Tome XXI r. Hist. Rom. g
Il/j HISTOl RE ROMAINE.
« une action liéroïque , que Bestia ' et Clodius n'en « avaient de critiquer son consulat ? »
Brutus passe tout de suite au principal objet de sa lettre. «Cicéron^, notre ami, dit-il, se glorifie d'avoir « soutenu, sans sortir de Rome, la guerre contre A.n- « toine. Et que me fait à moi ce grand service , si , (c pour récompense d'avoir opprimé Antoine , on me «demande à le remplacer; et si le vengeur d'un pre- « mier mal devient l'auteur d'un second , qui aura , si « nous le souflfrons, un fondement et des racines plus « profondes et plus difficiles à extirper? Non, Cicéron, «en agissant ainsi, ne montre pas qu'il craigne la ty- K rannie, mais seulement il ne veut point avoir Antoine « pour tyran. Or je ne saurais savoir beaucoup de gré « à celui qui n'a d'aversion que pour la personne et « non pour la chose, et qui ne craint point la servi- « tude en elle-même, mais la servitude sous un maître « irrité .
Ce qui suit un peu plus bas conj)e encore davantage dans le vif: «Nous craignons trop la mort^, l'exil.
lina avaient été condamnés à mort par le sénat.
' Tribun du peuple qui harcela Cicéron sortant du consulat.
'• - Sustiiiuissc niilii gloriatur l)el- Intn Anionii log.'itu.s Cliceid nostcr.
Quid hoc niihi prodest , si nierccs Antonii oppressl poscitnr in Antonii lo.-um siicccssio ; et vindex illius inali, auctor ex.stitit alleiius, fund.<iuciitiiin et radiées liahiluii ahiorrs , si paliaiimr :' ut jani ista qii;e faeit , non doniiiiationeni , non, sed doininuin Antuuiuni tinientis sint. >■
^ <• Niitiiiun liinennis niorteni , e( rxilium, ri paupertateni. Haec viden-
tur Ciccroni ultima esse in nialis ; et dum habeat a ([uibus iinpetret quae velit , et a quibu» colatur ac laudetur, .servitulem , honorifioani modo , uoii aspernatur; si (juidquaui in extreiua ac uiiserrinia contnniclia potest lionorilieum esse. Licèt erpo patreiiiappellet Octavius Ciceroneni.
relerat onuiia, laudet, grutias apat ; tamen illud apparehit , verba rébus esse contraria, (^uid eniin tani alieniiin ab hninanis seusibns est , (piàm enm j)afris habere loco , qui ne liberi «piidein boniinis numéro sit .'' Atqui eo lendit, id a^it , ad eum exitum j)roperat vir optimus, ut .sit illi Oc-
HISTOIRE ROiMAINE. HO
H la pauvreté. Ce sont là pour Cict'ron les derniers des (( maux; et, pourvu qu'il ait affaire à des gens de qui t( il obtienne ce qu'il veut, de qui il soit caressé et .( loué, il ne refuse pas une servitude qui sera hono- « rable,'si pourtâfnt il peut y avoir quelque chose d'ho- « norable dans le comble de la misère et de l'oppro- « bre! Quoique Octave appelle Cicéron son père, qu'il u le consulte sur tout , qu'il le loue , qu'il lui fasse des « remercîments , bientôt ces beaux discours seront dé- « mentis par les effets : car qu'y a-t-il de plus éloigné « du sens commun que de regarder comme son père « celui que l'on ne reconnaît pas même pour homme « libre ? Cependant notre ami est assez hon pour enviée sager comme l'objet de ses vœux, comme le terme de a toute sa politique, l'amitié et la faveur d'Octave. Ah! «je ne fais plus aucun cas de toutes ces belles con- « naissances dont je sais que Cicéron a l'esprit si orné. « De quoi lui sert tout ce qu'il a écrit avec tant d'élo- « quence pour la liberté de la patrie, sur la gloire de «la vertu, sur la mort, sur l'exil, sur la pauvreté? «Combien Philippus, quoique peu lettré, paraît -il « mieux posséder que lui toutes ces grandes maximes! « il fait moins pour son beau-fils que Cicéron pour un « étranger. Qu'il cesse donc d'aigrir encore nos dou- « leurs par les louanges qu'il se donne. Que nous im-
la\ius propitius. Ego jaiu lis artîbus gno minus tribuerit , quàru Cicero
iiihil tribuo, qiiibus scio Ciceioaem alieno tribuiit? Desinat igilur glorian-
iastructissiruuiu esse. Quid eniiu illi do etium inseclari dnlores nostros.
prosunt qua- pro libertate patri;c, Quid euiui nuslrâ , victum esse Au-
qoae de dignilale, qu;e de morte, toniuru, si victus e.->t ut alii vacaret
f.xsilio , paupertate , scripsit copie- quod ille olitinuit? tametsi tua- lit-
sissimè ? Quanto autein inagis ilia terx dubia etiani nunc signilicant. ■• callere vidcliir Phiiij)pus, qui privi-
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« porte en effet qu'Antoine ait été vaincu, s'il ne l'a « été qu'afîn que la place qu'il occupait fût remplie par « un autre? Encore votre lettre me fait-elle comprendre a que la victoire n'est pas entière ni bien assurée.
« J'y consens donc : que Cicéron vive ', puisqu'il peut «s'y résoudre, suppliant et dépendant, s'il n'a pas « horite de déshonorer son âge, les charges dont il a « été décoré, sa gloire passée. Pour moi, je ferai éter- « nellement la guerre , je ne dis pas aux personnes , « mais à la chose même, à la tyrannie, aux comman- « déments qui s'écartent de l'ordre commun , à la dort mination , à la puissance qui prétendra s'élever au- « dessus des lois ; et il n'est point de servitude si douce «et si avantageuse, dont l'ordre puisse me séduire ou « me faire abandonner ma résolution. En vain in'écri- « vez-vouG qu'Antoine est un honnête homme, je ne tf l'ai jamais cru : mais nos ancêtres n'ont point voulu « que dans la république on souffrît son propre père « pour maître et pour tyran. «
lîrutus, après une tirade si énergique qu'il savait bien affliger Atticus, lui en fait quelque excuse, mais pourtant sans se rétracter. Au contraire, il insiste avec une nouvelle force sur le fond même de la chose. « Persuadez-vous^, lui ilil-il , i|ue je n'ai rien diminué
•« Vival hercule Cicero , qui po- scrihis, Autonius , quod ego nun-
test , snpplex et ohnoxius , si neque quam cxistiiiiavi. Sed (luiiiiiiuin . m:
actatis, nt- que hnnorum , ni-(|uc rc- pan-ntrin quidcni majores aosiri \()-
ruiii {;e.starnni pudet. Epo ciTtè quin lucrunt esse. >>
cuiu ipsa vc belluiii gerain , Iioc est , ' << Persuade tihi de vcihintate procura repno , et iniperiis extraordina- pria iiiea niliil reiuissnni esse, de juriis, el doniinalione, et potentii'i qijji; tlieio lar{»iter. !Ve(|iie eiiim iinpelraii supra le{;ts se esse velit , iiulla crit potesl , (piin quale qiiid({ue videatiir tani liona cnnditiuserviendi rjuà de- ei , laieni quisipie de illo opiiiidneiii terrear : quanivis sit vir b(iiiui>,ut babeat. •• (lÎRi'r. .-/^//co. )
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a (le mon affection pour Cicéron, mais beaucoup de « mon estime ; car il n'est pas possible que tels que « nous paraissent les objets, tels ne soient aussi nos a jugements. »
Il faut convenir que ces deux lettres de Brutus sont d'une liauteur et d'une rigidité auxquelles bien peu de ens sont capables d'atteindre. Mais, si la liberté de Rome pouvait être sauvée, ce n'était que par un chef de ce caractère. La conduite de Cicéron , surtout dans les derniers temps, ne peut pas soutenir la comparaison avec celle de Brutus. Elle est molle, elle est timide, elle est inconséquente; et je m'étonne comment on peut entreprendre de disculper ses complaisances pour Octavien , lorsqu'on voit quel prix il en a reçu. Que pouvait-il lui arriver de pis qu'une mort cruelle? et combien cette mort lui aurait-elle été plus glorieuse, s'il eût montré contre Octavien la même vigueur avec laquelle il avait abattu la puissance tyrannique d'Antoine !
En finissant ce livre, je ne dois pas omettre l'origine Fondation
, ,, , . • 1 -Il i T-< T de la ville de
de 1 une des prmcipales vdles de France. J^yon recon- l^^^ naît pour son fondateur Munatius Plancus , qui , pendant qu il tergiversait, attendant à se déclarer pour le parti ([ui demeurerait le plus fort, établit une colonie au confluent de la Saône et du Rhône. Les habitants de cette nouvelle ville venaient de Vienne, autrefois capitale des Allobroges, et depuis colonie romaine. Pendant les dissensions et les guerres entre les généraux romains, les naturels du pays avaient profité de l'occasion pour chasser de leur ancienne capitale ces nouveaux veims, qui les tenaient sous le joug. Ceux-ci se retirèrent au lieu oii Plancus, par ordre du sénat,
Dio.
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bâtit la ville de Lyon. Vienne retourna bientôt après sous la domination romaine; mais elle ne vit qu'avec un œil de jalousie les rapides accroissements de la nouvelle colonie, qui, par l'avantage de sa situation, devint en peu de temps très-florissante ; et de là naquit entre ces deux villes une rivalité qui a duré plusieurs siècles.
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