‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 11 sur 61 · Tome XXIII. Hist. Rom · texte numérisé non relu

Tome XXIII. Hist. Rom

9^ HISTOIRE RO.AIAINE.

sur une démarche qui ne paraissait plus libre de sa part, et il consentit à aider Antoine de ses forces. Il cic. adFam. écrivit au sénat en ce sens, et marqua dans sa lettre, que nous avons, qu'une sédition de ses soldats l'avait contraint de se charger de la défense d'un si grand id. ad Briit. uonibrc de citoyens malheureux. Le sénat ne se laissa point leurrer par cette excuse frivole : au contiaire, il le déclara lui-même ennemi public, et fit abattre la statue qu'on lui avait décernée et érigée peu de mois AdFam. auparavant. Cicéron , Plancus, Décimus Brutus, ont ad Brut! j"g6 de même de la conduite de Lépidus, et ont pensé que sa jonction avec Antoine était une trahison , et non pas une faute de faiblesse et de timidité. En effet, Antoine ne le traita pas comme un général dépouillé à qui il laissât par grâce le titre et les honneurs du commandement; nous les verrons agir comme amis comme égaux, et partager eiisendjle le fruit des crimes AdFam. (juils vont Commettre. La jonction se fit le vingt-neuf

X, aj.

mai.

Vcii. rr, G3. Latércusis , qui seul dans toute cette affaire avait marché avec des intentions droites et pures, honteux d'avoir été la dupe de I^épidus, et désespérant de la ré- • |)nl)lic|ue, se tua lui-même lorsque Antoine entrait dans

le canq). Plancus repassa promptement l'Isère, et leçut même Décinms, qui arriva peu de temps après dans les Gaules avec son armée. Ainsi soutenu , il demeura ferme pcudjiut deux mois environ dans le parti (pi'il avait embrassé; et, si nous en croyons ses letties à Cicéron, son /Me alla juscpTà presseï' Octavien de venir achever, m se j(»inii;inl à lui et à Déeinuis, la défiilc >\c^ ciiiicniis (le la iépiil)li(|iif. Il «■l.iil tout pivl à agir, pourvu <|ud m rùl rien a iib(|uer. Mais (Jclavien

HlSTOlRr ROMAINE. ()g

m' pensait alors à ricMi moins (jii'à Ihire la guerre à Antoine. Toutes ses vues tendaient à profiter de la consternation où le renouvelleniont des troubles et du péril jetaient le sénat, poui- foreer cette compagnie à consentir qu'il lût nommé consul, ou pour se passer de son consentement.

L'occasion ne pouvait être plus favorable. I^a fraveur Le sénat a

d /./.-. .• '^1 1 1 '-1 reroursà

u sénat était proportioiuiee a la grandeur du perd; octavien ;

et nulle ressource prochaine. On écrivit à Brutus et à ^l'i'"*" Cassius pour les presser de venir au secours de la patrie; mais ils étaient trop éloignés. Sex. Pompée avait peu de forces. Ce qu'on pouvait attendre de troupes ou d'Afrique ou de Sardaigne ne suffisait pas pour rassurer les esprits. Ce fut donc une nécessité de recourir ^ à (octavien, (jue l'on avait peu auparavant méprisé et offensé. Le sénat, qui depuis la levée du siège de Modène, ne lui avait donné aucun emploi, et avait même tâché de lui enlever ses légions, le chargea alors de faire la guerre conjointement avec Décimus contre Lépidus et contre Antoine.

Octavien, bien loin d'être disposé à se déclarer l'en- Qui profite

■ 1 1 // / ••.,11 . de l'occasion

nemi de ces deux généraux , négociait actuellement avec pourenvahir eux. Aussi non-seulement il n'accepta pas comme une '^'^^""''"^' faveur la commission qui lui était donnée, mais il en prit un prétexte d'irriter ses soldats contre le sénat. Il leur fit entendre que cette compagnie, toujours dévouée à la mémoire et à la cause de Pompée, n'avait autre dessein que de détruire les uns par les autres tous ceux qui avaient été attachés à César; et que le fruit de tant de guerres où on les engageait successivement serait le triomphe du parti de Pompée tant de fois vaincu : ([ue d'ailleurs il était bien étrange qu'on les envoyât à une

lOO HISTOIRE ROMAIJVK.

iioLivellt' expédition sans leur avoir payé les récompenses promises pour la première, qu'ils avaient si heureusement terminée. Il ajouta, pour les intéresser par le motif le plus puissant sur eux, cjue les vieux soldats ne devaient plus compter sur la tranquille et sùvù possession des établissements que César leur avait accordés : que cette possession était fondée sur les actes de César, contre la validité desquels le sénat venait de manifester sa mauvaise volonté en ordonnant la recherche de tout ce qu'Antoine, qui toujours s'était autorisé de ces mêmes actes, avait fait dans son consulat. Eniin il mêla queUjues considérations tirées de son danger propre, dont il protestait cependant qu'il était beaucoup moins touché que de leurs intérêts. Le reujcde à tant d'inconvénients fiicheux devait être, selon lui, de le faire consul. Il promettait, s'il parvenait à cette charge, de prendre les mesures les plus efficaces pour faire jouir les soldats des justes récompenses de leurs services, et de venger la' mort de son père.

Ce discours fut reçu avec des applaudissements infinis. Les soldats, en conséquence, s'engagèrent, par un serment qu'ils se prêtèrent les uns aux autres, à ne point employer leurs armes contre aucun de ceux (jui avaient servi sous César. C'était renoncer bien nettement à faire la guerre à Lépidus et à Antoine , (loiil les armées, en grande partie, étaient composées de soldats de cette espèce. De plus, ils décernèrent une députati»)!! de quatre cents d'entre eux au sénat poiu- demander le paiement des cinq mille deniers qui leur asiiiciil été pn)ini>, cl la promotion ili" leur général à la (lignite de consul.

Cc'sl sans donic mts ( i' lcnij)s-ci (|ue Cicéron , qui

HISTOIRE ROMAINE. fol

voyait à quoi tendaient tons ces mouvements, el (rui eoni|>tait toujours sur Famitié (r()etavi(>n, lui écrivit c}\ laveur de llrutus et de Cassius, pour lesquels, à proprement parler, il lui demandait grâce : ce qui attira de la part de Brutus au trop humble intercesseur une réprimande des j)Ius vives, dont je diffère de rendre compte ici, pour ne point interrompre le fil de ma narration.

Le sénat consentait à donner satisfaction à l'armée pour ce qui regardait l'argent; mais il ne voulait point entendre parler du consulat d'Octavien, insistant particulièrement sur son Age, Les soldats, à qui on avait bien fait leur leçon, citèrent des exemples pour appuver leur demande, celui de Valérius Corvus, celui du premier Africain, celui de Pompée, qui était encore récent. Ils alléguèrent de plus le privilège que le sénat avait accordé à Octavien lui même de parvenir aux charges dix ans avant 1 Age prescrit par les lois; représentant qu'il ne restait plus qu'un pas à faire pour aller au point qu'ils prétendaient. C'est ainsi (ju'une première infraction des règles devient un titre pour en redemander une seconde. Le sénat, qui avait bien d'autres raisons que la jeunesse d'Octavien pour l'éloigner du consulat, tint ferme dans son refus. Alors le centurion Suet.Aug. Cornélius, chef de la députation, sortit de l'assemblée; et, mettant la main sur la garde de son épée, il se retourna vers les sénateurs, et leur dit , « Si vous ne « donnez pas le consulat à mon général % voici qui le

' Jai rapporté daprts PluLuque les deux Césars. Peut-être aussi la

un trait tout pareil lorsqu'il s'agissait même chose est-elle arrivée deux

du second consulat de César. Peut- fois. être les historiens ont-ils confondu

lOU HISTOIRE ROAIAIWK.

« lui donnera ». Sur quoi Cicéron répondit dans son goût de plaisanterie en une matière si sérieuse , « Si « vous demandez ainsi le consulat pour Oclavien, vous « l'obtiendrez ».

C'était bien l'intention du jeune général, qui, voyant ses soldats irrités du refus du sénat, prit soin de nourrir et d'échauffer leur colère, et se fit presser par eux d'emporter par la force ce qu'on ne voulait pas lui déférer de bonne grâce. Ainsi, cédant à une si douce violence, il passa le llubicon , nom fatal dans les guerres civiles des Césars, et avec huit légions il marcha contre Rome.

A cette nouvelle, le sénat fut ahsolumenl déconcerté. J'ai observé ailleurs qu'il ne faut point attendre de fermeté d'une compagnie lorsque le péril est pressant. La conduite pitoyable du sénat dans l'occasion dont je parle en est une preuve évidente. Le premier mouvement fut d'accorder tout et aux soldats et au général. On donna des ordres pour la distribution des cinq mille deniers par tête promis aux troupes depuis longtemps , et Octavien fut chargé seul de cette commission ; on lui promit à lui-même le consulat. jMais à peine les députés étaient partis pour lui porter ce décret, que les sénateurs se reprochèrent à eux-mêmes leur timidité; et deux légions étant arrivées d'Afrique en ce moment comme à point nommé, ils reprirent courage, et s'imaginèrent, avec ces deux légions, et une troisième que Pansa avait laissée j)()ur la garde de l;i \ille, pouvoir se défendre contre l'armée qui approcliait. On mit des troupes sur le mont Janicule, où étaient déposées des sonnnes d'argent appartenantes à la rejMi- Mniiir; ou foitifia le pont (pii coniMUUiKjuail du ,lani-

niSTOIHE ROMAINE. lO)

(iile à la ville. On eût bien souhaité s'assurer de la mèiv et de la sœur d'Oetavien, parce qu'avec de tels ôla<^esoii aurait tout obtenu de ce jeune général. Mais leurs amis les cachèrent si bien et si fidèlement, qu'il ne fut pas possible de découvrir leur asyle.

Toute cette fierté et toute cette audace des sénateurs tombèrent à l'arrivée d'Octavien. Il avait pris la sage précaution de se faire précéder par des cavaliers qui déclarèrent de sa part que l'on ne devait rien craindre, et qu'il n'exercerait dans la ville aucune hostilité. Moyennant cette assurance, le peuple demeura tranquille : les trois légions même du sénat, qui n'étaient que médiocrement affectionnées à la cause, et qui vraisemblablement méditaient dès -lors le changement de parti qu'elles exécutèrent peu après, ne se mirent pas seulement en devoir de tirer l'épée: de sorte qu'Octavien étant venu se camper au pied du mont Quirinal, ce fut à qui se rendrait en diligence auprès de lui pour le féliciter. Tous y couraient en foule, non-seulement les gens du peuple, mais même plusieurs des premiers du sénat. Le lendemain il entra dans Rome avec une bonne garde, et fut reçu au milieu des acclamations de la multitude. Son premier soin fut d'aller au temple de Vesta , oii il savait qu'étaient sa mère et sa sœur. Alors les trois légions se rangèrent sous son obéissance; et le sénat, destitué de toute ressource, subit la loi du plus fort. Le seul Cornutus, préteur de la ville, se tua de désespoir. Les autres allèrent faire leurs soumissions h celui que la fortune avait rendu maître de leur sort, (iicéron lui-même ne se dispensa pas de cette dure et humiliante démarche, qui ne lui attira de la part d'Oc-

Io4 HISTOIRE ROMA.I1VE.

tavien qu'un reproclie assez aigre, sur ce qu'il était le dernier de ses amis qui vînt lui faire compliment.

Ce n'était (ju'avec un regret amer que le sénat fléchissait sous ce jeune audacieux; mais ce qu'on ne peut pardonner à une si sage compagnie, c'est que, sur un bruit faux et sans aucun fondement, elle changea encore subitement de conduite, et entreprit à la légère de secouer un joug qu'elle ne fit qu'aggraver. Quelques-uns vinrent dire aux chefs du sénat que deux légions, dont j'ai fait mention plusieurs fois, la Martiale et la Quatrième, qui étaient d'excellentes troupes, quittaient Octavien et se déclaraient pour la cause de la liberté. Cette nouvelle se répand en un instant : les sénateurs s'assemblent dès la nuit; et Cicéron , arrivé des premiers à la porte du sénat, encourageait et animait tous ceux qui entraient à défendre avec zèle la république. On dépêcha sur-le-champ Aquilius Crassus dans le Picénum, pour y faire des levées de troupes. Après avoir agi, on pensa; on exainnia la source du bruit sur lequel étaient fondées de si belles espérances; et, comme on ne put en découvrir aucun auteur certain, la crainte se saisit plus que jamais des esprits; chacun se dispersa; Cicéron s'enfuit dans sa litière hors de la ville; et Octavien eut lieu de se moquer d'imc tentative si mal concertée. Pour lui, il garda toujours dans ses procédés la même douceur a|jparente; et Acjuilius Crassus, qui avait été pris déguisé en eselav»', lui ayant été amené, il lui paidonna daus le niomcnl , sachant bien qu'il retrouverait l'oecasicjn de se \<'nger-.

Ainsi, devenu maîlre absolu de Home, il s empara de tous les dcmcrs puhliis (pii tiaiciil en reserve, soit au .laniculc, soit ailleurs; et d distiihiia ii eliaeun de

HISTOIRE ROMAITVE. lO.I

ses soldats deux mlMt' (iiuj rcMits deniers, leur prouiettaiiL iiieessainment une pareille souune qui leur restait due. Ensuite il poussa Taffaire de sa nomination au eonsuial; et lorsque toutes les mesures furent prises, candidat serupuN-ux, et bien (''loigné de voidoir gêner par sa présence lu liberté des suffrages, il sortit de la ville.

Cette élection se fit de la façon du monde la plus irrégulière, et par une voie qui n'avait point d'exemple, et qui ne fut jamais imitée depuis. Il est vrai que, les deux consuls étant morts, il n'était pas aisé de procéder alors selon les lois et les anciens usages à la nomination de leurs successeurs. Les interrois ne pouvaient être nommés que lorsqu'il ne restait plus dans la république aucun magistrat curule; et par conséquent, pour parvenir par la voie de l'interrègne à élire des consuls, il aurait fallu attendre que le dernier décembre fût expiré. Svlla s'était fait établir dictateur dans un cas pareil à celui oii était actuellement la réj)ul)lique; et César avait envabi le même titre sans que le ministère des consuls y intervînt; mais cette ressource, tout illégitime qu'elle était, manquait encore ici, puisque le nom de la dictature venait d'être aboli pour jamais par la loi d'Antoine. On s'avisa de faire créer par un décret du préteur de la ville , appuyé sans doute de l'autorité du sénat, deux proconsuls , dont la fonction se bornerait unicpiement à présidei- aux assemblées dans lesquelles les consuls seraient élus. C'est ainsi (pi'Octavien fut nommé consul avec Q. Pédius l'un de ses cobéritiers, (ju'(m lui donna plutôt j)our ministre que pour collègue. Octavien prit possession du consulat le lo du mois d'août, n'ayant pas encore vingt ans accom-

lo6 HISTOIRE ROMAINE.

plis, si l'on a égard à la manière de compter civile, pnisqu'il était né le 11 septembre. Mais comme, ponr parvenir à la réformation du Ciilcndrier, César avait fait une année de quinze mois au lieu de douze, ces trois mois de surcroît doivent être imputés sur l'âge d'Oc- tavien. Ainsi, il était âgé de vingt ans, et courait sa vingt et unième année lorsqu'il devint consul.

Après les cérémonies de la prise de possession, le premier usage qu'il fit de la puissance consulaire, ce fut d'assurer son état. Il mit le dernier sceau à l'affaire de son adoption en la faisant ratifier par une assemblée des curies; ce que l'opposition et les cbicanes d'Antoine favaient empéclié d'obtenir l'année précédente. Par cette formalité il entra pleinement dans tous les droits de fils de César.

Il soutint ensuite l'engagement de ce titre en vengeant, par l'autorité pubru{ue qu'il avait en main, la mort de son père. C'est ce que je raconterai dans le livre qui va suivre, après que j'aurai rendu ici à mon lecteur les réflexions et les plaintes de Brutus conirc Cicéron : morceau des plus précieux que ranti(|uilé nous ait transmis, et où l'on voit avec admiration la supériorité que donne la vertu sur les talents, sur les dignités, et sur l'avantage de l'âge.

Plaintes de Cicéron , comme je l'ai dit , avait écrit au jeune Cé-

r>riitus con- ., • ta . i /> • \i ' ' ..

trc Cicéron, sar cu hivcur de Brutus et de Cassnis. V ou;i ses termes :

c/ânsTux « Il y a une <-liose Mui disait-il , que l'on demande et

lettres, ruQc ^ l'^^ii allcnd (le vous : c'est (nie vous consentie/,

,1 (.ir'(:rOQ I '

lui-m.-ine, ^^ \u)w^ couservious à la répnbli(Mie des personnes

l'itutre .1 At- I • 1 I I

t'f"'' ,(( (pii onl rcslime des gens de bien et de tout le peuple

.■ liiiuiii ais «.sse, (|iio(l al) eo lives il<- (jiiiljiis viri honi populiispuitliiletur et exsptxtelnr : ul eos que roinanus Leuè cxistimet , siiKo.s

HISTOIRE ROM\INE. lO"

.( romain.)) Brutus, à (jui celle partie de la letlre de Cicéron avait été envoyée par Atticus, éerivit en eoiiséqueiice à eelui qui avait compté lui rendre* un service d'ami. Et d'abord il le remercie très- poliment de sa bonne intention ; mais, indigné à l'excès de la cbose en elle-même, il rappelle à Cicéron ses propres paroles , et ensuite il ajoute : « Eh quoi ! si Octave ne (( consent pas à notre conservation , nous périssons «donc, à votre avis! Je veux bien (jue vous sachiez « qu'il nous vaut mieux périr que d'être conservés par « lui. Certes, je ne crois pas que tous les dieux aient «tellement pris en aversion le peuple romain, qu'il « faille prier Octave pour le salut du dernier citoyen, « bien loin qu'il en soit besoin pour les libérateurs de « l'univers ; car je me fais un plaisir d'employer ici des « expressions magnifiques , et il convient assurément de « le faire vis-à-vis de ceux qui ignorent ce qu'il est séant « de craindre pour les uns et de demander aux autres, n Brutus prouve tout de suite à Cicéron, et lui fait toucher au doigt, que c'est reconnaître Octave pour maître que de lui adresser une supplication pareille à celle dont il se plaint. Il observe que si lui et ceux qui pensent comme lui eussent vcmlu être redevables de leur salut à quelqu'un , Antoine leur aurait fait les conditions les plus avantageuses. « Et ce jeune enfant lui « même', dit-il, (jue le nom de César qu'il porte sem-

velit. Qiiid! si Dolit, non erimus .■' ribus orkis terraruni. Juvat enim

Atqui non esse, quàm esse per illuiu, magnîlicè loqui ; et ceitè decet ad-

praestat. Ego , médius fidius , non versus Ignorantes quid pro quoquc

existiiuo tam oinnes deos averses tiinendum , aut a quoque pelendum

esse a sainte populi romani , ut Oc- sit. ■>

tavius orandus sit pro sainte cujus- ' « Hic ipse puer, quem Ctesaris

qaara civis , non dicaiu pro libcrato- nomen incitare videtur in Ca.'saris in-

io8 niSToir. E romaiine.

« l)le animer contre ceux cjnl onl tué César, combien «croyez-vous qu'il achetât, si nous étions d'humeur à « nous prêter à un tel trafic, notre consentement à « la puissance qu'il désire, et qu'il aura certainement, « puls(jue nous voulons conserver notre vie, et être ri- « ches et tenir le rang de consulaires ? Mais que les « dieux et les déesses m'enlèvent tout autre bien , plu- « t(k que la résolution constante oii je suis , non-seule- « ment de ne pas accorder à l'héritier de celui que j'ai « tué ce que je n'ai pas souffert en son auteur, mais de « ne pas consentir que mon père même, s'il revenait « au monde , fiit plus puissant que les lois et (jue le « sénat ! »

Ce qu'il ajoute est dans le goût stoïque ; mais la subtilité n'y diminue rien de l'élévation des sentiments. «Il y a, dit -il à Cicéron, contradiction dans ce que « vous demandez , et il est nnpossible que vous l'obte- « niez '. Vous demandez h Octave qu'il consente à notre «conservation. Vous semble- 1- il donc que, lorsque « nous aurons reçu sûreté pour notre vie, par cela seul « nous jouirons d'un salut véritable? Quel salut (jue

tcrfectores , quanti aestimct (si sit eiiiin , velit nos salvos esse. A'^idemur

comuiercio locus ) poss« nobis aucto ergo libi saiuteni acceptiiri, quum

ribus tantùni , quantum profiecto po- Titam acceperimiis ? quam , si priiis

terit, quoniam vivere, et pecuiiias dimittiinus di{»iiitatem an lil)ertateiii,

habere, «t dici consulares volumus?.. qui possumus accipere ? yVn tu Ro-

Sed inihi priùs omnia dii deœque eri- ma; habitare , id putas incolumeiii

pucrint, quàm illud judiciiim , quo esse? Rcs,non locus , opoi'tet pra;-

iiori inodô li;credi ejus qiicm occidi stet istuc inihi. Neqiie incolumis fui

non concesserim quod in illo non Caesare vivo, nisi poslquani illud

tuli, sed ne pali'i ((uideni nieo , si conscivi /'acintis: ueque tis([nani exul

rcviviscal , ut patienle me plus lej:;!- esse possuni , dum servire et pati

bus ac senatu jxjssii. •■ eoi'tuineiias pejùs «dero inalis onini-

' •• Qui poiro, id «piod petis , bus aliis. » (ieri polesl , ut iinpetres ? Ro{;as

HISTOIRE ROMAiM. I(K)

i. irlui qui nous coulerait riionneur et lu liberté '. Pence sez-vous quliabitcr dans Home ce soit jouir du salut? « C'est la chose, et non le lieu, qui doit me procurer i, cet inestimable avantage. J'en ai été privé tant que w césar a vécu, si ce n'est à dater du jour oii j'ai formé « le projet de cette grande et mémorable action ; et je « ne puis être exilé, en quelque lieu que je me trouve, (i tant ({ue je regarderai comme le plus grand des maux « la servitude et les opprobres qui y sont attachés. »

Un peu plus bas il revient à ce qui regarde directement Cicéron, et il lui donne librement de fortes leçons. «Ne me recommandez donc plus, lui dit-il , à la « protection de votre jeune César ^ Si vous m'en croyez , « vous ne vous y recommanderez pas vous-même. Vous « estimez beaucoup le nombre d'années que votre âge « vous permet d'espérer , si pour un pareil objet vous « daignez supplier cet enfant. De plus , prenez garde a de ternir la gloire des grandes choses que vous avez « faites, et que vous continuez de faire encore contre « Antoine; prenez garde qu'on ne les attribue, non à « générosité , mais à une crainte dans laquelle vous M vous regardiez vous-même. Car, si vous êtes content « de demander grâce pour nous à Octave, on croira « que votre projet a été, non pas d'éviter d'avoir un «maître, mais de chercher un maître doux qui vous « aimât. »

' •• Me verù postbac ne commen- vidp ne cocvertatur a l.iude maximi

(laveris Casari tuo; ne te quideiu animiad opiuionein f'orniidinis. Nam

ipsum, si me audies.Valdè rare aesti- si Oelavius tibi plaeet, a quo de no-

inas tôt annos, quoi ista selas reci- sira sainte petenduni sit , non dorai -

pit , si propter eani causain puero isti nura fugisse , sed aniiciorenj domi-

supplicaturus es. Deindè , quod piil- num quaisisse videberis. ■< cberrimè fecisti ac facis in Antonio ,

Après quelques autres réflexions que j'omets , il poursuit ainsi : « Pour moi % je suis homme, non-seulement « à ne m'abaisser à aucune supplication, mais à répri- (( mer ceux qui prétendent qu'on leur en adresse ; ou , « si je n'y réussis pas, au moins je n'aurai point sous « mes yeux des esclaves volontaires. Tout lieu où je « pourrai être libre, sera Rome pour moi; et j'aurai « compassion de vous autres, à qui ni l'âge , ni la carce rière des honneurs parcourue avec éclat, ni les exem- « pies de la vertu d'autrui , ne peuvent apprendre à « vous détacher de la vie. »

11 proteste ensuite de sa résolution inébranlable de tout tenter pour tirer sa patrie de la servitude, et il ajoute : «S'il m'est accordé un succès tel qu'il est dû <(. à un si noble projet ^, la joie nous en sera commune (c à tous ; sinon , moi seul au moins je me conserverai « dans la joie : car à quelles actions, à quelles pensées « puis -je mieux employer ma vie qu'à celles qui ten- « dent à rétablir mes concitoyens en possession de leur « liberté? »

En finissant il prend un ton plus doux, mais où il garde néanmoins son ascendant. « Je vous prie ^, mon « cher (jicéron , et vous conseille de ne point vous re-

■ •< Ego verô issum, qui nou niodô poliiis lui'c vila iacti» aut cu^itatiu-

non supplioem , scd clium coerccatn uibus traducalur , qtiàm iis qu.TC per-

postulanlcs ut sibi supplicetur. Aut linuerint ad libcrandos cives nieos? »

longé a servicniibus abero , luihiquc ^ « ïe, Cicero, rogo al(pi<* bortor

esse judicabo Rouiain , ubicuiiKjue ne defatigerc, rieu dillidas : semper

lil>eruii) esse liccbit : ac vestri mise- in pr;i'seiitibus nialis probibcudis

rebor, quibas ner eetas, ueqiie hono- liilnra quocjue, nisi antè sit occur-

vva , neque virtus aliéna diiloedluein siini , explores ne se insinuent. For-

vivendi ininueie potueril. •■ leiii el libernin aniinnin , quo et con-

* « Si secuta fuerit cpi.e debrl loi- Mil ri rinnc ennsularis reiupubriram

tuna, gaudeiiiinu.s oiunes: siii Uiini'i!), vindicàsti , sine constaulia et a>qua-

ego tauieu gaudcbo. Quibus euini bilitale nulluiu esse putàris. Faleor

HISTOIRE ROMAIIS'E. 1 I I

« butor, de ne point perdre courage; et, pendant (jue (( vous é(;artez les maux présents , de penser à ne point « donner entrée à d'autres maux plus grands qui se » préparent. Persuadez-vous (pie ce zèle pour la liberté, « ce courage généreux avec letpiel vous avez sauvé la «république, et autrefois des fureurs de Catilina, et « tout récemment de celles d'Antoine; persuadez-vous «bien que ce courage perd tout son prix, s'il n'est a soutenu par une constance persévérante : car j'avoue « qu'une vertu qui a fait ses preuves est assujettie à « une loi plus sévère que celle qui ne s'est point encore « fait connaître. Oui a commencé à bien faire doit s'at- « tendre qu'on exige de lui la continuation de la même « conduite comme une dette ; et , s'il y manque , nous « sonunes portés à le censurer rigoureusement, comme (f nous ayant trompés. Ainsi, que Cicéron résiste à « Antoine, c'est sans doute une chose très -digne de « louange; mais personne n'en est étonné, parce qu'un « aussi grand consul qu'il s'est montré nous répondait « d'un grand consulaire. Au contraire, si le même Ci- (f céron mollit à l'égard des autres, après avoir fait pa- « raîtie tant de fermeté contre Antoine, non-seulement rt il se privera de la gloire qu'il pouvait se promettre « à l'avenir, mais il perdra toute celle qu'il avait ac- «quise; car rien n'est beau, ni vraiment glorieux,

enira duriorem esse conditionem miratiir. Idem Cicero si flexerit ad-

spcrtataE virtiitis , quàin incogiiita;. versus nlios judiciuru sailiii , qiiod

Benefarta pro debitis exijjimus. Qu» tanlà firiuitate ac inutiuitudiiie direxit

alirer eveniiint , ut dec-epti ab his , in exturbando Antonio, non modo

infesto aniino reprelieiidiimis. lta([ue reliqui teraporis ^ionain eripuerit

resistere Antonio (3iceroneiu , etsi sibi, sed efiam prneterita evanescere

ma^nà lande dignum est , tamen , cotçet. Nihil enim per se aiupluin

quia iilc consul hune consularem est , nisi iu quojudicii ratio exstat. ■>

mei'ito praestare videtur, nenio ad- (^Bruc. ad Cic. i(>. )

112 HISTOIRE ROMAIIVE.

« que ce qui part d'un esprit ferme et agissant par prin- « cipes. »

Il faut avouer que Brutus paraît clans cette lettre ])ieii supérieur à Cicéron. Mais la vertu purement humaine se clément toujours par quelque endroit. On sent dans plusieurs des pensées et des expressions de Brutus un orgueil cjui se décèle visiblememt; et ce héros du stoïcisme se promettait une fermeté que la disgrâce fera disparaître, comme nous le verrons à sa mort. C'est que, comme j'ai eu souvent occasion de remarquer, la révélation seule fournit un appui solide à la vertu, en lui montrant les récompenses d'une autre vie.

A la suite de la lettre de Brutus à Cicéron s'en trouve une autre du même à Atticus, qui paraît écrite dans le mc'me temps, et qui n'est pas moins intéressante. Elle roule encore sur Cicéron , contre lequel Brutus se lâche avec moins de réserve, c[uoi(jue sans emportement. Il n'y avait jamais eu d'intimité entre eux, comme le reconnaîtra aisément quiconcpie lira avec attention les lettres de Cicéron à Atticus. La société des mêmes intérêts et d'une semblable façon de penser par rapport au gouvernement leur avait fait contracter une amitié sincère, mais toujours accompagnée de quelques semences de désunion. La différence des caractères mettait obstacle à une liaison di' cceur : l'un, plus doux, plus souple, plus disposé à donner quelque chose aux circonstances des temps et des personnes; l'autre, j)lus haut, plus roule, et prenant le vrai et le juste poin- la scu'e rèiîle de ses senliineiits et de sa conduite; il était difficile (jue deux esprits de trenqje si dilférenle n'eussent jias occasion de se hein-ter.

Le sujet de la lettre de Ihulus à Allicus e^l (pie Ci-

IIISTOIHK lîOMAINE Il3

réroii, i|iil aimait les louanges, s'était plaint de ce que lîrutus ne lui disait jamais rien d'obligeant sur les services qu'il rendait actuellement à la république. Brutus répond que Cicéron fait des merveilles contre Antoine, mais qu'il gâte tout par les complaisances qu'il a pour le jeune Octave. Cette réponse n'est pas présentée sècliement; elle est traitée avec étendue, avec force, avec noblesse. Je vais en extraire quelques-uns des plus beaux endroits.

Brutus accuse Cicéron ^ d'avoir poussé l'envie qu'il a de plaire à Octave jusqu'à insulter Casca, l'un de ceux qui avaient tué César, et à le traiter à' assassin. Si le fait est vrai, il est assurément bien étrange. Brutus le suppose pour constant, et il en exprime très-vivement son indignation. « Cicéron ne sent donc pas , dit-il, que « les termes mjurieux dont il se sert retombent sur lui- « même à plus juste titre, puisqu'il a fliit mourir cinq (f illustres citoyens au lieu d'un. Il faut qu'il s'avoue « lui-même assassin^ SiXSLnl que d'en faire le reprocbe « à Casca, et il imite, par rapport à notre associé, les cf invectives des fauteurs de Catilina. Quoi ! parce que « nous ne louons pas sans cesse nos ides de mars ^, " comme il a toujours à la bouche ses nones de dé- « cembre ^, croit - il avoir plus de droit de décrier

' «Nescjo quid sciiliam tibi, nisi et imitatur in Casca Bestiam. An

iiiium : pueri et cupiditatcm et licen- quia non omnibus Loris jactamus

tiain j)otiiis esse iiritataiu, quàni re- idus uiartias , similiter atnue ille

j)r<'ssam a Cicérone, tantùinqiie eum nonas décembres suas in ore babet

tribuere buic indulgentiit , ut se ma- eu nieliore couditione pulclierrimura

b-diclis non abstineat , iis quideni (àclum vitupcral)it , quàm liestia et

quae in ipsum dupliciter recidunt, Clodius reprebcndere illius consubi-

quod et plures occidit uno , seque tum sobli sint? » priùs oportct fateatur sicarium , ' Le jour où César avait été tué.

quàm objiciat Cascac quod objicit; ^ Jour où les complices de Cati-

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