt ans, rendit tout le sénat témoin de l'illusion qu'il s'était faite à lui-même. Il représenta « que la république ne « pouvait compter presque sur aucun des généraux « qui commandaient les armées dans le voisinage de « l'Italie, et qui agissaient comme indépendants, faisant i< des traités entre eux, pour leurs propres intérêts, « sans aucun égard au service de l'état; ([ue par consé- « quent il convenait au sénat de s'attaclier Octavien: « qu'on l'avait peu ménagé jusqu'alors, et qu'il était a important de le regagner par quelques honneurs, « dans la crainte qu'irrité et armé, il ne fêit peut-être « plus difficile cà contenir dans de certaines bornes que « lorsqu'il serait dans la ville revêtu du consulat : qu'a- « près tout on pouvait lui donner un modérateur en

Brut, ad Cic.

« quelque façon et un gouverneur sous le nom de coi-

« lègue, et choisir quelqu'un des anciens de la com-

« pagnie qui dirigeât ce jeune homme par ses conseils m.

Le sénat re- Cc discours u'imposa à personne. Les amis de Brutus

jette la de ■ i r -i i i /-•• '

maudedoc- v reconnurent le faible de Ciceron, et s en moquèrent. Ils n'avaient garde de consentir à l'élévation du fds de César, et de lui mettre l'autorité en main pour venger la mort de son père.

La ruse d'Octavien demeura donc sans effet ; et comme il n'était pas assez fort pour subjuguer le sénat par lui-même, il n'aurait pas réussi vraisemblablement à envahir le consulat, si la jonction de Lépidus avec Antoine n'eût causé de nouvelles alarmes aux républicains, et ne les eût entièrement découragés. Jonction de Le sénat, dès le commencement des troubles, avait Tvec"* invité Lépidus et Plancus à venir de Gaule avec leurs cic.'adFlm. armécs au secours de la république, qu'Antoine voulait piancusad Opprimer. Si ces deux généraux eussent fidèlement et cic.adFara. diliffcnnuent obéi à cet ordre, Antoine périssait sans

ressource. Mais premièrement ils étaient brouillés ensemble , et par conséquent peu disposés à agir de concert ; et ce ne fut pas sans peine que Juventius Latérensis, lieutenant de Lépidus, citoyen plein de zèle pour la cause de la liberté , vint à bout de lever en partie cet obstacle en négociant entre eux une réconciliation au moins apparente. En second lieu, leur politique les portait l'un et l'autre à attendre le succès pour se décider, avec cctie différence (|ue T^épidus favorisait de cœur Antoine, au lieu cjne iMancus inclinait davantage vers le sénat. De tout cela il résulta une conduite molle et des lenteurs affectées , (jui traînèrent si bien la chose en longueur, <pie la (|uerelle fut terminée en Italie par

HISTOIRF ROMAINE. C)5

la leviV du siège de JNIodène et par la fuite d'Antoine, sans qu'ils y eussent en rien contribué, et pendant qu'ils étaient encore dans la Gaule. Cet événement mit fia aux tergiversations de Plancus,et lui fit nettement prendre parti contre le malheureux. Dans les lettres qu'il écrit depuis ce temps à Cicéron, il tient le même langage sur la republique que Cicéron lui-même; il n'épargne point à Antoine et à ceux qui le suivent les épitbètes les plus odieuses : et de fait il passa l'Isère pour se joindre à Lépidus, qui était campé au Pontd'Argens, sur la rivière de ce nom, au-delà d'une ville appelée Forum Voconii^ ; mais, en approchant il apprit (pie Lépidus avait reçu Antoine dans son camp. Voici comment cette affaire s'était conduite.

Antoine, comme je l'ai dit, ne fut point poursuivi par Octavien , et il avait pris deux jours d'avance sur Décimus , qui d'ailleurs, marchant en ordre, ne pouvait pas aller aussi vite que des fuyards uniquement occupés du soin de se dérober à l'ennemi. Il est incroyable combien Antoine souffrit dans cette fuite. La Piut. disette fut extrême dans son armée, surtout au passage des Alpes, jusque-là que l'on tenta de convertir en nourriture des écorces d'arbres , et que l'on mangea des animaux pour lesquels la nature a le plus de répugnance. Les soldats supportaient néanmoins une si grande misère avec courage, parce que leur général leur en donnait l'exemple, et qu'ils voyaient cet homme, accoutumé à faire excès des mets les plus exquis et des vins les plus délicieux, boire gaîment de l'eau bourbeuse et gâtée, et manger des fruits sauvages et des

' Draguif^nati , selon quelques-uns; selon d'autres le Luc, ou bien le Canet.

in Anton.

racines. Car Antoine devenait supérieur à lui - même dans l'adversité', et, lorsqu'il était battu de la disgrâce, il ressemblait tout-à-fait à un liomnie de bien; éloge qui ne laisse pas d'avoir son prix. En effet, comme l'observe Plutarque, il est ordinaire à ceux qui sont maltraités par la fortune de reconnaître leurs torts, et de faire bommage à la vertu. Mais tous n'ont pas la force de pratiquer ce qu'ils aj)prouvent et de fuir ce qu'ils condamnent. Au contraire, les caractères mous et faibles, écrasés par l'adversité, n'en cèdent que ])lus aisément à leurs vieilles babitudes. Au reste, dans les occasions qui se présentèrent, Antoine retournait à son pencbant; et lorsque sur sa route il se trouva dans l'abondance, il se livra à son intempérance ac- Macrob.Sat. coutuméc. C'cst cc quA fouda le bon mot d'un de ses amis à qui l'on demandait ce que faisait alors Antoine. « Il fait, répondit cet ami, ce que font les cliiens le (' long du Nil. 11 fuit et il boit. » On sait que , selon une tradition ancienne, vraie ou fausse, les cbiens sur les bords de ce fleuve, dans la crainte des crocodiles, ne boivent qu'en courant. îMals la disette revenait - elle, Antoine la souffrait avec une constance parfaite. Sa fermeté lui conserva ses troupes, qui sans cela se seraient vraisemblablement débandées, et elle le mit en état de profiter de la faveur (jue Lépidus lui portait en secret.

Cet esprit vain et fourbe jioussa la dissimulation, ou

êytvETO €eXTt<70î iauTCÛ, xai «Juçy- {jlÉvoiv Èv ralç p.6Ta£&XaT; • àXXà xaî

yûv ôaciOTaTO; r,•^ iya.d'ù • )c!;ivoû |jià)J.cv ènîwv toÎî É'ôeaiv tvfî'uî'c'vTwv

[>.èv ôvTOç ToûaÎTÔâvsaOai T'nî àpeTïi; û-ko àoOeveta; , xaî Opauoaî'vwv tov

ToT; j^t' àTTCptav T'.và arpaXXoaévci; • Xcyiau.ov. (Pi.iit.) cù lièv àTTOcvTwv à î^y.Xcûai aijxeîaOxt

HiSlOlKi; ROMAINE. qt

peut -rt 10 rirrésolulioii jtis(|u'aii bout. Il ('crivail à Ro- cic adFaui im-, pronifttant un aUachoini'nt inviolable à la cause '''^'^• ilu sénat : il envoyait et lettres et courriers à Plancus

Plancus ad

pour nater sa venue, et dans le même temos il eliar- t'coeait (le garderies gorges des Alpes un officier nommé a,, an Cidléon qui ouvrit tous les passages au lieu de les défendre. Ainsi Antoine descendit sans obstacle dans la plaine, et vint camper près de Fréjus, ayant des forces considérables ; car Ventidius l'avait joint avec ses trois légions.

Antoine se trouvant près de Lépidus, ne se fortifia Plut. point de lignes ni de retrancliements , voulant faire cou- 'Api)ia*û° naître qu'il comptait avoir affaire à des amis. Il ne se trompait pas : toute l'armée de Lépidus, composée en grande partie de vieux corps qui avaient servi sous César, était portée (rinclination pour Antoine; et quoique Lépidus continuât à jouer la comédie, et refusât de voir un général déclaré ennemi public par le sénat, Antoine avait souvent des entretiens av^ec les soldats s'avancant jusqu'au bord de leurs lignes avec un air d'affliction, un babit de deuil, et tout l'équipage d'un suppliant, et les conjurant de prendre sa défense contre ses ennemis. La fin de cette manœuvre fut qu'un matin les troupes de Lépidus, ayant renversé tout un côté des fortifications du camp et jeté la terre du parapet dans le fossé, reçurent Antoine, et le conduisirent jusqu'à la tente de leur général, qui était encore coucbé. Tous criaient qu'ils prétendaient prendre en main la cause de leurs camarades qui servaient sous Antoine, et qui étaient enveloppés dans une même condamnation avec lui. Lépidus, voyant les clioses amenées à ce point, crut avoir de quoi se disculper

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